«Comment croire à ce qu'on voit», titrait Le Temps jeudi. Dans la même lignée, les grands journaux français oscillent depuis mercredi entre l'ironie et la résignation. L'ironie quand Lance Armstrong relègue tous ses adversaires à plus de six minutes au classement général mardi soir. «Sur une autre planète», titrait L'Equipe en une mercredi, renchérissant en pages par d'autres titres équivoques: «Le Martien», «Armstrong est hallucinant», «A deux vitesses». «On trouve aux premières places du classement général Abraham Olano, membre de l'équipe ONCE dont le directeur sportif a été interdit de Tour avant d'être réintégré par oukase de l'UCI, Christophe Moreau, suspendu six mois pour dopage après le Tour 1998, Alex Zülle et Laurent Dufaux, même motif et même punition. Enfin, Richard Virenque, constatait Le Monde. Vu leurs performances «à l'eau claire» de cette année, on ne comprend pas pourquoi ils prenaient de l'EPO l'été dernier.»

Plus dubitatif encore, Libération gardait le ton impertinent que le journal a adopté depuis le début du Tour: «Comment oser croire que pour monter six cols, une partie du peloton trouve autant de ressources pour terminer à plus de 35 km/h de moyenne? Il est vraisemblable qu'il y aura des potences d'hôpital avec de gros sacs de glucose dans les veines des pauvres coureurs. Avec de tels tracés l'année du renouveau, les cathéters sont toujours d'actualité.»

Jeudi, après la maîtrise affichée par le maillot jaune lors de la montée de l'Alpe-d'Huez, le ton a viré à la résignation. Hormis Libération, toujours persifleur, les journalistes se sont fait une raison. «Le Tour est tout juste rendu à mi-parcours, et déjà une seule question occupe la caravane, écrit Le Monde: qui peut venir taquiner Lance Armstrong? Car il ne s'agit déjà plus d'espérer le battre.» Le chroniqueur de L'Equipe, lui, a carrément plié bagage: «Les dix jours qui nous séparent encore de Paris risquent d'être interminables. […] Armstrong est le plus fort. Tellement plus fort que la caravane du Tour s'abandonne au malaise. Mercredi, l'Américain n'en a pas remis une couche. Désormais, il est en position d'accorder des bons de sortie. […] Ce sera probablement comme ça encore pendant les dix jours qui restent à tuer…»

Alors que ce Tour devait être celui du renouveau – et qu'aucun coureur n'a été contrôlé positif – voilà qui résume bien la difficulté qu'aura le cyclisme à retrouver un jour son crédit.