Sans compter les arrêts de jeu, un match de football dure 5400 secondes. Mais il en suffit parfois de 72 pour gagner.

72 secondes, pas une de plus, entre les 29e et 30e minutes de jeu, ce mardi à Saint-Gall: c’est le temps qu’il a fallu à l’équipe de Suisse pour marquer les deux buts de sa victoire contre la République tchèque (2-1). C'est la troisième consécutive, pour Murat Yakin et ses hommes, après celles décrochées en juin contre le Portual (1-0) et samedi contre l’Espagne (1-2).

Cette série leur permet de terminer au troisième rang de leur groupe, en Ligue des nations, et de s’y maintenir en première division. En 2024, lors de la quatrième édition de cete compétition créée en 2018 par l’UEFA, la Suisse aura de nouveaux adversaires de premier plan à affronter. C’est une bonne nouvelle pour l’attractivité des affiches autant que pour le développement de l’équipe qui, naturellement, apprend beaucoup à jouer contre plus fort qu’elle.

Lors de ses 72 secondes de grâce, la Nati a ouvert la marque grâce à Remo Freuler, qui a conclu de la tête un bon centre de Xherdan Shaqiri. Puis la République tchèque s’est débrouillée pour perdre le ballon sur l’engagement, et Breel Embolo en a profité pour traduire sa forme actuelle en un beau but, d’une frappe limpide. En-dehors de ces instants de grâce, toutefois, rien n’a été facile pour l’équipe de Suisse. Yann Sommer a été sauvé trois fois par ses montants, et il a arrêté un penalty.

«Les Tchèques se sont procuré des occasions, mais ce n’est pas une surprise, ils sont forts physiquement et ils exploitent bien les longs ballons ainsi que le jeu aérien, témoignait le gardien après sa douche. Je retiens personnellement que nous avons également eu des chances de marquer, au-delà de nos deux buts. Nos deux victoires en deux matchs nous laisseront un bon sentiment pour la suite. Beaucoup de confiance en nos moyens.» Cela tombe bien, à moins de deux mois de la Coupe du monde.

Hiérarchie établie

En attendant la principale échéance de l’année, en novembre au Qatar, Murat Yakin avait parlé du match contre la République tchèque comme d’une «finale». Façon d’en poser l’importance. Une heure avant le coup d’envoi, sa composition témpoignait du même sérieux. Un seul changement par rapport au match remporté samedi contre l’Espagne, contraint: Fabian Schär remplaçait Manuel Akanj, suspendu, en défense centrale.

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Il était légitime de se demander si le sélectionneur allait économiser Xherdan Shaqiri, qui avait commencé le rassemblement légèrement blessé, ou titulariser le Genevois Denis Zakaria à mi-terrain. Rien de tout ça. Dans son esprit, la hiérarchie est claire. Ceux qui n’y figurent pas en bonne place ont désormais moins de deux mois pour qu’il la reconsidère d’ici la Coupe du monde.

Ce qui changeait, en revanche, par rapport au match de Saragosse, c’était la teneur de l’opposition. L’Espagne, c’est la science de la possession de balle; la Suisse avait dû courir après. La République tchèque, elle, se passe très bien du cuir jusqu’au moment de lancer ses offensives éclair. Il allait donc falloir procéder autrement. Et au départ, la Nati eut quelques difficultés à entrer dans son rôle du soir. Yann Sommer dut intervenir sur une bonne tête dès la 2e minute de jeu. Il fut sauvé par sa barre transversale trois minutes plus tard.

Yann Sommer et les tirs au but

A vrai dire, si l’on excepte les fameuses 72 secondes qui lui ont permis de faire la différence, l’équipe de Suisse n’a pas dégagé la maîtrise espérée. Après ses deux buts encore, elle fut plusieurs fois en danger, notamment lorsque Vaclav Cerny toucha le poteau d’une belle reprise de volée (42e). Quelques instants plus tard, Patrik Schick ramenait la République tchèque à une longueur, et du suspense au Kybunpark.

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Le public suisse connaît les folies de la Ligue des nations: la Nati était menée 0-2 par la Belgique avant de s’imposer 5-2 en 2017. Elle écrasait le Danemark 3-0 avant d’être contrainte au nul en 2019.

Alors quand les hommes de Jaroslav Silhavy ont commencé la deuxième mi-temps en furie, les supporters avaient quelques raisons de craindre le pire. Et quand Nico Elvedi a maladroitement crocheté Patrik Schick dans la surface de réparation, ils se sont dit que le match était relancé. Mais Yann Sommer a quelques références en matière de penalty à négocier dans des matchs qui comptent, et il a été aussi intraitable face à Tomas Soucek cette fois-ci que face à Kylian Mbappé ou encore Jorginho ces derniers temps. «Il y a une part de chance, bien sûr, souriait le gardien après la rencontre. Pour le reste, j’essaie de rentrer dans la tête du tireur, et parfois cela me réussit…»

Mais pour lui, l’essentiel était ailleurs. «Contre l’Espagne, nous avons été dominé. Contre la République tchèque, nous avons eu le ballon davantage. Dans les deux cas, nous avons su gagner au final. C’est précieux de savoir que nous pouvons nous en sortir de toute façon.» Même si, comme le relevait le capitaine Granit Xhaka, la Nati n’a pas présenté son jeu le plus séduisant lors de ce rassemblement, il faut parfois se satisfaire du résultat. «Deux matchs, six points, qu’est-ce qu’on veut de plus? On abordera le Mondial dans un bon état d’esprit», promettait encore Xherdan Shaqiri.