TENNIS

Relooké par le marketing, le tennis masculin cherche un nouvel envol

Réorganisation totale des tournois Super 9, nouveau système de classement, meilleure couverture télévisée: depuis le 1er janvier, le circuit masculin présente un visage différentL'objectif des dirigeants et de l'agence ISL est clair: faire du tennis un sport majeur, dans le sillage du football et de la Formule 1, en termes de succès populaire et de retombées financières

Après avoir connu une période de déclin au début des années 90, le tennis masculin a réussi à stopper sa perte de popularité depuis deux ou trois ans. Mais, désormais, l'objectif de l'ATP-Tour (le circuit professionnel masculin du tennis) et de l'agence ISL Worldwide est de faire du tennis un sport majeur, dans le sillage du football et de la Formule 1 en termes de succès populaire et de retombées financières. Les deux partenaires ont baptisé la nouvelle donne, entrée en vigueur le 1er janvier, «le tennis du XXIe siècle». Le but: attirer les sponsors et les télévisions. Les moyens: donner une image de marque clairement identifiable, améliorer les retransmissions télévisées et offrir un système de classement compréhensible.

L'arrivée d'ISL sur le circuit professionnel a été annoncée en avril 1999 déjà. Le géant lucernois du marketing a garanti un minimum de 1,2 milliard de dollars (1,9 milliard de francs suisses) de revenus, sur dix ans, aux organisateurs des dix principaux tournois hors Grand Chelem, en échange des droits exclusifs de marketing, de retransmission télévisée et de licences. Une telle manne ne pouvait tomber du ciel sans quelques réajustements. L'organisation des tournois Super 9 va donc être sensiblement modifiée.

L'aiguillon des dollars

Désormais, les neuf anciens Super 9 – Indian Wells, Miami, Cincinnati, Toronto (en alternance avec Montréal), Paris-Bercy, Monte-Carlo, Hambourg, Stuttgart et Rome – sont réunis sous le nom de Tennis Masters Series. L'idée est de faire de ces tournois des rendez-vous incontournables. Auparavant, les dix meilleurs joueurs mondiaux jouaient sept de ces tournois par an (six pour les joueurs classés de la onzième à la cinquantième place). Aujourd'hui, ils doivent participer à tous les tournois, ainsi qu'à ceux du Grand Chelem, sous peine d'être pénalisés.

«Tous les joueurs dont le classement permet d'entrer dans les tableaux Super 9 n'ont même pas besoin d'envoyer leur inscription. Ils sont automatiquement qualifiés», a expliqué Mark Miles, directeur général de l'ATP-Tour. En cas d'absence, même pour blessure, les joueurs ne marqueront aucun point. Deux aiguillons les inciteront à ne pas se défiler. D'abord, tout joueur qui ne jouera pas un tournoi pour lequel il est qualifié perdra automatiquement un tiers de son bonus de fin d'année. De quoi faire réfléchir, quand on sait que les cinquante meilleurs joueurs se partageront 10 millions de dollars, dont 2 millions iront au numéro un, alors qu'auparavant les huit meilleurs joueurs de l'année se partageaient 5,5 millions de dollars. Ensuite, il n'y aura pas de tournois secondaires organisés durant la semaine d'un Super 9.

«Unifier l'image du tennis»

Pour mettre fin à la fragmentation des droits, ISL propose un nombre limité de sponsors pour la Tennis Masters Series: «Quinze à vingt parraineurs majeurs sont prêts à investir chacun autour de 8 millions de dollars par an», déclare Daniel Beauvois, directeur général d'ISL. Qui ajoute que l'objectif est d'«unifier la marque et l'image du tennis». Jusqu'à l'an dernier, on dénombrait en effet plus de 200 sponsors d'importance variable pour les neuf tournois majeurs.

Ces derniers bénéficieront d'une couverture télévisuelle uniformisée et améliorée. La qualité des retransmissions est au centre de la stratégie: l'ATP-Tour et ISL ont prévu – imitant en cela la Formule 1 – d'assurer la production des images. Comme en Grand Chelem, il y aura seize caméras sur le court central et d'autres sur les courts annexes. Ce n'est pas pour déplaire aux joueurs: «Nous en avons assez de la caméra standard placée dans notre dos», a commenté l'Anglais Tim Henman.

La phase finale de la Tennis Masters Series, réservée aux huit meilleurs joueurs, est rebaptisée Tennis Masters Cup (fusion de l'ex-Masters et de la Coupe du Grand Chelem en une seule épreuve). Elle aura lieu à Lisbonne cette année et à São Paulo en 2001. Les 60 autres tournois de l'ATP (dont Bâle et Gstaad) deviennent des International Series. Les Super Challengers sont appelés à remplacer les tournois de l'ATP les moins bien dotés. Restent les Challengers, en bas de la hiérarchie. Deux auront lieu sur sol suisse, à Lugano et à Genève.

Tous sur la même ligne

En attendant le premier Masters Series à Indian Wells, le 13 mars prochain, le changement le plus notable concerne le mode de classement des joueurs. Les compteurs seront remis à zéro au début de chaque saison. Au mois de novembre, celui qui aura totalisé le plus grand nombre de points sera proclamé numéro un mondial. Les dix-huit meilleurs résultats des joueurs seront pris en compte .

L'ancien système, qui portait sur les quatorze meilleurs résultats des cinquante-deux dernières semaines, était compliqué. Yevgeny Kafelnikov est resté ainsi numéro un tout en accumulant les défaites, et Pete Sampras a perdu le leadership après une victoire en finale à Wimbledon… Ce système ne restera en vigueur qu'à l'interne, pour déterminer les entrées dans les tournois et les têtes de série. Le bonus qui récompensait un joueur ayant battu un adversaire mieux classé est supprimé.

Côté jeu, deux modifications sont introduites. D'une part, le code de conduite sera plus souple: jusqu'à l'an passé les mauvais gestes étaient réprimés par un avertissement, un point de pénalité, puis la disqualification. Désormais, la disqualification n'est plus automatique. D'autre part, à la fin de chaque set, le changement de côté sera obligatoire.

«Avec un classement simplifié et une catégorie de tournois qui verra jouer régulièrement tous les meilleurs, les spectateurs devraient s'y retrouver plus facilement, et donc être de plus en plus nombreux à s'intéresser à notre sport», prédit Mark Miles. L'an 2000 dira s'il a raison.

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