Inamovible René Fasel. Le 21 mai prochain, le Fribourgeois de 58 ans sera réélu pour quatre années à la tête de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF). Titulaire du poste depuis 1994, l'ancien joueur - il a évolué en Ligue nationale B avec Gottéron - et arbitre fréquente les hautes sphères tout en conservant son côté bonhomme et terroir. Celui qui est aussi membre du Comité international olympique depuis 1995 a reçu Le Temps la semaine dernière, juste avant de s'envoler pour les Mondiaux qui viennent de débuter à Québec et Halifax.

Le Temps: Les gens vous surnomment «Napoléon». Pourquoi?

René Fasel: C'est à cause de ma petite taille, j'imagine, plutôt que pour ses qualités. J'ai beaucoup lu sur ce personnage qui a marqué notre histoire, mais je préfère tout simplement être René Fasel.

- Aucun autre point commun avec l'empereur, donc?

- Je n'arriverai jamais à sa cheville. Ma force, finalement, c'est ma passion pour le sport en général et le hockey sur glace en particulier. Elle m'a permis de faire de mon hobby un métier. C'est une chance incroyable.

- Dernièrement, vous avez dû mener campagne afin de défendre votre poste de président de l'IIHF. Comment avez-vous vécu cette période?

- Comme me l'a toujours dit mon père sportif Juan Antonio Samaranch, une campagne commence le jour où tu es élu. En fait, on est toujours en campagne. En l'occurrence, mon concurrent, le Finlandais Kalervo Kummola a fini par se retirer, et c'est mieux comme ça. Sa candidature m'a servi de réveil, j'ai pu voir où étaient mes amis. Me voilà réconforté: ils sont nombreux. Je ressors plus fort de cette bataille qui m'a valu quelques semaines difficiles. Ce n'est pas évident de composer avec tout le monde. Entre le bloc nord-américain, le bloc asiatique, le bloc d'Europe occidentale et le bloc slave, chacun a sa propre façon d'envisager les choses.

- Elu pour la première fois en 1994, vous rempilez donc pour quatre ans. Comment gardez-vous la flamme?

- D'abord, je suis un peu trop jeune pour penser à la retraite. Ensuite, il y a cette nouvelle Ligue des champions qui arrive, un projet important, et beaucoup d'autres choses sur l'établi.

- Les Mondiaux ont lieu en même temps que les play-off de la NHL. N'y a-t-il pas un problème de calendrier?

- C'est l'éternelle discussion, je ne veux plus en parler. Bien sûr que j'aimerais avoir des Mondiaux au mois de février, avec tous les meilleurs joueurs de la planète. Mais comment faire? Il vaut mieux avoir 50% de quelque chose que 100% de rien. Chaque édition connaît un gros succès populaire et médiatique. Cette année, nous sommes au Canada, dans le fief du hockey, et je pense que les Québécois vont nous aider à battre le record de spectateurs - 552 000 en Tchéquie en 2004.

- Lors des éditions précédentes, les gradins étaient souvent vides... Des Mondiaux chaque année, n'est-ce pas trop?

- On veut avoir un champion et faire la fête tous les ans, basta! Après, sur cinquante-six matches, il est normal qu'un Norvège-Italie, par exemple, ne passionne pas partout. On ne pourra jamais éviter ça.

- La formule du tournoi, avec cette phase intermédiaire pratiquement sans enjeu, n'aide pas.

- C'est l'un des gros points faibles, en effet. Mais là aussi, que faire? Diminuer le nombre d'équipes en passant de seize à quatorze, voire douze? Ça enlèverait au Danemark la possibilité de jouer face à la Suède. Et la Hongrie, qui vient de réaliser un rêve qu'elle poursuivait depuis 70 ans en retrouvant le groupe A, n'aurait pas connu cette aventure. Un séminaire est agendé au mois de septembre pour discuter avec les fédérations nationales. Mais si on change, il faut du mieux, et le mieux est souvent l'ennemi du bien.

- Quel regard portez-vous sur l'évolution globale du hockey sur glace depuis votre prise de fonction?

- Ça a beaucoup changé. L'un de mes points forts a été la venue des joueurs de NHL aux Jeux de Nagano en 1998. Nous avons aussi amené aux JO le hockey féminin. On comptera bientôt 35 fédérations nationales, contre 6 ou 7 au début des années 1990. Le développement est très fort en Asie, où le potentiel économique et populaire est énorme. Il y a aussi eu la création de la Continental Hockey League en Russie, et maintenant, la nouvelle Ligue des champions. Le pire qui puisse arriver, c'est que rien ne bouge.

- Une première mouture de l'épreuve avait été accueillie dans l'indifférence il y a une dizaine d'années. Pour quelle raison cela marcherait-il mieux aujourd'hui?

- Il y a plus d'équipes et plus d'argent. A l'époque, le budget était de 4 millions de francs par année. Là, l'investissement est de 100 millions sur trois ans. Les clubs et les ligues ont montré de l'intérêt, sont prêts à y participer avec leurs meilleures équipes. C'est déjà un très bon point de départ. Sept pays seront impliqués pour l'édition 2008/09, contre vingt-deux dès la suivante. Après, tout dépendra de l'accueil des fans et des médias. Je lance un appel à tous les supporters parce que sans eux, on n'a aucune chance. Il faut sortir de la situation actuelle, où les mêmes équipes s'affrontent toujours entre elles. Il faut voir au-delà de sa colline, élargir les horizons.

- A propos, comment l'équipe de Suisse, qui a pour habitude de quitter les Mondiaux sur une défaite honorable en quart de finale, peut-elle franchir un cap?

- Pour avoir bien connu la période où l'équipe nationale faisait la navette entre le groupe A et le groupe B, je tiens d'abord à ne pas minimiser les performances actuelles. Quant à franchir un palier supplémentaire... Il faut y croire. Je pense que ça passe par la NHL. Notre championnat n'est pas assez intense pour former des gens capables de lutter pour une médaille. Pour être à la hauteur, il nous faudrait entre six et huit joueurs installés dans les ligues supérieures, en NHL, en Russie ou en Suède.