Ils n’en sont point arrivés au stade de s’étriper à la pesée de vendredi, façon Mohamed Ali insultant puis faisant mine de se ruer – «Retenez-moi, quelqu’un!» – sur Sonny Liston. N’empêche, on doit à la gloriole du cinéma pugilistique d’avouer que David Haye (surtout) et Vladimir Klitschko se sont bien débrouillés en termes de guéguerre des mots, avant le duel qui les opposera samedi soir à l’Imtech-Arena de Hambourg, l’ex-Volksparkstadion, où prendront place 55 000 spectateurs assis et les caméras de télévision de 150 pays. Dont la Suisse? Ne rêvons pas. RTL Allemagne (22h45) pour câblés ou satellisés, ça oui.

Haye: «Je pense que «Vlad» est un escroc. Il roule des mécaniques et choisit seulement les gars qu’il sait qu’il peut battre.» Klitschko: «Je crois que ça va être une bonne leçon pour toi. Tu vas apprendre le respect en devenant ma 50e victime par knock-out.» Haye: «Vladimir est rigide, il n’a pas évolué. Il ne sait pas s’adapter et ce sera sa perte.» Klitschko: «Je m’appelle Vladimir Klitschko, Docteur Klitschko [en sciences du sport de l’Université de Kiev], donc je vais pouvoir te servir de thérapeute, de kiné, tu en auras besoin. Je vais te descendre et cela va te ramener à la réalité.» Haye: «Les gens croient que «Vlad» est un gentleman du ring. En réalité, il n’est qu’un businessman rapace. Il aura fallu négocier deux ans pour que ce combat ait lieu, j’ai accepté toutes les concessions possibles alors qu’il s’en arroge le mérite.» Fin des extraits pêchés sur divers sites.

Le souvenir de Lewis

Le soufflé est évidemment monté assez haut parce que ce sommet entre le cadet des frères ukrainiens, Vladimir – 35 ans, 58 combats pour 55 victoires (49 avant la limite) et 3 défaites, détenteur des ceintures mondiales IBF et WBO –, et le Britannique de couleur David Haye – 30 ans, 26 combats pour 25 victoires (23 avant la limite) et 1 défaite, détenteur de la ceinture WBA –, représente la première tentative de réunification des titres de la boxe poids lourds au XXIe siècle. Evénément quasi historique, le dernier à avoir trusté toutes les couronnes de la catégorie reine étant le magnifique Lennox Lewis, Anglais d’origine jamaïcaine, le 13 novembre 1999 aux dépens de l’Américain vieillissant Evander Holyfield. Pour retrouver pareil exploit dans le temps, il faut remonter à Mike Tyson, le 1er août 1987 contre Tony Tucker.

Quasi historique, car, quel que soit le vainqueur, il subsistera une petite supercherie. A savoir que la ceinture WBC, propriété de l’aîné des Klitschko (Vitali, 40 ans au mois de juillet), ne fait pas partie du package mis aux enchères dans l’enceinte hanséatique. A la suite de cet affrontement entre Vladimir K. et Haye, le possesseur des trois couronnes concernées devra encore se coltiner le roi du WBC afin que le titre soit vraiment réunifié à cent pour cent.

Rapide et puncheur

S’il s’agit de Vladimir Klitschko, le fan de noble art pourra attendre la semaine des quatre jeudis: les frangins ont fait le serment à leur mère de ne jamais se battre l’un contre l’autre. Si c’est David Haye, tout peut changer, la question de fond restant: Haye a-t-il des poings aussi efficaces que sa langue? Le fait qu’il a ravi le titre WBA au géant adipeux russe Nikolay Valuev, qui ignore tout de l’art de boxer mais ne tombe jamais, ne répond pas à l’interrogation. En revanche, sa défense victorieuse face au brillant John Ruiz plaide en sa faveur.

Les observateurs unanimes décrivent Haye tel un challenger rapide (il vient des lourds-légers) et puncheur, le danger le plus crédible afin de briser la suprématie des «Klitschko brothers». Ils disent aussi Vladimir plus technique mais aussi plus «fragile» que Vitali. Donc...

D’accord, mais Haye rendra tout de même près de 10 cm d’allonge (1m91 contre 1m99) à son rival, déficit qui le contraindra à prendre des risques en s’approchant sous la garde de l’Ukrainien pour placer son punch en uppercuts. S’il ne parvient pas, par sa mobilité et sa vitesse, à troubler la belle organisation de Klitschko, il se fera user à coups de jabs, plus si mésentente.

A priori, avantage «Vlad». L’essentiel étant que, après une longue période de somnolence parfois brisée par la fratrie de Kiev, la boxe poids lourds va enfin se réveiller grâce à ce combat entre deux de ses trois meilleurs éléments. Déjà pas mal.