Compétent. Voilà un adjectif qui revient souvent lorsque l'on évoque Daniel Jeandupeux. En Suisse comme en France. Une reconnaissance méritée: successivement joueur, entraîneur, sélectionneur national, manager général, président délégué… le Jurassien (52 ans) a occupé pratiquement toutes les fonctions dans le monde du ballon rond.

Joueur, il commence par fouler les pelouses helvétiques (La Chaux-de-Fonds, Servette) avant d'exporter son talent vers Bordeaux où une blessure à la jambe met un terme prématuré à sa carrière. Mais il ne tarde pas à rebondir: l'homme de terrain se glisse dans le costume de l'entraîneur. Son parcours sera une nouvelle fois partagé entre la Suisse dans un premier temps (Sion, Zurich et l'équipe nationale) et l'Hexagone (Toulouse, Caen, Strasbourg). En 1995, une nouvelle opportunité s'offre à lui: on lui propose le poste de manager général à Caen. L'expérience tourne court avec l'arrivée d'une nouvelle équipe dirigeante.

Depuis, le double national franco-suisse – qui réside toujours en Basse-Normandie – a pris du recul. Il a écrit un livre (Les sorciers du football) et a prêté sa plume à plusieurs journaux suisses et français: Foot-Hebdo (qui a disparu depuis), le Tages-Anzeiger, Le Journal du Dimanche et France Football, notamment. Ces derniers mois, son nom est réapparu en Suisse suite à une courte pige comme président délégué du FC Sion. Et, dernièrement, il s'est associé au projet de holding West Foot, chargée d'apporter un soutien structurel et financier aux clubs de Ligue nationale localisés dans l'ouest de la Suisse (excepté Yverdon-Sports).

Récemment, il s'est arrêté quelques jours à Genève «pour discuter de projets d'avenir». Réfléchi, passionné, il s'est penché sur plusieurs dossiers relatifs au football suisse. Morceaux choisis.

West Foot: peu de partenaires intéressés

«Pour l'heure, je ne vois pas grand-chose bouger. Les partenaires ne se pressent pas au portillon pour financer le projet, c'est le moins que l'on puisse dire. Si le statu quo persiste dans les deux mois à venir, je m'orienterai dans une autre direction. Je n'ai en effet pas l'intention d'attendre indéfiniment. Mais ce serait dommage, car je crois en ce projet. A l'origine, Daniel Roux et Eric Lehman (les initiateurs de la holding, ndlr) m'ont proposé de prendre en charge la gestion du dossier football. Le volet financier ne me regarde donc pas directement. Pourquoi moi? Tout d'abord, il fallait quelqu'un de libre… je suis libre. J'ai également un profil romand, ce qui est important pour œuvrer dans la région. De plus, comme je viens de l'extérieur – j'ai passé 17 des 25 dernières années en France –, je pense être en mesure de créer un consensus. Je ne suis en effet nullement impliqué dans d'éventuelles rivalités régionales. Si on m'en donne les moyens, mon cahier des charges est simple. Je dois participer à la pérennisation à moyen terme du foot «pro» dans la région. Il faut en effet que les clubs arrêtent d'acheter de joueurs étrangers qui n'apportent rien… Cet argent doit permettre aux clubs de vivre et non plus de survivre comme c'est le cas aujourd'hui. Nous y arriverons en misant sur la formation. Il faut «créer» des joueurs capables d'évoluer en Ligue nationale. C'est la seule voie à suivre pour que les clubs romands puissent stabiliser et professionnaliser leurs structures. Mais pour l'heure, l'urgence est de trouver des partenaires séduits par ce concept…»

FC Sion: une santé financière fragile

«Je n'ai fait qu'un passage d'une quinzaine de jours à Sion. Le président Kadji m'avait proposé de m'occuper de la synergie mise en place entre son centre de formation camerounais, l'entreprise de conseil et management sportif qu'il a créée à Toulouse et le FC Sion. L'idée me paraissait intéressante, car elle permettait de créer un réseau sans intermédiaires, de la formation jusqu'au niveau professionnel. Ma première tâche a été de procéder à un double audit: le premier sportif, le second financier. Si le football se porte bien en Valais, avec notamment le centre de formation, on ne peut pas en dire autant des finances. A mon arrivée (en octobre 2000, ndlr), les joueurs n'étaient pas payés. Le président Kadji m'a dit que les salaires de septembre seraient payés le 10 octobre. Le 11, rien. Le 12 non plus… Je ne pouvais pas travailler longtemps dans un tel environnement. Que voulez-vous faire dans un club professionnel où les salaires – le principal – ne sont pas versés?»

L'équipe de Suisse:

une question de génération

«Je me suis occupé de l'équipe de Suisse de 1986 à 1989. Les bons résultats sont venus après… Selon moi, c'est un problème de génération. A mon époque, on ne marquait pas suffisamment de buts. Je pense que ce n'est pas faire injure à Dario Zuffi et autres Beat Sutter, mes leaders d'attaque à l'époque, que de dire qu'une génération exceptionnelle leur a succédé. Adrian Knup, Stéphane Chapuisat, Marco Grassi, Kubilay Türkyilmaz… Avec eux, la Suisse possédait tout à coup plusieurs buteurs de valeur internationale. Les résultats ont suivi. Ces joueurs ont ensuite trouvé de l'embauche dans de grands clubs européens. Mais, parmi eux, certains n'ont pas réussi à s'imposer. Je pense notamment à Marco Pascolo, Marco Grassi, Adrian Knup et Ramon Vega. Ils gagnaient plus d'argent, mais jouaient soudain beaucoup moins. Ce manque de matches de haut niveau a prétérité l'équipe de Suisse ces dernières années. Il est en effet difficile de gagner des rencontres internationales avec des joueurs qui sont remplaçants dans leur club.»