«L'Allemagne avait aboli la relégation, mais elle a rebroussé chemin. Pour ma part, je crois à une sorte de sélection naturelle. Un club qui, saison après saison, occupe la dernière place bute d'abord sur ses propres limites. Supprimer la relégation ne lui sera d'aucun secours. En revanche, je suis d'avis qu'un néo-promu devrait bénéficier d'un délai transitoire d'une année, le temps d'adapter ses structures et son budget aux exigences de la LNA.

» Le public reste très attaché aux matches couperets. La promotion et la relégation font partie de notre patrimoine. Nous le voyons à Sierre, où la finale de LNB suscite un engouement populaire exceptionnel. Je l'ai vécu à Ajoie, le mois dernier, lorsque nous avons lutté pour ne pas tomber en 1re Ligue: non seulement toute une région s'est mobilisée, mais de nombreuses personnes, çà et là, sont venues assister à notre déconfiture! Les querelles de clocher font partie intégrante de notre culture. Le hockey suisse s'en nourrit. Dès qu'il n'y a plus d'enjeu, de danger ou de rêve, le public déserte les patinoires; nous l'avons largement constaté. Or, les budgets sont couverts par les rentrées aux guichets à hauteur de 30 à 40%.

Pressions de la vox populi

» L'argument massue des opposants tourne souvent autour de la formation. La relégation, il est vrai, insinue une impatience contre-productive, un diktat du résultat. Mais, sur cette question, je reste mitigé. Les meilleurs juniors du CP Berne évoluent à Langenthal, un club aux ambitions modestes, où ils sont confinés à des tâches subalternes. En définitive, tout le monde joue la gagne. Si ce n'est pour éviter la relégation, ce sera pour participer aux play-off [ndlr: séries éliminatoires servant à désigner le champion suisse]. Tant qu'il subsistera une chance mathématique d'atteindre les huit places qualificatives, les clubs seront tentés de délaisser leurs juniors, d'engager des étrangers ou de licencier leur entraîneur. Je doute qu'une ligue fermée change radicalement les mentalités, ni qu'elle apporte davantage de professionnalisme.

» Sans barrages contre la relégation, que ferions-nous des équipes classées entre la neuvième et la douzième place; ou celles qui, comme Lausanne, ont perdu toute chance de disputer les play-off avant même le mois de janvier? L'intérêt du public, dans ce cas de figure, est nul. Il n'existe ni perspectives d'avenir ni épée de Damoclès. A priori, un club pourrait terminer la saison en roue libre, alléger sa masse salariale, et fausser le championnat.

» Je crois que l'économie de marché régulera tout sans artifice. Voilà cinq ans que la LNB est une ligue plus ou moins fermée, non en raison de règlements dirigés, mais parce qu'aucun club de 1re Ligue n'est prêt à assumer la charge structurelle d'une promotion. En outre, cette manie de changer sans cesse les règles du jeu, souvent à l'approche du dénouement, porte atteinte à la crédibilité du hockey suisse. Lentement mais sûrement, la suspicion de l'opinion publique contamine les sponsors.

» Le débat de fond, lui, reste ouvert. En 1999, l'assemblée avait adopté le principe d'une ligue professionnelle fermée, avant de rétablir la relégation quelques semaines plus tard, sous la pression de la vox populi. Nous savons aujourd'hui que l'engouement d'une région ne suffit plus à s'installer durablement parmi l'élite. Mais sommes-nous prêts à entrer dans l'ère du sport-spectacle? Je n'en suis pas sûr.»