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Peter Gilliéron, président de l’ASF, Claudio Sulser, délégué aux équipes nationales, et Vladimir Petkovic, sélectionneur de la Nati.
© AFP / FABRICE COFFRINI

Football

La révolution de l’Association suisse de football n’aura pas lieu

En crise depuis la fin de la Coupe du monde, l’ASF reconnaît des erreurs dans son fonctionnement ces derniers mois, mais ni son président, ni le délégué aux équipes nationales, ni le sélectionneur Vladimir Petkovic ne quitteront leur poste

En conférence de presse comme devant un tribunal. En pénétrant dans une vaste salle de conférence de la Maison des sports d’Ittigen (Berne), Peter Gilliéron, Claudio Sulser et Vladimir Petkovic savent qu’ils ne vont pas au-devant du moment le plus agréable de leur vie. Par dizaines, les journalistes de tout le pays ont afflué pour entendre les explications du président de l’Association suisse de football, du délégué aux équipes nationales et du sélectionneur de la Nati. Ils veulent savoir si, après celle du secrétaire général Alex Miescher, d’autres têtes vont rouler. Si l’ASF va faire sa révolution.

Ceux qui la souhaitaient sont repartis déçus. Peter Gilliéron ira au bout de son mandat de président jusqu’en mai 2019 (mais il n’en briguera pas un nouveau, une décision qu’il avait déjà prise auparavant assure-t-il). Claudio Sulser et Vladimir Petkovic poursuivront leur mission en vue d’une qualification de l’équipe de Suisse pour l’Euro 2020. Presque comme si de rien n’était.

Lire aussi: Pour l’équipe de Suisse, la nécessaire remise en question

Pourtant, les polémiques s’enchaînent depuis la fin de la Coupe du monde. La question des joueurs binationaux, dont Alex Miescher avait publiquement questionné la place au sein des structures de la fédération. Le mutisme de Vladimir Petkovic, grand absent du bilan du tournoi au lendemain de l’élimination de son équipe par la Suède en huitièmes de finale. La prétendue mise à l’écart de plusieurs cadres, dont le charismatique Valon Behrami, qui a dénoncé son «exclusion» de la Nati dans la foulée d’un coup de téléphone de son sélectionneur.

«Un déficit de professionnalisme»

En seul fil rouge entre ces affaires assez distinctes, la communication laconique sinon inexistante des principaux responsables du football suisse qui, en deux ans de bons résultats et de relations paisibles en coulisses, de navigation par beau temps, avaient sans doute un peu perdu l’habitude de la tempête.

Vendredi après-midi, ils se sont donc livrés pendant près d’une heure et demie à un exercice d’explication et de mise en perspectives. «Nous sommes ici pour regarder de l’avant», commence Peter Gilliéron avant de rapidement reconnaître que l’ASF avait commis des erreurs. «Lorsque l’équipe sera réunie pour préparer les prochains matches, je vais présenter mes excuses aux joueurs pour les malentendus qui ont pu survenir.» Selon lui, la Nati a progressé plus vite que les structures de la fédération. «Nous avons identifié un déficit de professionnalisme de notre part», admet-il.

Pour y remédier, l’Association suisse de football a mandaté la société de consulting de George Heitz et Bernhard Heusler. Les anciens directeur sportif et président du FC Bâle sont chargés d’analyser le fonctionnement de l’organisation et de proposer des solutions pour l’améliorer. En attendant de la diriger? De nombreux observateurs voient en Bernhard Heusler un successeur potentiel à Peter Gilliéron, même si le principal intéressé a assuré dans la presse alémanique de la semaine qu’il n’était pas intéressé par le poste.

La vérité, sur le terrain

Cet audit constitue la seule mesure concrète prise au niveau administratif suite aux couacs accumulés ces dernières semaines. Pour le reste, pas de révolution mais deux résolutions: optimiser le travail avec les médias, et renforcer l’intégration des jeunes de différentes origines par le football. Côté sportif, l’avocat de profession Claudio Sulser se fend d’un plaidoyer en faveur de Vladimir Petkovic. Attaqué par le Blick, qui a la réputation de pouvoir faire et défaire les sélectionneurs, le «Mister» est «très discipliné, très réfléchi», son bilan est excellent et en footabll, «la vérité se trouve sur le terrain», martèle le délégué aux équipes nationales.

