Cela pouvait ressembler à une formalité. Comme si en son pays, la presse et le public s'étaient tellement habitués à la voir gagner que la quête d'un globe de cristal de plus n'est que banalité. «Si vous n'avez plus de questions pour moi, est-ce que vous m'autorisez à partir?», a demandé poliment Renate Götschl, hier lors de la conférence de presse qui a suivi la descente féminine des finales de la Coupe du monde à Lenzerheide. Après avoir répondu à quelques interrogations, la petite blonde accorte s'est éclipsée, guillerette comme à son habitude, affichant son plus joli sourire.

Pour elle, peu importe que les journalistes n'attachent que peu d'importance à son efficace coup double du jour, victoire et globe de descente à la clé: «Je voulais ce globe à tout prix et le décrocher en remportant la course, c'est plus que ce que je ne pouvais espérer! Il s'agit certainement d'une de mes plus importantes victoires.» Il s'agit pourtant de son 37e succès en Coupe du monde. Une performance qui l'inscrit dans l'histoire puisqu'à 29 ans, l'Autrichienne devient la troisième skieuse de tous les temps à faire aussi bien, derrière sa compatriote Anne-Marie Moser-Pröll (62) et la Suissesse Vreni Schneider. Quant aux précieuses petites boules de cristal, Renate Götschl en compte désormais sept. Quatre en descente, deux en super-G et celui du classement général en 2000.

Renate Götschl savourait d'autant plus ce succès hier, qu'il était loin d'être acquis. Son avance sur l'Allemande Hilde Gerg (32 points) n'était guère confortable. Elle ne pouvait se permettre de sortir. «La piste était très exigeante, il fallait skier intelligemment et ne pas être trop agressive. Je tenais à prouver que je pouvais aussi bien faire dans une course comme celle-ci», a souligné la jeune fille après avoir terminé en beauté.

Comme Bode Miller chez les hommes, Renate Götschl sort du lot. Par un caractère affirmé, entêté dit-elle, et un goût prononcé pour les plaisirs nocturnes. Pour elle, résultats ne riment pas avec austérité. Elle n'hésite pas à s'accorder une bière la veille d'une course et arrose dignement ses victoires jusqu'au bout de la nuit. Il lui est même arrivé de rater une remise de prix après avoir festoyé jusqu'au petit matin. Cette fille des campagnes autrichiennes, née dans le petit village d'Obdach, dans la région reculée de Styrie, n'est pas l'enfant sage que ses compatriotes ont cru découvrir, lorsque ses premiers succès d'enfant prodige ont fait d'elle une star avant l'heure.

Comme c'est souvent le cas des champions autrichiens, Renate Götschl a quasiment fait ses premiers pas sur des skis et remporté sa première mini-épreuve à 4 ans. «Tout de suite, j'ai voulu skier en Coupe du monde», a raconté au quotidien L'Equipe celle qui rêvait, déjà à cet âge-là, de ressembler à Anne-Marie Moser-Pröll et à Michela Figini. «J'ai très vite remporté des courses à douze ans. Et mon entrée en équipe d'Autriche s'est effectuée en toute facilité.» Il fut couronné d'une première victoire en Coupe du monde, en slalom à Lillehammer. Deux ans plus tard, elle explosa à Saint-Anton en remportant le combiné, en terminant deuxième en descente et au pied du podium en slalom. Il n'en fallut pas plus pour la propulser à la «une» des journaux autrichiens, qui voyaient déjà en elle la nouvelle Moser-Pröll.

Supportant mal cette subite pression médiatique, l'adolescente s'en est protégée, mais a continué de flirter avec les podiums. Elle a même sauvé l'honneur de son pays aux Mondiaux de Sestrières en 1997, en remportant l'or au combiné. Rapidement passée du slalom à la vitesse parce qu'elle «aime la sensation d'avoir les skis sous contrôle et ressentir qu'il peut se passer quelque chose de dangereux», Renate Götschl n'a plus, depuis, quitté les premiers rôles en descente et en super-G. Elle sera d'ailleurs en chasse aujourd'hui pour conserver son globe de cristal dans cette discipline.