L' hiver, c'est la saison de l'attente sportive. Il y a certes les sports d'hiver, leurs pistes éclairées jusqu'au soir entre les montagnes. Et les sports en salle, comme le handball, dont on a vu le championnat du monde récemment. Le football aussi a entamé ses divers championnats. Mais, dans l'ensemble, il faut bien dire que c'est à partir d'avril que l'actualité sportive commence à s'animer. Le sport a quelque chose de solaire, à la base.

Pour autant, l'hiver n'est pas une saison morte pour les amateurs de sport. On se renseigne, on glane de rares informations, on spécule sur les forces bientôt en présence. C'est le plaisir d'avant le récit, le grand récit qui va s'enchaîner de plus en plus vite et dérouler son intrigue, multiplier les rebondissements, déjouer ou confirmer les pronostics qu'on aura faits en hiver – au temps d'avant la fête.

J'ai toujours aimé ce moment où couve la saison de compétition automobile. Tout ce que l'on voit, c'est une photo d'un nouveau bolide présent‚ dans un hôtel londonien; tout ce que l'on apprend, c'est tel chrono réalisé par telle écurie sur un circuit où elles tournent à deux ou trois, sans public, sans oriflammes ni haut-parleurs, parmi les stands quasi déserts. Les chronos semblent circuler sous le manteau, la presse glanant ce qu'elle peut et signifiant, en outre, qu'ils sont à prendre avec précaution, parce que la pluie a interrompu la séance d'essais, parce que les bolides ne sont pas exactement les nouveaux modèles, parce que les écuries essaient plusieurs hypothèses, une nouvelle boîte de vitesses, un nouveau moteur qui a l'air plein de secrets (par exemple, on chuchote ces temps-ci que le nouveau Renault V10 est tellement révolutionnaire sur plusieurs points que ses concepteurs ne savent comment le nommer). Et il y a l'intox, évidemment. Ou on cache tout (Ferrari, par exemple, est resté fort secret, passé les festivités du double titre mondial 2000 sur lequel vient de paraître un livre historique fort complet de Johnny Rives, aux Editions Solar, Ferrari, formule record). Ou alors, on attend le dernier moment pour lever le voile sur le bolide: tactique favorite de McLaren, qui révèle généralement sa nouvelle monoplace au tout dernier moment, quitte à découvrir, trop tard, qu'elle est «mal née», comme on dit dans le jargon.

Et puis, les quelques photos des pilotes surpris sur fond de ciel gris nous les montrent dispos, les traits lisses. Ce sera vrai encore lors du premier Grand Prix. Deux courses plus tard, ces jeunes visages auront les traits creusés. On sera au cœur de l'histoire, tendue, magnétisante, dans la touffeur d'été, loin de l'incubation hivernale où tout s'est décidé, pourtant.

* Ecrivain.