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Valon Behrami a été le meilleur joueur côté suisse, selon Stéphane Henchoz

Inside Football

Rien n’est fait pour l’équipe de Suisse

Le bon match nul obtenu contre le Brésil enlève de la pression aux joueurs suisses mais ceux-ci vont devoir désormais relever un autre défi: produire du jeu, souligne Stéphane Henchoz dans sa chronique au «Temps»


Les favoris ont de la peine à entrer dans cette Coupe du monde. Je crois que cela est dû à la pression terrible qu’exerce un premier match, surtout lorsque l’on est censé le gagner. Sur le papier, France-Australie c’est 4-0. Mais la France alignait sept néophytes qui découvraient la Coupe du monde et n’ont pas joué à leur niveau réel.

On ressent une pression très différente selon que l’on soit le «gros» ou le «petit». Dans ce genre de match, l’outsider n’a rien à perdre. Le favori, lui, doit gagner et, en plus, il doit y mettre la manière. C’est une injonction nouvelle, beaucoup plus forte que par le passé: les gens veulent voir un spectacle, une équipe qui montre quelque chose. Le «vilain 1-0» ne satisfait plus personne. La France a pris trois points, mais à entendre les commentaires, c’est comme si elle avait perdu. Ce surcroît de pression peut paralyser lors d’un premier match.

Si le Brésil a perdu deux points contre la Suisse, ce n’est pas par excès de pression mais de suffisance. Autant les Brésiliens ont été très impressionnants quand ils accéléraient, autant ils ont ronronné pendant 50-60 minutes, se contentant de laisser venir une Suisse qu’ils pensaient inoffensive.

Ils n’ont pas totalement eu tort parce que nous avons eu beaucoup de peine à nous créer des occasions. Rien à dire sur l’état d’esprit de l’équipe, mais au niveau du jeu en lui-même, c’était quand même relativement pauvre. La Suisse est bien payée avec ce match nul. Il y a des occasions de but que le Brésil rate, d’autres que Yann Sommer détourne, deux décisions arbitrales favorables. Dans un autre match avec un autre arbitre, ça peut faire but annulé et penalty pour le Brésil. Mais bon, si les Brésiliens avaient joué tout le match comme les quinze premières minutes ou les quinze dernières, ils ne seraient pas en train de pleurer sur l’arbitrage.

Sans surprise, la Suisse a enfermé Neymar dans une boîte. Face à un tel joueur, en un contre un, c’est mort: il passe ou obtient la faute à chaque fois. Et même à plusieurs, il a souvent fallu faire faute pour l’arrêter. Valon Behrami, le meilleur joueur côté suisse selon moi, a réussi deux ou trois fois en première mi-temps à lui prendre proprement le ballon. Il a commis trois fautes et pris un carton jaune. Lichtsteiner aussi a fait son match face à lui et pris son carton. Neymar se plaint mais il a un jeu qui appelle les fautes. Souvent, il provoque le défenseur, en gardant la balle au lieu de la libérer, pour montrer qu’il est le plus fort. Les Suisses ne se sont pas laissé faire.

Ce qui est très positif dans ce Suisse-Brésil, c’est le résultat. Les Suisses ont tenu tête à un favori dans un match à enjeu avec beaucoup de pression, ils ont su rétablir une situation mal embarquée. Ils ont été à la hauteur de l’événement. Tout cela va leur donner confiance et leur enlève pas mal de pression avant le deuxième match, vendredi contre la Serbie. Perdre contre le Brésil et être obligé de battre une Serbie lancée par sa victoire sur le Costa Rica aurait été une configuration terrible. Là, ils vont pouvoir se préparer sereinement.

La qualification est encore loin d’être acquise. Le match contre le Brésil me rappelle celui joué récemment en Espagne et qui s’est également terminé sur un score de 1-1. A Villarreal, la Suisse avait aussi démontré beaucoup de cœur et de solidarité et avait eu pas mal de réussite. Il y avait eu 1-1 mais ça aurait pu faire 0-3, comme dimanche. La situation actuelle me fait également penser à la Coupe du monde 2010 où, après avoir battu l’Espagne, la Suisse avait gâché ses chances contre le Chili et le Honduras. Nous nous retrouvons au même point: à nous désormais de produire du jeu contre la Serbie et plus encore contre le Costa Rica. Nous ne sommes pas à l’abri d’une déconvenue mais ce qui me rassure, c’est que les joueurs en sont conscients. Dimanche soir, après le match, tous répétaient que rien n’était encore fait. Il est important qu’ils gardent cela bien en tête.

Je suis sûr que la Serbie sera bien meilleure vendredi que ce qu’elle a montré dimanche. De nouveau, la pression était 100% sur les épaules serbes contre un Costa Rica qui joue le contre en restant à cinq derrière. La Serbie possède d’excellents joueurs qui sont tous individuellement au moins aussi forts que les nôtres. Et offensivement, ils ont clairement plus de possibilités.

Pour aller plus loin, la Suisse aura besoin de ses leaders, ces trois ou quatre joueurs qui ont la capacité de forcer la décision. Granit Xhaka n’a une fois de plus pas montré grand-chose, mais le résultat final embellit sa performance individuelle et il passe entre les gouttes cette fois-ci encore. Xherdan Shaqiri a été mauvais en première mi-temps mais il s’est bien repris par la suite, a bien travaillé pour l’équipe, a gagné des ballons, obtenu quelques coups francs, a su alterner passes et conservation. Dans l’état d’esprit, il a répondu présent. C’est important pour la suite.

*Ancien défenseur international, 72 sélections en équipe de Suisse

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