Le FC Bâle s'est péniblement qualifié dimanche pour les huitièmes de finale de la Coupe de Suisse en battant Etoile Carouge (1-1 après prolongations, 8-9 aux tirs au but). Une semaine avant d'entamer le tour final du championnat de Suisse de ligue nationale A contre Servette, au stade des Charmilles, cette répétition générale en terre genevoise a mis à nu les lacunes d'un groupe placé sous pression. Un stade flambant neuf, des sponsors puissants et nombreux, un public prompt à s'enthousiasmer… Toutes les conditions sont réunies pour réussir quelque chose de grand. Mais la formation dirigée par Christian Gross a-t-elle les moyens de répondre aux attentes d'un environnement aussi passionné?

Pendant des mois, on n'a parlé que de ça dans la cité rhénane. Pendant des mois, la presse locale et nationale a suivi et narré la croissance du beau bébé. Aujourd'hui, c'est chose faite à quelques bricoles près: le Sankt Jakob Park, un petit bijou de 35 000 places, a enfin vu le jour. L'enceinte, qui accueillera sa première rencontre le 15 mars prochain avec la venue du Lausanne-Sports, sera multifonctionnelle, puisqu'elle comprendra également un centre commercial et un EMS de 107 appartements dès le printemps 2002. Un tel outil de travail a eu le don de séduire bon nombre de partenaires financiers, dont la marque automobile Toyota, qui s'apprête à investir quelque 7 millions de francs pour les trois prochaines saisons.

Vague d'optimisme à concrétiser

Ces nouvelles provenant des coulisses sont certes réjouissantes pour tous les nostalgiques du grand FCB des années 70 (sept titres de champion entre 1967 et 1980), mais elles obligent les joueurs à concrétiser de toute urgence cette vague d'optimisme en alignant les succès sur le terrain. Là où les sous ne font pas forcément courir plus vite. La soif de victoires affichée par des supporters inconditionnels ne constitue pas un élément facile à gérer. Christian Gross, l'homme qui a mené Grasshoppers jusqu'à la Ligue des champions, met tout en œuvre afin de modérer l'euphorie ambiante: «Hélas, un stade exceptionnel n'engendre pas automatiquement une équipe exceptionnelle», déclare-t-il prudent. Le mentor bâlois cherche par tous les moyens à protéger son groupe des sollicitations extérieures. A prévenir tout risque de déstabilisation. Pour tout dire, il a du pain sur la planche, d'autant que ses joueurs n'affichent pas une immense sérénité sur le terrain.

De l'avis de bien des observateurs, le FC Bâle souffre d'un déséquilibre flagrant. Si sa force de frappe offensive est impressionnante avec le duo constitué de Jean-Michel Tchouga et d'Hervé Tum, le secteur défensif suscite, lui, de sérieux doutes. L'arrière-garde chargée de préserver les filets de Miroslav König a été la plus perméable du tour préliminaire avec 36 buts encaissés. Lors des huit matches amicaux disputés au titre de la préparation (trois victoires, un nul et quatre défaites), elle s'est inclinée à 17 reprises. Ces errements font désordre dans la maison d'un candidat déclaré au titre. Les Bâlois et leur défense lacunaire étaient donc attendus au tournant pour leur première sortie officielle de l'année au stade de la Fontenette.

Pas de quoi se rassurer

S'ils ont finalement regagné leurs pénates le cœur léger en raison de la qualification arrachée par leur équipe, les 300 supporters bâlois qui ont effectué le déplacement carougeois n'ont pas trouvé matière à se rassurer. Visiblement peu concernés malgré la perspective, certes encore lointaine, de disputer une finale de Coupe de Suisse à domicile en juin prochain, les hommes de Gross n'ont jamais su imprimer un rythme réel à la partie. Attentistes, s'en remettant aux raids solitaires et désordonnés des deux flèches nommées Tum et Tchouga, les Rhénans ont souvent été mis en difficulté par des Genevois entreprenants et volontaires. Menaçants – Richard Perret s'est trouvé deux fois seul devant König –, les pensionnaires de LNB ont logiquement ouvert le score en deuxième mi-temps (66e) sur une frappe de Julien Villiot. Le favori s'est alors vaguement ébroué afin de passer l'épaule de manière fort hasardeuse, puisque l'épreuve des tirs au but a choisi un vainqueur, par ailleurs de manière un peu cruelle.

Les Bâlois sont passés à côté d'une petite catastrophe. Cette qualification pourrait s'avérer capitale en leur apportant une sérénité nouvelle. Celle dont ils ont besoin afin de vivre les attentes d'un environnement enthousiaste comme un atout décisif et non comme un boulet au pied.