Paris et Los Angeles ont obtenu l’organisation des Jeux olympiques d’été de 2024 et 2028. Pour savoir dans quel ordre (Paris semble nettement favori pour 2024), il faudra attendre le 13 septembre, lorsque les membres du CIO se prononceront sur le fond et dans le secret de l’isoloir au Congrès de Lima. Mardi, ils ont exaucé le vœu de leur président, Thomas Bach, en acceptant le principe inédit d’une double attribution.

Cette première dans l’histoire de l’olympisme répond à un constat: les grandes villes occidentales n’ont plus la flamme. Il y avait neuf candidatures pour les Jeux de 2012, sept pour ceux de 2016, cinq pour ceux de 2020, deux seulement pour 2024 où Boston, Hambourg, Rome et Budapest ont progressivement retiré leur candidature, comme Cracovie, Davos et Munich pour les Jeux d’hiver 2022. Les JO sont devenus trop chers pour l’Amérique latine, trop gros pour l’Afrique, trop sulfureux pour l’Europe. Seule l’Asie semble encore y trouver son compte (Pyeongchang 2018, Tokyo 2020, Pékin 2022), souvent sans être trop regardante sur les moyens. Cela remplit un cahier des charges mais ne nourrit pas un idéal.

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Il ne fallait donc pas laisser passer l’aubaine. Thomas Bach l’a bien compris, comme il a bien senti qu’aucune ville n’aurait accepté une défaite. La double attribution satisfait tout le monde: Paris, Los Angeles, le CIO. Elle ne règle pas le problème de fond, elle donne simplement quatre ans de plus pour le résoudre.

Retrouver une éthique et une légitimité 

Le Mouvement olympique, qui a su se transformer au début des années 1980 pour aller dans le sens du professionnalisme et du sport-spectacle, doit désormais se réformer pour retrouver une éthique et une légitimité perdues dans les scandales de tous ordres. Les sociétés modernes n’ont aucune admiration pour les exploits inhumains, leurs économies aucune largesse pour des dépenses inconsidérées. Les réseaux sociaux sont devenus de puissants leviers d’opinion, à qui on ne peut plus mentir.

Surtout, la jeunesse du monde se moque désormais du nationalisme et du tour d’honneur obligatoire avec son petit drapeau et sa petite médaille. Elle rêve d’autre chose, de partage, de rencontre. Ces fameuses «valeurs» que l’olympisme nous a tant vantées et auxquelles lui-même ne croit plus. Le CIO est en fait aujourd’hui pris à son propre piège: réaliser enfin l’idéal qu’il nous vend depuis 1896.