Faire le tour du monde sans s'arrêter, sans visiter le moindre lopin de terre. «Bouffer» de la mer pendant trois mois. Subir les colères et l'hostilité des mers du sud. Seul de surcroît. Ne faut-il pas être un peu cinglé? Pourtant, ce désir loufoque démange de nombreux marins. C'est l'Américain Joshua Slocum, premier circumnavigateur solitaire à la fin du XIXe siècle, qui introduit le virus. Chacun ensuite tentant de réduire la planète en la parcourant au plus vite. En 1966, l'Anglais Francis Chichester parvient à enrouler les trois caps – Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn – en 226 jours, ne s'accordant qu'une seule escale. Mais déjà un nouveau défi se profile. Il est lancé le 17 mars 1968 par le Sunday Times, qui annonce qu'il offrira un Globe en or au premier marin qui effectuera un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, et reviendra à son point de départ, dans un port de l'hémisphère Nord.

Les concurrents doivent partir entre le 1er juin et le 30 novembre 1968. Neuf navigateurs tentent leur chance. Le plus rapide, le Français Bernard Moitessier, renonce tout près du but, préférant poursuivre sa navigation et retourner en Polynésie. Le Golden Globe revient donc au Britannique Robin Knox-Johnston. Celui qui a, depuis, été anobli par la reine donnera le coup de canon, dimanche aux Sables-d'Olonne, de la cinquième édition du Vendée Globe.

La reprise du concept du Golden Globe, sous la forme d'une vraie course avec un départ simultané, germe dans l'esprit de Philippe Jeantot. Le Français, fort de deux victoires dans le BOC Challenge (désormais Around Alone), course autour du monde en solitaire avec escales, ambitionne de faire la même chose sans s'arrêter. Le Vendée Globe, avec les Sables-d'Olonne comme point de départ et d'arrivée, naît en 1989. Ils sont treize à s'élancer et sept seulement à se classer.

Quinze ans et quatre éditions plus tard, l'épreuve s'est imposée comme la plus exigeante et la plus populaire des courses au large. Elle a été marquée par deux disparitions. Celle du Britannique Nigel Burgess, retrouvé noyé dans le golfe de Gascogne lors de la deuxième édition, remportée par Alain Gautier en 1992-1993. Et celle du Canadien Gerry Roufs, disparu dans l'océan Pacifique en 1997. Cette troisième édition, au terme de laquelle s'impose Christophe Auguin, reste à ce jour la plus mouvementée. Sur seize concurrents, ils ne sont que six à regagner les Sables-d'Olonne en course. A la mort de Roufs s'ajoutent les naufrages spectaculaires de Thierry Dubois et Tony Bullimore, secourus par les sauveteurs australiens. Ou celui de Raphaël Dinelli, récupéré par un autre concurrent.

Suite à cette hécatombe, organisateurs et skippers prennent les choses en main et imposent des mesures de sécurité, notamment au niveau de la forme des bateaux et de leur capacité à se redresser. La quatrième édition, en 2000-2001, se déroule sans drame. L'aspect sportif reprend le dessus sur le sensationnel. Le duel final entre Michel Desjoyeaux, vainqueur en 93 jours, 3 heures et 57 minutes, et sa dauphine Ellen MacArthur qui, à son arrivée, tire des larmes à la foule, assure le succès médiatique de l'épreuve. Sans oublier les péripéties d'Yves Parlier qui démâte, répare sans assistance dans une baie de l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande et termine sa course sans rien à manger si ce n'est quelques algues. De quoi émouvoir un public toujours plus nombreux à encourager et accueillir ces extraterrestres des mers.

Dimanche, ils seront vingt skippers à prendre le départ de la cinquième édition, dont huit récidivistes. Parmi eux, certains regrettent que la course ait changé de timonier et «perdu de son indépendance». Car Philippe Jeantot, poursuivi pour fraude fiscale, a été contraint de céder la barre. Le Vendée Globe, racheté à l'administrateur judiciaire au prix de 2 millions d'euros, est désormais la propriété de la SAEM Vendée (société anonyme d'économie mixte) que préside Philippe de Villiers.