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Les joueurs du FC Sion lors de la finale de la Coupe de Suisse, perdue 3 à 0 contre Bâle le 25 mai 2017.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT/KEYSTONE

Rétrospective

Ce qui reste quand on a tout oublié

L’année sportive fut riche, surprenante, foisonnante. Mais au bout du compte, plus que les statistiques, les titres et les records, ce sont bien les émotions et les rencontres qui font vivre le sport et lui donnent sa raison d’être. Petit florilège constitué au gré des reportages 2017 de la rédaction

29 janvier: Qui va gagner? 

La foule est surexcitée, presque en transe. Ce qui se passe plus bas sur le court de la Rod Laver Arena est à peine croyable. Roger Federer et Rafael Nadal bataillent depuis plus de quatre sets et trois heures; pourtant, impossible de savoir lequel des deux va gagner. Dans un sport comme le tennis, où les victoires se construisent point par point, c’est très rare. L’ambiance est complètement folle, sublimée par ce public australien connaisseur et sans parti pris. Dix fois, vingt fois, les pronostics sont déjoués, les balles de break sauvées. Federer s’impose sur les coups de minuit. La saison de tennis n’est vieille que de quinze jours, on ne revivra plus pareil moment de l’année. L. Fe

10 février: Au sommet entre copines

Lara Gut vient de se blesser. Le bourdonnement de l’hélicoptère qui l’évacue plombe l’ambiance dans le camp suisse à Saint-Moritz. Et puis ce qui s’annonçait le jour le plus triste des Championnats du monde devient subitement spécial, inoubliable, par l’action conjuguée de Wendy Holdener et Michelle Gisin. Les deux copines de Suisse centrale terminent première et deuxième du combiné alpin. Surtout, elles manifestent dans l’aire d’arrivée une joie franche, toute simple et communicative. La vice-championne du monde semble même la plus heureuse des deux, ravie de voir sa pote sur la plus haute marche du podium. L. Pt

25 février: Voir Feuz et mourir

Hôtel officiel des joueurs, tournoi de Dubaï. Après son exploit australien et quelques vacances en Suisse, Roger Federer est de retour. Il croise Gaël Monfils qui sort d’un ascenseur. Accolade, sourires. Le Français félicite le Suisse pour son titre à Melbourne puis parle vacances. «J’étais dans les Grisons, lui raconte Federer, je suis allé à Saint-Moritz, aux Mondiaux de ski, c’était fantastique! Dans cinquante ans, je pourrai dire à mes petits-enfants que j’ai vu Beat Feuz gagner la médaille d’or en descente!» Et Monfils pourra dire aux siens que Roger Federer était vraiment un passionné de sport et un drôle de personnage. L. Fe

Lire aussi: notre interview de Roger Federer à Dubaï

12 avril: L’homme derrière le coach

«Ah bon, il t’a accordé une interview?» Le confrère belge est surpris. Cela fait des semaines que René Weiler, entraîneur suisse d’Anderlecht, ne parle plus aux médias en dehors des conférences de presse obligatoires. Nous l’ignorons en débarquant à Bruxelles mais le Zurichois nous l’explique rapidement: il estime que les critiques à son encontre ont dépassé le cadre du football pour toucher à l’homme, ce qu’il ne tolère pas. La discussion commence formellement dans son bureau, se poursuit autour d’un plat de pâtes à la cafétéria du club et se termine dans la voiture du coach en route vers le stade, à la veille d’un match d’Europa League contre Manchester United. Sincère et passionnant, René Weiler rappelle qu’un joueur, un entraîneur ou un dirigeant est d’abord un être humain avec ses états d’âme. Il sera sacré champion en mai et licencié en septembre. L. Pt

19 avril: Bolides à Monaco

Trop tard pour s’accréditer, dernière limite pour acheter un billet. Cher, premier rang, au ras du gazon. C’est soir de Ligue des champions à Monaco, qui accueille Dortmund en quart de finale retour. Dans la file, juste devant, incognito: Ivan Ljubicic, le coach de Roger Federer. La pelouse du stade Louis II est ceinte d’une piste d’athlétisme peu esthétique mais somme toute de circonstance. Première mi-temps: Ousmane Dembélé vole côté gauche, tout en légèreté et en vitesse d’appui. Seconde mi-temps: Thomas Lemar et Kylian Mbappé foncent dans le couloir dans un éblouissant ballet mêlant technique et intelligence. Les bolides français sont de sortie, un mois avant le Grand Prix de F1. L. Fe

26 avril: Kilomètre 106

N’importe quel sport professionnel étant plus ouvert que le football, vous pouvez vivre de l’intérieur, le temps d’une course, le fonctionnement d’une grande équipe cycliste. Et vous retrouver, au kilomètre 106, à attendre le passage des coureurs avec deux soigneurs de la formation BMC. Lui, Anton, néerlandais, la cinquantaine, vingt-cinq ans de mariage donc cinq intégralement passés au volant. Elle, Auxi, espagnole, plus jeune, ancienne coureuse pro, reconvertie pour rester dans le milieu. Les coureurs passent, ralentissent à peine, attrapent la musette. Anton et Auxi ont roulé, poireauté une heure. Et ce soir: les massages, le linge, le casse-croûte du lendemain. Une vie de smicard du vélo. Une vie de passionné(e). L. Fe

