Mis à part Roger Federer, qualifié pour les demi-finales sans donner un coup de raquette suite au forfait de David Sanchez, Gaston Gaudio et Lander Paes, qualifié en double, il ne reste que des joueurs tchèques à Gstaad. Leur leader Jiri Novak rééditera-t-il son exploit de 2001, lorsqu'il avait remporté le trophée face à Ferrero? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, avant d'arriver en finale, il devra encore se débarrasser… de son partenaire de double, Radek Stepanek, un autre représentant de la République tchèque.

Mais qu'ont-ils de plus que les autres pour truster les victoires sur la terre de Gstaad – et d'ailleurs? «Chez nous, explique Stepanek, le tennis est un sport national. Il y a beaucoup de bons joueurs, et nous sommes effectivement nombreux sur le circuit. Ne me demandez pas si nous travaillons mieux que les autres, je ne sais pas comment les autres travaillent.» Pas très bavard, le bonhomme. Tant pis.

A quelques kilomètres de Gstaad, du côté de Villars, Georges Bastl senior sait se montrer plus loquace. D'origine tchèque, ancien champion de hockey, ex-tennisman d'excellent niveau, le papa de George (sans s, lui) Bastl sait de quoi il parle. «Le tennis représente une énorme tradition en République tchèque. On vit avec au quotidien, et ça ne date pas d'aujourd'hui.» Référence aux anciens champions tels Drobny, Kodes, Lendl et Smid, ou, plus près de nous, Korda, sans oublier bien entendu Martina Navratilova. «Tous ces champions ont servi et servent encore de locomotives. Si, à l'époque du Mur, le «système» n'appréciait pas ce sport individuel, les gens y jouaient quand même énormément car, en été, les patinoires étaient utilisées comme terrains de tennis. Petit à petit, le régime a compris que ce sport était un bon moyen de propagande et n'a pas freiné son ascension. Ivan Lendl a d'ailleurs été formé par le régime communiste.»

Formation. Le maître mot est lâché. «En République tchèque, il existe aujourd'hui une trentaine de centres de formation, poursuit Georges Bastl. On y joue au tennis, mais on y poursuit également ses études, et ce depuis trente ans. Il est donc normal de voir autant de bons joueurs sur le circuit. Ce n'est pas un hasard, mais les retombées d'un travail de fond. La Suisse vient de s'y mettre, elle récoltera les fruits plus tard, surtout si elle apprend aux jeunes à forcer leur mentalité, à se dépasser pour gagner.»

Il y a encore Jakob Hlasek, digne représentant d'une grande colonie de tennismen suisses d'origine tchècoslovaque (Hingis, Vavrinec, Kratochvil, Bastl, Valent) et, pour beaucoup, issus du hockey sur glace. Hlasek est formel: «Les Tchèques sont des joueurs sérieux, professionnels. C'est un trait de caractère commun qui permet d'aborder une carrière professionnelle avec une approche rigoureuse. La formation, aussi, est bonne, car les joueurs sont tous très complets, et possèdent une excellente technique générale. Du coup, même un joueur moyen peut bien vivre sur le circuit. Et avec ce que gagne un ouvrier là-bas, mieux vaut se lancer dans le tennis…»

L'ancien numéro 1 helvétique a aussi eu la chance d'avoir un père qui fut un grand champion de hockey en Tchécoslovaquie. «Il m'a laissé tenter ma chance, en connaissance de cause, tout en me transmettant des valeurs primordiales pour le sport de haut niveau. En Suisse, faire d'un sport son métier n'est pas accepté, même par les parents. Question d'éducation et de niveau de vie.» Heureusement,