L’intéressé, moins pince-sans-rire qu’à son habitude, a lui l’occasion d’enfin détailler sa version de «l’affaire Behrami»: «Nous allons au-devant d’échéances qui nous donnent l’opportunité d’intégrer des jeunes à l’équipe, et j’ai l’intention de la saisir. J’ai donc appelé certains joueurs plus anciens pour leur expliquer la situation. Dzemaili, Djourou, Lichtsteiner et Gelson Fernandes ont compris. Malheureusement, et je le regrette vraiment car il a beaucoup donné à l’équipe de Suisse, Valon a réagi très mal, à chaud, en contactant directement la télévision suisse-italienne. Pourtant, j’ai bien expliqué à chacun qu’il n’y avait rien de définitif dans mes décisions: un sélectionneur n’a pas le pouvoir d’envoyer un joueur à la retraite internationale. Mais il a le droit de le prendre ou de ne pas le prendre dans son contingent.»

Devant la presse, l’ASF appelle à un retour au calme. A la sérénité. Début septembre, l’équipe de Suisse sera à nouveau réunie pour écrire un nouveau chapitre de son histoire. Alors, il sera possible de mesurer l’impact de l’été mouvementé. La vérité se trouve sur le terrain.


Chronologie d’une crise

Lundi 11 juin L’équipe de Suisse de football arrive en Russie en vue de la Coupe du monde. Sous le ciel sans nuage de la petite ville tranquille de Togliatti, le groupe témoigne d’une entente cordiale.

Mercredi 22 juin Les hommes de Vladimir Petkovic réussissent une performance pleine pour vaincre la Serbie. Mais Granit Xhaka puis Xherdan Shaqiri célèbrent leur but en mimant l’aigle bicéphale en référence à leur Albanie d’origine (également imité par le capitaine Stephan Lichtsteiner), et la polémique l’emporte sur l’euphorie. Leurs coéquipiers se rangent pourtant de leur côté et assurent qu’il n’y a pas de fracture au sein de l’équipe.

Mardi 3 juillet L’équipe de Suisse est éliminée en huitièmes de finale de la Coupe du monde par la Suède (1-0).

Mercredi 4 juillet Vladimir Petkovic manque à l’appel pour tirer le bilan du tournoi et évoquer les perspectives de son équipe, ce qui passe mal auprès de la plupart des médias suisses.

Jeudi 5 juillet Dans l’avion qui ramène joueurs, officiels et journalistes en Suisse, deux envoyés spéciaux de la Neue Zürcher Zeitung et du Tages-Anzeiger se rendent en première classe pour faire relire à Alex Miescher l’interview que le secrétaire général de l’Association suisse de football leur a accordée. Il valide ses propos. Son président Peter Gilliéron également.

Vendredi 6 juillet A peine publié, l’article fait scandale pour les propos tenus au sujet de joueurs détenteurs de deux passeports. «On doit se poser la question: voulons-nous des binationaux?», demande Alex Miescher. Plusieurs joueurs se sentent trahis.

Lundi 6 août Vladimir Petkovic informe par téléphone plusieurs cadres de l’équipe nationale de son intention de profiter de la Ligue des nations pour intégrer de plus jeunes joueurs. Valon Behrami se sent mis à l’écart, et le dit haut et fort à la télévision suisse-italienne. Nouvelle polémique sur la communication du sélectionneur, et plus généralement de l’ASF.

Vendredi 10 août Alex Miescher annonce sa démission.

Vendredi 17 août Le Blick, qui fait ouvertement campagne pour un retrait de Vladimir Petkovic, annonce que le président de l’ASF Peter Gilliéron pourrait lui aussi s’en aller.

Vendredi 24 août Lors d’une conférence de presse, les responsables de l’ASF appellent à «regarder de l’avant».

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