FÊTE FÉDÉRALE

Le rêve du lutteur Paul Hayoz? Peser 110 kilos

A 17 ans, Paul Hayoz participera à sa première Fête fédérale de lutte suisse à Estavayer-le-Lac. Aux yeux de cet étudiant fribourgeois, la tradition est importante

Ouvrir le réfrigérateur dès qu’un petit creux se manifeste, se servir et manger en toute bonne conscience. Beaucoup en rêvent. Paul Hayoz, lutteur fribourgeois, lui, le fait. A 17 ans, ce grand gaillard, qui participera pour la première fois à la Fête fédérale de lutte suisse à Estavayer-le-Lac, mesure 1 m 85 et pèse 87 kilos. Et c’est trop peu.

Un lutteur trop léger n’attaque pas

En tout cas, lorsque l’on est, comme lui, un lutteur qui a de l’ambition. Son but? «Arriver à 110 kilos», précise le jeune homme. Car comme dans le conte de «Boucle d’or et des trois ours», il n’en faut ni trop, ni trop peu. Vu qu’il n’y a pas de catégories de poids, si un lutteur est trop lourd, il perd en rapidité. S’il est trop léger, il n’attaque pas.

Ce jeudi après-midi, la famille Hayoz est au complet, au deuxième étage de la maison familiale qui abrite trois générations, à la sortie de la Roche, village entre Bulle et Fribourg. Assis à la table de la cuisine, dans sa chaise roulante, Philippe Hayoz – qui est handicapé de naissance – écoute parler son fils, qui lui jette de nombreux coups d’œil. Ce responsable administratif d’un foyer pour handicapés, commente, un brin envieux: «C’est déroutant, il peut manger tout ce qu’il veut.»

Du poulet, du poulet, et encore du poulet

Sylvie, sa mère, détaille toutes les façons dont elle apprête le poulet, une chair qui contient plus de protéines que la viande rouge: à la vapeur, à la poêle, au four, avec ou sans sauce, la liste est longue. Depuis que Paul s’est sérieusement mis à la compétition, toute la famille mange plus sainement. Cet étudiant à l’Ecole de culture générale de Bulle – il aimerait devenir prof de sport et de maths – explique: «Le but est de rester athlétique et de prendre de la bonne graisse qui se transforme en muscles. J’ai les fiches de conseils de ma coach. Mais ça n’empêche pas de se faire un McDo de temps en temps.»

Chez les Hayoz, on n’est pas lutteur de père en fils, mais la lutte est devenue une affaire de famille. Philippe Hayoz est d’ailleurs président du Club des lutteurs de la Haute-Sarine. Tout a commencé avec Quentin, le frère aîné. Le jeune garçon, qui fait du football, est très grand et a mal au dos. Les parents d’un autre junior conseillent à Sylvie et Philippe de mettre leur fils à la lutte, histoire qu’il se muscle un peu. Le petit Paul, footballeur lui aussi, suivra, car comme le raconte son père, «il a toujours fait un peu les mêmes choses que son frère».

Au foot, on n’est jamais copain

Paul se souvient: «Au début, si on m’avait demandé de choisir entre les deux sports, j’aurais opté pour le foot.» L’adolescent continue de pratiquer les deux activités en parallèle. Mais peu à peu, il en a marre de l’ambiance foot, où «on est adversaire et jamais copains», où «on s’engueule et s’insulte durant les matchs». Le Fribourgeois explique: «A la lutte, l’ambiance est très amicale. Il y a plus de sympathie et pas de jalousies. Tous les lutteurs romands se connaissent. Nous sommes une centaine. Et contrairement au football, on ne cherche pas à être violent.» De plus, la tradition compte aux yeux du jeune homme. «J’aime la chemise edelweiss, le yodel diffusé durant les fêtes de lutte, enfiler le «bredzon» quand on a fini de combattre».

De l’art d’être explosif

Pas étonnant que fin 2014, l’étudiant choisisse de se consacrer uniquement à la lutte. Que lui a apporté le football pour son sport de prédilection? «Un certain souffle. De plus, en lutte, à la fin d’une passe, il faut être explosif. Cela correspond à un sprint sur un terrain.» Paul s’entraîne désormais cinq à six fois par semaine, dont deux à trois fois dans une salle de fitness. «Dans le domaine de la lutte, on est tous copains et on va à l’entraînement dans le club des uns et des autres». Depuis le début de l’année, il bénéficie même des conseils d’une coach, payée par ses parents. «Elle m’établit mon programme de fitness sur les machines et je lui envoie des messages pour lui dire comment ça se passe. J’ai également suivi des cours de coaching mental.» A cela s’ajoutent les soins prodigués par une masseuse thérapeutique, toutes les deux ou trois semaines. «Elle me masse, mais on fait également de la méditation.»

La lutte suisse a changé

Pas de doute: la lutte suisse a changé. Exit les épais «muni» (taureaux) qui luttaient avec leur poids. Désormais, la discipline s’est professionnalisée et le lutteur s’est transformé en athlète. Cela n’empêche pas ces sportifs à la culotte de répéter des gestes ancestraux, avant d’entrer dans le rond de sciure. «Moi je vais au bassin, je me mouille le visage, je prends une poignée de sciure et je me frotte les bras avec. Ça me met dans la passe. Je me dis: «Maintenant c’est bon!», explique Paul qui par superstition, porte toujours une chemise verte lors des fêtes de lutte. Prie-t-il? C’est sa mère qui se précipite sur la question: «C’est moi qui prie pour qu’il soit protégé par l’archange Michael et qu’il lutte bien. Ce n’est pas grave s’il perd. C’est comme cela qu’on apprend.» L’infirmière ne jure que par l’huile essentielle d’immortelles pour soigner les blessures de son fils et le protège avec un spray mystérieux. «Ça marche…», constate Paul.

La victoire, c’est dans la tête

Coaching, entraînements intensifs, fitness, conseils paternels, soins maternels, encouragements du grand frère au bord du rond de sciure, tous les efforts consentis ont payé en cette année 2016 puisque Paul a gagné deux couronnes en mai et en juin. De fait, ce n’est que le 5 août qu’il a appris sa participation à la «Fédérale d’Estavayer». Le jeune homme est conscient de «sa chance exceptionnelle», vu que la prochaine fête en Romandie n’aura lieu que dans 15 à 20 ans. Son objectif? «Je serais heureux de ne pas être éliminé samedi et de pouvoir lutter dimanche». Quentin, lui, est fier de son frère qui a fait une bonne saison. «Au moment où il entrera dans l’arène avec les autres lutteurs, l’objectif sera atteint. A partir de là, il ne faut pas qu’il stresse. Je serai heureux pour lui, quoi qu’il fasse. La clé, c’est la tête. Si elle va, tout va.»


Profil

1998: naissance le 1er octobre à la clinique générale de Fribourg. Il mesure alors 54 cm et pèse 3 kg 750

2008: il commence la lutte au club de la Haute-Sarine

2014: à la fin de l’année, il laisse tomber le football pour se consacrer entièrement à la lutte suisse

2015: il gagne une des trois palmes remportées par des Romands à la Fête fédérale des jeunes (jusqu’à 17 ans) à Aarburg

2016: le 21 mai, 1re couronne à Couvet (NE). Le 26 juin, 2e couronne à Châtel-Saint-Denis. Les 27 et 28 août, il participera à sa première Fête fédérale de lutte suisse


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