Les Jeux olympiques de Sydney auront lieu en septembre et les résultats définitifs du Tour de France ne seront connus qu'en octobre, une fois les échantillons d'urine soumis au test français de dépistage de l'EPO (érythropoïétine). Rapport entre les deux? Les organisateurs des JO sont hantés par les dommages que causa l'affaire du dopage pour la réputation du Tour. «La Grande Boucle» commence à s'en relever, semble-t-il, après une épreuve 2000 qu'organisateurs et commentateurs ont jugée plus «humaine». Or, aux JO, l'Américain Lance Armstrong voudrait bien s'imposer avec la même suprématie que lors de ce Tour. Et lors du Tour précédent. Tour précédent où sa domination fut contestée par la presse dès qu'il eut repris la tête du peloton.

Souvenons-nous: jusqu'à l'arrivée aux Champs-Elysées, il dut répondre à de persistants soupçons. Ces soupçons avaient-ils pour seule origine le souci de rétablir la santé dans le sport? En grande partie oui. Mais pas seulement. Il y eut cela, et il y a encore, tant l'homme étonne, une cause plus obscure, où l'on voit, encore une fois, que le sport révèle les mentalités en général. C'est que Lance Armstrong est un revenant. Un revenant du pire, du cancer, qui l'avait frappé en pleine ascension sportive, après qu'il eut été champion du monde sur route en 1993. L'homme semblait perdu pour le sport cela va sans dire, mais peut-être aussi pour la vie. Ne dit-il pas encore aujourd'hui: «Une année de plus, c'est une année gagnée.» (Observons que chacun d'entre nous pourrait se le dire, et il est dommage qu'il faille traverser une épreuve pour recouvrer plus de lucidité existentielle – soit dit en passant.)

En ce sens, la trajectoire de cet Américain a beau être extraordinaire (revenir au plus haut niveau du sport et triompher dans ce qui est considéré comme la plus dure des épreuves sportives au monde), elle n'en est pas moins exemplaire, sur un plan universel. C'est ce qu'on a du mal à bien admettre, semble-t-il. D'où le soupçon, l'idée que ce n'est pas possible, qu'«il y a quelque chose là-dessous». Et pourtant, ce qu'il y a là-dessous, c'est, tout simplement, ce qui faillit être fatal à Lance Armstrong. Il suffit d'ailleurs de lire sa récente autobiographie Il n'y a pas que le vélo dans la vie (parue chez Albin Michel), où il raconte la dureté de ses traitements, et comment il s'est modelé un nouveau corps, plus mince, plus effilé, ce corps qui lui permet de développer un nombre inégalé de tours de pédales à la minute, au point qu'un de ses plus rapides concurrents, Richard Virenque, dit qu'«il a vu passer l'avion». Il a pourtant vu passer un homme qui, ayant passé le pire, passe pour surhumain, quand il n'est qu'homme, tirant tout ce qu'il peut d'un homme.

* Ecrivain.