Athlétisme

Le relais 4 x 100 m court après une médaille

Bâti par Laurent Meuwly, géré désormais par Raphaël Monachon, le projet du 4 x 100 m dames de Swiss Athletics a pratiquement tout vécu. Sauf les honneurs d’un podium

On avait laissé le relais 4 x 100 m féminin «groggy» après sa 4e place aux Championnats d’Europe 2018. Il demeure l’un des rares espoirs de médaille suisse aux Championnats du monde de Doha (du 27 septembre au 6 octobre). Même si le regard de ses protagonistes, dont le charisme a fait (presque) autant pour sa popularité que ses performances, semble déjà rivé sur Tokyo.

Bâti par Laurent Meuwly, géré désormais par Raphaël Monachon, le projet du 4 x 100 m dames de Swiss Athletics a pratiquement tout vécu. Sauf les honneurs d’un podium. Il est passé par tous les états d’âme, du témoin perdu avant même le départ par Mujinga Kambundji à Zurich lors des Championnats d’Europe 2014 au record de Suisse établi l’an dernier à Athletissima dans une Pontaise en délire (42''29).

Kambundji, le témoin

Seule Suissesse à être passée sous les 11 secondes dans la discipline reine (10''95), Mujinga Kambundji (27 ans) est la seule rescapée de la mésaventure de 2014. La Bernoise faisait alors équipe avec trois Romandes (les sœurs Ellen et Lea Sprunger, ainsi que Marisa Lavanchy). Quatrième également sur 100 m et sur 200 m lors des Européens 2018, Mujinga Kambundji est désormais la leader incontestée et incontestable de ce relais. Elle a d’ailleurs mis les choses au point ce week-end à Bâle lors des Championnats de Suisse, réussissant vendredi le deuxième meilleur temps de sa carrière sur 100 m (11''00) avant de s’emparer samedi du record de Suisse du 200 m (22''26), que détenait Lea Sprunger.

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Son talent, son sourire, son professionnalisme dans ses rapports avec les médias et sa disponibilité quasi illimitée pour ses jeunes fans en font une tête d’affiche de rêve pour Swiss Athletics. On lui pardonnerait presque la saison «sabbatique» qu’elle s’était accordée en relais en 2016, avant d’obtenir le départ de l’entraîneur Laurent Meuwly. Le Fribourgeois avait pourtant été le premier à croire au potentiel du relais suisse, avant même que ses membres n’éclosent sur le plan individuel. Conscient qu’un déficit chronométrique peut être compensé par une technique irréprochable, Laurent Meuwly a façonné des relayeuses capables de se transmettre instinctivement le témoin.

L’héritage de Meuwly

L'entraîneur est depuis parti exercer ses talents aux Pays-Bas mais son héritage est encore bien présent. «A chaque échauffement, nous effectuons les mêmes exercices, les mêmes mouvements», en se transmettant sans discontinuer des bâtons tout en trottinant en cadence, raconte Sarah Atcho. «Ça avait été instauré par Laurent, c’est devenu une routine. Les filles des autres nations sont toujours ébahies quand elles nous voient.»

«C’est précis, rapide, technique», souligne la Vaudoise, qui tarde à trouver sa meilleure forme cette saison. Sa place n’est pas assurée dans ce 4 x 100 m; elle le sait. «La concurrence existe. Je me sens en danger. Mais dans le bon sens du terme. J’ai toujours su répondre présent quand j’en avais besoin», assure-t-elle.

La hiérarchie semble tout de même bien établie. Le courant passe entre Mujinga Kambundji, Salomé Kora (25 ans), Sarah Atcho (24 ans) et Ajla Del Ponte (23 ans). Le témoin aussi: «Notre technique dans le passage de témoin nous permet toujours d’être à l’arrivée. Je touche du bois, mais depuis quand n’avons-nous plus commis une faute de ce genre?» se demande Sarah Atcho.

Tokyo en ligne de mire

Cinquième à Londres en 2017, le relais suisse peut-il envisager une médaille à Doha? «Il y a beaucoup d’inconnues, répond prudemment Raphaël Monachon. On ne sait pas comment les filles réagiront à la chaleur, ni comment elles géreront les horaires tardifs des courses.» Et, surtout, ajoute l’ancien spécialiste du 110 m haies, «on ne sait pas quel sera leur état de forme après une saison aussi longue. Certaines ont déjà dû trouver un pic de forme début juillet pour l’Universiade de Naples, où Sarah Atcho, Ajla Del Ponte et Salomé Kora s’étaient parées d’or avec Samantha Dagry.

«L’objectif à Doha, ce sera de se qualifier pour la finale afin d’obtenir notre ticket pour les JO de Tokyo 2020. Nous pourrions alors travailler dans la sérénité», explique Raphaël Monachon, qui rappelle toutefois que les surprises sont fréquentes en relais: «Pourquoi n’en créerions-nous pas une dès cette année?» Le relais 4 x 100 m féminin suisse voit donc plus loin que le Qatar. «Les Mondiaux, c’est motivant. Mais les Jeux olympiques, c’est le Graal. Nous sommes déjà toutes fixées sur Tokyo 2020, où nous voulons tout faire péter», lâche Sarah Atcho qui, comme ses coéquipières, est certainement loin d’avoir exploité tout son potentiel.

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