Le sport est parfois le plus impitoyable des scénaristes. Alors qu’il disputait le match le plus important de sa carrière, un troisième tour de Grand Chelem contre un adversaire prestigieux, Henri Laaksonen a vu son rêve s’écrouler après seulement douze minutes et quatre jeux. Sur un retour de service, il a immédiatement senti une vive douleur en haut de la cuisse gauche. «Adducteur? Abducteur? Je ne sais pas de quel muscle il s’agit mais j’ai tout de suite compris.»

Kei Nishikori venait d’égaliser à 2-2. Le Schaffhousois est immédiatement allé s’asseoir sur sa chaise. Il a fait venir un soigneur, puis s’est absenté dix minutes. Lorsqu’il est revenu, c’était à lui de servir. Alors que le geste réclame une pleine extension, ses pieds ne décollaient pas du sol. A l’échange, il bougeait le moins possible. La question, dès lors, n’était plus de savoir s’il allait abandonner, mais quand.

Le positif l’emporte

Il alla d’abord au bout de son jeu de service. Comme il le gagna, il tenta un jeu de retour. Au changement de côté, il expliqua à l’arbitre qu’il allait essayer un peu. «Je ne voulais pas arrêter sans voir ce que ça pouvait donner», dira-t-il ensuite. Nishikori égalisa puis réussit le break à 4-3. Laaksonen continua pourtant, jouant totalement relâché, cherchant le retour gagnant, l’ace, l’amorti, le passing long de ligne. N’importe quoi qui pouvait lui éviter de courir. Pour que ça marche, il faut à la fois se désintéresser du résultat et avoir un sacré talent. Laaksonen n'en manque pas.

Toujours aussi taciturne et inexpressif, les épaules tombantes et la démarche plombée, il refit son break de retard (4-4, jeu de retour blanc) et mena 0-30 sur le jeu suivant. Le public se prit à croire à l’impossible. Et si? Il aurait fallu réussir le break… Ou parvenir à gagner son jeu de service à 5-5. Nishikori renversa la situation. Le Japonais allait servir pour le set lorsque la pluie tomba. Une pause de trente minutes, que l’on crut d’abord salvatrice pour le Suisse. Mais il eut du mal à repartir à froid. Nishikori remporta aussitôt la première manche et s’apprêtait à breaker d’entrée de deuxième lorsque Laaksonen jeta l’éponge.

L’exploit au tour précédent: Et «Droopy» Laaksonen est devenu «Henri!»

Il ne fallait pas compter sur lui pour montrer sa déception après le match. «Je ne sais pas pourquoi je me suis blessé, mon corps ne m’a donné aucun avertissement, pas même ce matin à l’échauffement.» Laaksonen dit que lui, il l’aurait acheté «sans hésiter», ce scénario cruel. Les déceptions, il connaît bien. C’est ce qu’il y a eu de beau avant, qu’il a découvert. «C’est la première fois que j’arrive au troisième tour, il faut que je continue à travailler. Pour tenir à ce niveau, il faut être plus fort physiquement et aussi améliorer mon jeu.»