«Cette fois, on fait le plein, non?» A l'instant où débute la rencontre du championnat suisse de basketball entre le BBC Nyon et Olympique Lausanne, un membre du comité nyonnais interroge un compère déjà obnubilé par le match. «Pas tout à fait!» répond ce dernier en scrutant les gradins. A nouveau bien garnie (700 spectateurs), la salle du Rocher n'était effectivement pas comble il y a dix jours. Plus ennuyeux: le néopromu s'est incliné (88-107) sur son parquet face à un adversaire supérieur. Ce troisième revers consécutif à domicile ternit un peu la réputation d'équipe redoutable dans sa salle que les Nyonnais s'étaient bâtie en début de saison. Mais il ne remet pas en cause le constat suivant: fidèle et nombreux, le public représente un atout considérable, la base potentielle d'un avenir radieux.

Une heure avant la rencontre, de jeunes supporters affluent, emmitouflés dans leurs écharpes aux couleurs de l'équipe. Prenant leur rôle visiblement très au sérieux, ils déploient des banderoles et installent leurs tambours en percussionnistes avisés. Les divers préparatifs égaient l'attente, tandis que la salle du Rocher se peuple progressivement. La foule peut remplir sa fonction de sixième homme. Ici, la manière de vivre un match est intense. Chaque rebond pris par la formation locale est salué d'une ovation. Un panier à trois points, et la tribune se soulève littéralement. Les lancers francs adverses sont accompagnés d'une énorme bronca. L'enthousiasme est débordant, mais les lois de la bienséance ne sont jamais bafouées. On peut être fanatique et éduqué. Très vite, Nyon est malmené. Même dans les mauvaises passes, le public répond présent. Ce sera le cas jusqu'à la fin des débats. Malgré la défaite, rendez-vous est pris pour la prochaine rencontre.

Dans la région, le BBC Nyon possède un indéniable capital de sympathie. Les nostalgiques se remémorent la belle époque et le titre national de 1983. On se prend à imaginer de nouvelles conquêtes. Le basket nyonnais revit. Une glorieuse tradition semble prête à reprendre ses droits. S'il parvient à exploiter l'engouement qu'il suscite à nouveau, le club de La Côte peut envisager l'avenir avec sérénité. Le président Alexis Margot en est plus que jamais conscient. Quand celui-ci s'exprime, l'interlocuteur perçoit l'importance qu'il accorde à ceux qui investissent régulièrement la salle du Rocher: «En Suisse, seul le public de Boncourt rivalise avec le nôtre. Nous disposons d'un soutien indispensable. Chaque supporter, qu'il soit directeur de banque ou concierge, jeune amateur ou vieil habitué, joue un rôle primordial pour le club.»

C'est pour entretenir la ferveur de ce public en or qu'Alexis Margot et son comité se démènent. Tout est mis en œuvre afin d'instaurer un esprit convivial. Chacun met la main à la pâte pour le bien du club. Les jours de match, l'un des dirigeants beurre les sandwiches, un autre se métamorphose en placeur et le président, affairé comme jamais, se mue en speaker énergique au dernier moment. L'équipe dirigeante reste pratiquement inchangée depuis 1991, année du nouveau départ en 2e ligue après la faillite du club. Evidemment, ça crée des liens.

Le cliché mielleux de la grande famille est souvent galvaudé. Le cas présent constitue sans doute une exception. L'harmonie et la sincérité ne trompent pas. La salle du Rocher n'est pas une simple halle de sport. Elle fait également office de maison de quartier, de lieu de rencontre. La communion est évidente. Elle se trouve encore renforcée lors des déplacements de l'équipe nyonnaise. Les supporters voyagent dans le car des joueurs. Une autre manière de les impliquer dans la vie du club. Alexis Margot affiche une mine réjouie quand il évoque la mémorable et récente virée montheysanne: «Nous avons signé là-bas notre première victoire à l'extérieur. Je pense qu'il y avait plus de Nyonnais que de Valaisans dans la salle. Chaque succès est aussi le leur.»

Des succès, les dirigeants et le public souhaitent en fêter toujours davantage. L'euphorie générée par la promotion de l'année dernière est quelque peu refroidie par les résultats actuels, mais les braises subsistent. Après un début de championnat prometteur, Nyon occupe aujourd'hui une sixième place (sur neuf équipes) un peu décevante. Mais, à la moindre étincelle, au moindre coup d'éclat, l'engouement d'une région pour son équipe de basket est prêt à redoubler.