Deux instances, deux ambiances. Jeudi 30 avril, au lendemain de l’assouplissement décidé par le Conseil fédéral qui ouvre la voie à un retour à la pratique sportive à partir du 11 mai, et même à une possible reprise des championnats professionnels dès le 8 juin (sous réserve d’un examen de la situation au 27 mai), les comités directeurs de l’Association suisse de football (ASF) et de la Swiss Football League (SFL, chargée du football professionnel) se sont réunis pour tirer les conséquences de ces annonces. L’ASF a tranché dans le vif, la SFL s’est donné du temps pour réfléchir.

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En fin de matinée, au sortir d’une conférence téléphonique réunissant toutes les parties prenantes du football suisse, l’ASF a annoncé la fin définitive de tous les championnats amateurs. Pour ces juniors, vétérans, féminines, actifs de la cinquième ligue à la Promotion League, la saison 2019-2020 est annulée. Il n’y aura ni promotions, ni relégations. «Après avoir étudié tous les scénarios possibles, l’arrêt de la saison a été décidé à l’unanimité, en accord avec les trois divisions de l’ASF (Swiss Football League, Première Ligue et Ligue Amateur) et les 13 associations régionales», assure l’ASF dans un communiqué.

Yverdon Sport et Servette Chênois Féminin, les grands perdants

«Cela fait mal mais compte tenu de la situation actuelle, il n’y avait pas d’alternative à cette décision qui entraîne des conséquences financières à tous les niveaux», souligne le président de l’ASF, Dominique Blanc, qui précise que «la santé des joueurs», «l’intérêt général», «l’impossibilité logistique de trouver des dates de rattrapage» et la volonté d’avoir «une planification claire de la saison prochaine» ont été des critères déterminants.

Ce choix fait principalement deux victimes romandes, évoluant toutes deux dans cette zone grise du semi-professionnalisme: Yverdon Sport et le Servette FC Chênois Féminin. En tête de la (mal nommée) Promotion League avec 7 points d’avance sur le FC Rapperswil, le club du Nord vaudois ne pourra atteindre l’objectif qu’il s’était fixé en début de saison et qu’il était en passe d’atteindre sur le terrain. Tant mieux pour le FC Chiasso, bon dernier de Challenge League mais qui ne pourra pas être relégué.

Bavois: championnat annulé mais qualifié en coupe

Les Servettiennes, elles, étaient en lice pour décrocher leur premier titre de championnes de Suisse, quoique à la lutte avec le FC Zürich Frauen. Bien que réunissant l’élite féminine, la LNA a été considérée comme un championnat non professionnel. Autres lésés, mais parmi bien d’autres à ce niveau: les M21 de Servette, premiers avec 11 points d’avance dans leur groupe de 2e ligue interrégionale. Deux équipes de Promotion League n’ont toutefois pas terminé leur saison: le FC Bavois et Rapperswil sont qualifiés en quarts de finale de Coupe de Suisse (en compagnie de six clubs professionnels), épreuve qui est pour le moment maintenue par l’ASF. Il ne reste que trois dates (encore non fixées) et sept matchs à caser (quarts, demies et finale) pour boucler une épreuve qui a déclaré un vainqueur chaque année sans interruption depuis 1925. La Coupe de Suisse féminine, elle, a été annulée.

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Mais les championnats certifiés professionnels reprendront-ils finalement? Il subsiste un doute, dont la Swiss Football League ne craint pas de faire état. Dans un communiqué distribué en fin de journée, la SFL dit vouloir «prendre du temps pour clarifier des questions importantes», des questions «organisationnelles, socio-politiques, économiques» et même «existentielles». Puisqu’on parviendrait presque à en douter, le comité central de la SFL «réaffirme son intention fondamentale de reprendre les championnats de Super League et de Challenge League de la saison en cours 2019/20 à partir du 8 juin». Reprendre oui, mais pas n’importe comment.

Outre l’organisation des matchs, la mise en place de mesures sanitaires et d’un protocole en cas de joueurs positifs au Covid-19, les clubs s’inquiètent de l’impact économique d’une reprise à huis clos, sans les recettes directes (billetteries) et indirectes (merchandising, restauration, loges VIP) des spectateurs. Ils doivent aussi régler la question des contrats, qui s’arrêtent généralement au 30 juin, alors que la saison se poursuivrait en juillet. Leur souhait, déjà exprimé auprès du Seco, est de pouvoir continuer à bénéficier du chômage partiel, la reprise de l’activité à huis clos ne couvrant pas la perte de gains. «Ce n’est que lorsque ces points auront été clarifiés, en collaboration avec les clubs et les autorités, qu’une décision pourra être prise sur la reprise des championnats actuels», conclut la SFL.

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