L'abolition des privilèges d'antan, le grand chambardement administratif et l'avènement d'un entraîneur à poigne procurent des résultats inespérés. Les Servettiens, ces mal-aimés, ont remporté, au courage, une victoire inattendue face au FC Zurich (0-1). Un succès qui tombe à pic. «J'espère qu'il nous aidera à trouver des sponsors», lançait le défenseur Christophe Jaquet.

Les joueurs ont conscience qu'ils se battent sur deux fronts. Il leur faut viser les premières places, certes, mais aussi attirer un public digne de ce nom au Stade de Genève. La bravoure déployée à Zurich va dans le bon sens. Marco Schällibaum a insufflé cet esprit de corps qui faisait cruellement défaut.

Le charisme de «Schälli» n'explique pas à lui seul cette réjouissante métamorphose. Contrairement à la saison dernière, plombée dès le départ par une malheureuse campagne de transferts – le directeur général, Pierre Aeschlimann, en a payé le prix – les Servettiens ont, aujourd'hui, tout lieu de se féliciter de leur recrutement, restreint mais de qualité. Harutyun Vardanyan, véritable brise-lames, a été le grand artisan du succès défensif arraché de haute lutte à Zurich. L'Arménien a confirmé toute l'autorité qu'il avait affichée contre Wil, lors de la première journée. Il est le complément idéal de Hilton. Certes, les deux hommes, en dépit de tout leur métier, furent parfois à l'ouvrage face aux éblouissants techniciens que sont Keita, Simo, Petrosyan et Bastida. Ce carré d'as trouva sur sa route un autre obstacle de taille en la personne de Yao Aziawonou. Ce Togolais de belle prestance, qui passa par le centre de formation de Nantes à 18 ans, a de la présence dans l'entrejeu, et son habileté de gaucher lui donne la possibilité de s'illustrer parfois en phase offensive. Transfuge du FC Thoune, il possède des atouts athlétiques précieux.

A onze, les Zurichois, se montrèrent incapables d'arracher au moins le nul face à des adversaires en nette infériorité numérique. Assailli par nos confrères alémaniques, Lucien Favre manquait de vocabulaire pour exprimer dans la langue de Goethe toute sa frustration. En français dans le texte, il rendait un hommage indirect à son alter ego servettien: «A sa place, je n'aurais pas joué autrement. Son 4-5-1 nous a beaucoup gênés.» Sous le regard inquiet de Köbi Kuhn, le grand Stephan Keller a failli dans sa tâche de patron des lignes arrière zurichoises. Emprunté à la relance, trop souvent pris de court face à la vivacité de Kader, le néo-international a de surcroît raté l'immanquable à la 84e minute. Richement doté en ligne médiane et en attaque, le FC Zurich a sous-estimé les conséquences de la perte des deux anciens piliers, Urs Fischer et Yvan Quentin.