25 mai: La vie continue

Ainsi donc le FC Sion peut-il s’incliner en finale de la Coupe de Suisse. Sa série de 13 succès consécutifs défiait la loi des probabilités sportives et s’étirait depuis 1965, elle s’achève un après-midi de printemps au Stade de Genève. Sion implose contre un FC Bâle intouchable (3-0). Dans ces instants, il est assez facile de se laisser prendre par le vertige de l’histoire, de se dire que quelque chose s’est éteint, qu’on vient d’assister à la fin d’un truc à part. Et puis on cligne des yeux et l’on s’aperçoit que la vie continue: Christian Constantin commente avec son flegme sévère habituel, les joueurs des deux équipes délivrent des banalités en zone mixte, les journalistes écrivent leurs analyses à la hâte avant l’heure de bouclage. Le monde ne s’arrête jamais de tourner bien longtemps. L. Pt

19 juin: Colosse au cœur fragile

Si Eric Melville avait été un chien, il aurait assurément été un saint-bernard: rassurant et impressionnant à la fois. Français d’origine sud-africaine, l’ancien rugbyman devenu coach était un colosse de 196 centimètres aux mains immenses, au regard profondément humain et aux mots justes, choisis. Il est depuis quelques mois sélectionneur de l’équipe de Suisse lorsqu’il est emporté par une crise cardiaque. Un laps de temps trop court pour transformer le destin du rugby national mais suffisamment long pour marquer tous ceux qu’il a croisés. Beaucoup nous le diront les mois suivants: les fameuses «valeurs du rugby» s’incarnaient dans cet homme-là davantage qu’en aucun autre. L. Pt

Lire aussi: Eric Melville: «La Suisse me rappelle l’Afrique du Sud»

4 juillet: Une star dans le Nord vaudois

Yverdon-les-Bains est une petite ville de quelque 30 000 habitants qui joue des coudes pour exister dans une Suisse romande tournée vers l’Arc lémanique, que ce soit pour le travail, les loisirs ou le sport. Son club de football, passé par la Ligue nationale A, cherche depuis des années à retrouver ses lettres de noblesse et à offrir un peu de clinquant à ses supporters. Au beau milieu de l’été, ces derniers ne boudent pas leur plaisir quand Yverdon Sport annonce l’arrivée de l’ancien international français Djibril Cissé. Pendant des semaines, la population locale ne parle plus que de ça dans les bars le soir et au marché le samedi matin, fière de voir ce grand nom – et «ce bon type, je te jure, j’lui ai parlé» – jouer pour eux. «Tu te rends compte, Yverdon a été cité dans L’Equipe!» s’enthousiasment ceux qui se redécouvrent une passion pour l’équipe locale. L. Pt

20 juillet: La métamorphose du foot féminin

Pays-Bas - Danemark, premier tour de l’Euro féminin. A Rotterdam, on ne sait pas encore que l’affiche sera celle de la finale de la compétition deux semaines plus tard, on comprend par contre qu’il se passe quelque chose avec cet «autre» football. Les deux formations pratiquent un jeu très intéressant devant un public qui s’enamoure franchement de ses favorites même si elles étaient peu connues un mois auparavant. Aux Pays-Bas, la sensation de l’été s’appelle Shanice van de Sanden, ailière puissante, technique et tête brûlée qui profite de chaque ballon pour tenter quelque chose. Cheveux rasés et rouge à lèvres, la star des Oranje Leeuwinnen met son style au service du foot féminin. L. Pt 

■ 4 septembre: De l’électricité dans l’air

Il ne se passe rien dans cet US Open. Même le 8e de finale supposé le plus indécis, Thiem-Del Potro, déçoit: 6-1 6-2 pour Thiem. Et puis Del Potro revient, remonte, encouragé par quelques dizaines de compatriotes argentins qui transforment le Grandstand de Flushing Meadows en petite Bombonera. Dans une ambiance de foot, le match devient fou. Prévenue par la rumeur, la foule accourt, de partout, pour voir ça. Coutumier de l’épique, «Delpo» sait jouer avec le public pour capter ses émotions. Lorsqu’il gagne, il se campe, théâtral, au milieu du court, écarte lentement les bras et, telle une antenne grandes ondes, se nourrit de l’énergie qui électrise enfin la nuit américaine. L. Fe

7 septembre: Baseball aux Etats-Unis

Federer s’est fait sortir à l’US Open, autant en profiter pour aller voir une fois du baseball. Facile, les équipes jouent cinq fois par semaine. «Une expérience culturelle», avait-on assuré à la correspondante du Temps aux Etats-Unis pour la convaincre de venir. Au Citi Field, stade des Mets de New York, le match n’est qu’un divertissement parmi d’autres. Dans une pièce décorée façon «bar des sports», un type accoudé au comptoir, tête reposant dans sa paume, les doigts jouant avec son verre de bière, regarde un match de baseball à la télévision. Il suit sur un écran le match qui est en train de se dérouler en direct quelques mètres plus loin, juste derrière les deux portes battantes. L. Fe

