Cette fois-ci, pas de mauvaise surprise: Mujinga Kambundji décroche sa première médaille d'or continentale! La sprinteuse suisse a remporté le 200 mètres des Championnats d'Europe de Munich, vendredi, en dominant en 22''32 la favorite Britannique Dina Asher-Smith (22''43). C'est la Danoise Ida Karstoft qui s'est offert le bronze, loin derrière les deux premières (22''72).

En tête, la Bernoise de 30 ans avait de la marge. Pourtant, elle s'est gardée de jubiler trop vite. Mardi, elle pensait déjà s'être adjugé l'or sur 100 mètres après un début de course tonitruant, mais l'Allemande Gina Lückenkemper avait fini par revenir à sa hauteur et la devancer de… cinq millièmes de seconde. Alors cette fois, elle a attendu, elle a scruté le chrono, ses proches, et quand elle fut vraiment persuadée de sa victoire, son visage s'est illuminé d'un grand sourire.

«J'ai senti à la sortie du virage que je dépassais Dina, raconte Mujinga Kambundji, encore extatique, dans les entrailles du Stade olympique. Il me semblait que j'étais devant, mais je n'en étais pas sûr à 100%, alors il fallait que je voie mon nom s'afficher à l'écran pour vraiment y croire.» Et alors? «Alors, j'ai éprouvé beaucoup de joie», lance-t-elle. Pas un sentiment de revanche suite à la mésaventure qui lui est arrivée trois jours plus tôt, non. «En fait, c'était pénible sur le moment de manquer l'or pour si peu de choses. Mais dès le lendemain, lors de la cérémonie de remise des médailles, je me suis dit que quand même, c'était l'argent aux Championnats d'Europe… Je ne peux pas être déçue de gagner l'argent aux Championnats d'Europe!»

Une progression année après année

Cette première médaille d'or européenne vient compléter une collection personnelle riche, notamment, du bronze sur 200 mètres aux Championnats du monde 2019 et de l'or sur 60 mètres aux Mondiaux en salle 2022. Elle vient aussi parachever une année magnifique, émaillée de plusieurs records nationaux. «Ce que je trouve génial, c'est que chaque année, j'identifie quelques aspects que je peux encore améliorer, et j'y parviens! Je vois une vraie progression, et j'ai bon espoir que le processus se poursuive encore quelques années.» Actuellement, Mujinga Kambundji se dit satisfaite de ses départs et de ses accélérations, qu'elle réussit «neuf fois sur dix». Mais elle estime avoir encore une marge de travail au niveau de la stabilisation de sa course et de ses fins de parcours.

En finale du 200 mètres, elle s'est appliquée à terminer proprement, sans trop se relâcher ni se crisper - le délicat équilibre qui, faute d'avoir été trouvé, lui avait coûté l'or sur 100 mètres. «Notre sport est fondamentalement très simple, souffle-t-elle. Mais comme tout le monde travaille dur et bien, tout se joue sur de minuscules détails.»

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Pour l'athlétisme suisse, c'est déjà une cinquième médaille lors de ces Championnats d'Europe en Bavière. Ce total n'avait jusque-là été atteint qu'une seule fois, en 2016 à Amsterdam. Il n'est pas exclu que ce record collectif soit amélioré lors des deux dernières journées de compétition, mais il faudra compter sur un exploit. Car la médaille qui était attendue pour conclure le grand rendez-vous en beauté, elle, ne sera pas gagnée…

Pas de nuit en discothèque

La journée de vendredi avait en effet mal commencé pour le sprint suisse féminin. Très ambitieuse depuis plusieurs années, l'équipe de relais 4x100 mètres a connu une nouvelle désillusion en étant éliminée dès les demi-finales, avec un chrono décevant de 43''93.

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La dernière transmission de témoin a été complètement manquée par Salomé Kora et Melissa Gutschmidt, qui étaient associées à Géraldine Frey et Ajla Del Ponte. Mujinga Kambundji, elle, était déjà concentrée sur le 200 mètres, mais elle aurait vraisemblablement été alignée lors de la finale de l'épreuve, dimanche soir. La double médaillée de Munich est donc libre de relâcher la pression un peu plus tôt que prévu.

Renseignement pris, elle n'ira pas fêter son titre en discothèque. «Non, non, non, se marre-t-elle. Il y a Athletissima vendredi prochain, et j'attache une importance particulière aux courses en Suisse!» Une bonne nuit de repos, alors, tout simplement? «Dans l'idée, oui… Mais ce n'est pas facile de trouver le sommeil après une telle décharge d'émotions. C'est pour des moments comme ceux-ci, devant un public incroyable, dans un stade magnifique, que l'on s'entraîne toute l'année, même l'hiver quand il fait nuit et froid…»