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Roger Federer joue contre Marin Cilic lors des Championnats de tennis de Wimbledon en Angleterre.
© Adam Pretty

Tennis

Revenu de nulle part, Roger Federer s’accroche à son rêve

C’est parce qu’il désire ardemment remporter un huitième titre dimanche à Wimbledon que le Bâlois a trouvé les ressources pour se défaire en cinq sets de Marin Cilic (6-7 4-6 6-3 7-6 6-3), au terme d’un match haletant

Attention, chef d’oeuvre! La forêt de chiffres et de records qui entoure la victoire de Roger Federer sur Marin Cilic en quart de finale de Wimbledon – trois balles de match sauvées, 27 aces, dixième victoire en cinq sets après avoir été mené deux sets zéro, onzième qualification pour les demi-finales à Wimbledon, la quarantième en Grand Chelem – ne dit rien d’essentiel de ce que fut vraiment ce match, que les sentiments doux-amers de nostalgie anticipée et d’obsolescence programmée que Federer charrie désormais où qu’il se trouve poussent à classer immédiatement parmi les plus beaux et les plus émouvants de sa carrière.

Mercredi, dans son jardin du Center Court, le vétéran bâlois a repoussé l’inéluctable, reporté l’inévitable, réalisé l’improbable. Parce qu’il fut constamment au bord de la défaite, parce que cette défaite aurait signifié beaucoup de chose l’année de ses 35 ans et de l’élimination précoce de Novak Djokovic, le public observe Federer comme si chaque match était le dernier et l’encourage comme s’il ne jouait que des finales dans ce Wimbledon.

Mais Roger Federer, c’est sa force, n’est pas encore dans le passé. Il s’y est d’ailleurs toujours refusé. Il vit intensément le présent, avec un mélange de sagesse et d’orgueil, de passion et de raison. Hors tournois, il se ménage, s’économise, se fait rare. Sur le court, il joue comme si rien n’avait plus d’importance que cette petite balle jaune à faire rebondir de l’autre côté du filet. Il le fait avec talent certes, mais surtout au mental. Tous les joueurs, même modestes, savent qu’un match de tennis peut basculer sur un coup. Mais combien s’accrochent à cette idée avec la foi du charbonnier?

A ce niveau de performance, il ne suffit pas de refuser la défaite. Il faut encore savoir créer les conditions de la victoire. Pour Federer, cela voulut longtemps dire résister à Cilic. En début de match, le Croate, tête de série N°9 du tournoi, excellent joueur, est au niveau où on l’espérait mais pas forcément très performant là où on l’attendait le plus (le service). Il joue propre, attaque avec détermination, n’hésite pas dans ses choix. Il est manifeste qu’il croit en ses chances. Ce n’est pas tant Federer qui manque deux balles de break à 2-2 15-40 que lui qui les sauve. Le temps file, les jeux défilent et les deux joueurs se retrouvent au tie-break sans que l’on puisse dire désigner un favori. Un excellent retour, un gros coup droit, deux aces et Cilic a déjà réglé la question: il mène 5-0, Federer revient un peu mais le trou est fait (7-4) et le Suisse concède sa première manche du tournoi.

Ce n’est pas son problème principal. Il lui faut tenter de stopper cette locomotive lancée à pleine vitesse qu’est désormais Marin Cilic. Cela va trop vite pour actionner le frein dans la deuxième manche (6-4 pour Cilic). Dans la troisième, Federer, mené 3-3 0-40 sur son service, est au bord de la rupture. Il s’en sort et bondit sur la première occasion – une double faute de son adversaire sur le jeu suivant – pour réussir un break décisif (6-3). Il en faut plus pour déstabiliser le Croate, qui domine encore le quatrième set. A 5-4, il s’offre une première balle de match. Au service, Federer manque sa première balle, frappe la seconde; Cilic surjoue, la balle sort, Federer s’en sort.

Mais Cilic remet la pression et obtient à 6-5 service Federer deux nouvelles chances de conclure le match. Le Suisse retrouve sa première balle au meilleur moment et sort deux aces pleins d’à-propos. Le public exulte mais son favori n’a fait que recoller à 6-6. Il doit encore gagner le tie-break, puis la cinquième manche. Ce n’est plus un match, ce sont les 12 travaux d’Hercule.

Le tie-break est exceptionnel, une version tennistique des tirs au but entre l’Allemagne et l’Italie. Federer mène pour la première fois à 4 points à 3. Son revers est annoncé faute par la juge de ligne de fond de court, il demande l’arbitrage vidéo comme le font souvent les joueurs pour gagner du temps. Surprise (Federer est l’un des joueurs qui ont le moins souvent gain de cause sur leurs challenges): la balle effleure la ligne. Point Federer, qui mène 5-3. Il obtient une balle de set à 6-4 qu'il boise en coup droit. Un ace et Cilic revient à 6-6, un service gagnant et le Croate obtient une troisième balle de match. Federer la sauve en prenant des risques sur sa deuxième balle. Cilic sauve une balle de set avec maîtrise puis en concède une autre juste derrière sur une double faute (9-8), mais Federer trouve le haut de la bande du filet (9-9).

Le match se joue peut-être à 9-9: Cilic déborde Federer et suit au filet. En bout de course, tout en toucher, le Maître place un coup droit croisé en bout d’un coup de poignet génial. Cette fois, Cilic craque (11-9). Le match a tourné et Federer, sur sa troisième opportunité, réussit le break à 5-3 dans la manche décisive. Il ne laisse pas passer l’aubaine et ponctue sa victoire d’un 27e ace.

En demi-finale, il affrontera vendredi le Canadien Milos Raonic, vainqueur de l’Américain Sam Querrey. Encore un «ic» pour Federer, mais le Suisse semble rajeunir au fil des tours.

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