29 septembre: Belinda tout en bas

En tennis, il existe un gouffre entre les grands tournois et les catégories inférieures. En troisième ou quatrième division, oubliez le public, les sponsors, le prize money et les 1001 petites attentions qui vous font vous sentir spécial. C’est un autre monde, dans lequel Belinda Bencic, ex- (et future) top 10 mondiale, a brièvement replongé entre septembre et décembre 2017 après son opération au poignet. Au tournoi ITF de Clermont-Ferrand, garanti 0% accréditation et zone VIP, ambiance chacune pour soi et Dieu pour toutes. Retombée au 300e rang mondial l’année de ses 20 ans, Belinda fait peu de cas de sa déchéance: «Je suis où je dois être, c’est la catégorie de tournoi à laquelle j’appartiens en ce moment.» Une leçon. L. Fe

10 octobre: Les frissons de la Luz

Le rituel des hymnes nationaux avant les rencontres internationales a souvent quelque chose d’un peu plan-plan. Pas à l’Estadio da Luz de Lisbonne. Surtout pas quand le Portugal joue sa qualification directe pour la Coupe du monde. Comme partout ailleurs et dans n’importe quelles circonstances, les enceintes du stade crachent les premières notes de A Portuguesa. Et puis, soudain, les plus de 60 000 spectateurs commencent à l’entonner à tue-tête. Un vacarme indescriptible à la portée quasi mystique: toute l’énergie semble dévaler les tribunes escarpées pour nourrir Cristiano Ronaldo et sa bande. En tribune de presse, tous les journalistes suisses en ont des frissons. La défaite de la Nati, ce jour-là, s’est peut-être dessinée dès cet instant. L. Pt

11 octobre: Dénicheur de talent

Entraînement des M18 de Servette à Balexert. Quelques rares spectateurs, dont Christian Lanza, fameux recruteur genevois, connu pour sa moustache et son flair: il a le premier décelé le potentiel des Senderos, Ziegler, Esteban, Moubandje, Zakaria. «Tous ceux qui ont réussi avaient en commun deux choses: une froide ambition et une centaine de matches avec la première avant de partir.» Ancien professeur de latin et de français, il est tout aussi fier de la réussite de ses anciens élèves, dont notre collègue de la rubrique Culture, Alexandre Demidoff, dont il évoque avec émotion les dissertations enflammées. L. Fe

22 octobre: Guerdat et ses chevaux

C’est une discussion qui s’engage comme ça, un peu par hasard, dans un lobby d’hôtel à Helsinki. Parce qu’il a le temps et nous pas vraiment de sujet. Steve Guerdat parle. C’est plutôt rare. Il parle, beaucoup, de ses chevaux, et c’est passionnant. Cela en devient une belle interview, touchante et profonde. Le Jurassien décrit sa relation avec chacun de ses chevaux, le plaisir qu’il a à s’efforcer de développer leur potentiel. Traduire en langage football est souvent un moyen simple mais efficace de rendre une idée accessible au plus grand nombre. Steve Guerdat est un entraîneur qui rêve de gagner la Ligue des champions avec des jeunes formés au club. L. Fe

Lire aussi: notre interview de Steve Guerdat à Helsinki

9 novembre: Génération cool

Dans son sprint final vers la Coupe du monde en Russie, la Suisse vient de battre l’Irlande du Nord à Belfast, et au milieu de terrain, un de ses futurs piliers est né. Titularisé pour la première fois par Vladimir Petkovic, Denis Zakaria a livré une prestation impeccable, relevant le défi physique posé par les Britanniques avec un supplément d’engagement, malgré la menace d’un avertissement qui l’aurait privé du match retour des barrages. «Ah bon? Euh… Je ne savais pas», éclate-t-il de rire en zone mixte lorsqu’on lui en parle. Denis Zakaria incarne, avec Breel Embolo et quelques autres, la nouvelle génération cool du foot suisse: décomplexée, solaire et toujours sympathique. Ce sera un plaisir de la voir à l’œuvre en Russie. L. Pt

1er décembre: 2018, c’est le Brésil

Pour les amateurs de football suisse, l’année 2018 a véritablement commencé lorsque Diego Maradona a offert à la Nati, en guise de premier adversaire à la Coupe du monde, le Brésil. Le Brésil! Soudain, la qualification devient réelle, concrète. Oubliés, la victoire à l’arraché contre l’Irlande du Nord, les doutes, les remises en question: l’équipe de Suisse va en Russie et elle y affrontera le Brésil. A la rédaction du Temps, où l’ancien international et chroniqueur Stéphane Henchoz avait rejoint les journalistes pour suivre le tirage au sort, l’excitation est palpable, chacun renvoyé à ses propres souvenirs personnels avec le pays du football. La promesse de ce choc nous réchauffera tout l’hiver. L. Pt

L’analyse de Stéphane Henchoz après le tirage au sort de la Coupe du monde 2018:

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© JOHN MACDOUGALL