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Le règne en trompe-l’œil du tennis espagnol

Rafael Nadal et Pablo Carreño Busta en demi-finale, Garbiñe Muguruza numéro un mondiale, l’Espagne domine les statistiques et exporte ses entraîneurs. La photo est belle mais l’image un peu datée

Lundi, les classements masculin (ATP) et féminin (WTA) du tennis mondial afficheront le même petit drapeau sang et or en tête de liste. Avec Rafael Nadal et Garbiñe Muguruza, l’Espagne réussit un doublé inédit depuis les Etats-Unis à l’été 2003, lorsque la carrière finissante d’Andre Agassi croisa celle montante de Serena Williams.

Le tennis espagnol domine la planète jaune. Le constat est simple, la vérité oblige à être un peu plus prudent. Des-pa-ci-to… (lentement) Rafael Nadal et Garbiñe Muguruza ne sont de loin pas des «numéro un» par défaut mais ils ont profité de multiples forfaits, blessures, abandons, méformes pour se hisser sur un trône qui restera chancelant jusqu’à la fin de saison.

Moins de bons joueurs espagnols que par le passé

Quant à Pablo Carreño Busta, invité surprise des demi-finales après n’avoir affronté que des adversaires issus des qualifications, Roger Federer s’est autorisé une pique en conférence de presse en le décrivant ici d’abord comme le vainqueur d’un concours de circonstances.

Derrière, le tableau est moins flatteur. L’Espagne ne sort plus autant de bons joueurs que par le passé. S’ils sont encore huit dans le top 100, leur moyenne d’âge est de 31 ans et seul Pablo Carreño-Busta, 26 ans, appartient à la nouvelle génération. Le constat est le même lorsque l’on s’enfonce dans les profondeurs du classement ATP. Chez les filles, elles ne sont que quatre dans le top 100 (pour 14 Américaines, 8 Tchèques, 8 Russes). Seule Muguruza obtient des résultats.

L’école russe de Valence

En fait, l’Espagne continue de former de bons joueurs et ses entraîneurs sont excellents. Mais cela profite à des étrangers. Comme Andy Murray, comme Marat Safin, comme (plus brièvement) Stan Wawrinka, beaucoup de bons joueurs sont venus se former entre Barcelone et Valence, dans l’une des nombreuses académies proposant du soleil toute l’année, des courts en terre battue, des partenaires de qualité et un jugement sans concession.

Après son quart de finale contre Andrei Rublev, il fut demandé à Rafael Nadal son avis sur Rublev, Kachanov, Medvedev et la nouvelle école russe. «L’école russe, je ne sais pas ce que c’est. Rublev et Kachanov s’entraînent en Espagne, comme avant eux Safin. Ils sont Russes et ont sans doute développé un jeu agressif de leurs débuts en indoor mais en Espagne, ils ont appris à mieux comprendre le jeu, à mieux comprendre leur sport. Parce que le jeu y est un petit peu moins rapide, la terre battue laisse le temps de comprendre la tactique, la mentalité, la compréhension globale.»

Les Américains, qui tentent de sortir de l’ornière depuis une dizaine d’années, font la même analyse et Patrick McEnroe a initié voici une dizaine d’années un programme pour la construction de courts en terre battue aux Etats-Unis.

Repartir avec le coach

Les Européens, eux, vont en Espagne. Bien souvent, ils repartent avec le coach. Entre 2010 et 2012, Galo Blanco a sérieusement dégrossi le jeu de Milos Raonic. Actuellement, Sergi Burguera tente de relancer Richard Gasquet alors que Micha Zverev est épaulé par Juan Carlos Ferrero.

Côté féminin, Alona Ostapenko a gagné Roland-Garros avec l’aide de l’ancienne joueuse Anabel Medina Garrigues. La Britannique Johanna Konta, demi-finaliste à Wimbledon, septième joueuse mondiale, a passé quinze mois à la Sanchez-Casal Academy puis trois ans à Gijon avec Esteban Carril et José Manuel Garcia.

Les Espagnols ont identifié ce problème. C’est pour cela que les Nadal ont créé une structure à Majorque

Marc Rosset

«C’est toujours pareil, constate Marc Rosset: la vie sur le circuit est plus excitante et peut être bien plus lucrative. Mais si chaque entraîneur qui forme un bon jeune part avec lui, il n’y a plus de bons coachs dans les académies. Les Espagnols ont identifié ce problème. C’est pour cela que les Nadal ont créé une structure à Majorque. Toni Nadal veut revenir à la base et s’occuper de formation.»

Garbiñe Muguruza n’est que la deuxième Espagnole à accéder au premier rang mondial, plus de vingt ans après Arantxa Sanchez. Née au Venezuela, la nouvelle reine du tennis est arrivée à l’âge de 6 ans en Espagne et a été formée à l’académie Bruguera. Paradoxalement, c’est depuis Genève, où elle réside, qu’elle a fêté son accession à la première place du classement mondial.

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