D'abord, Georges. Puis, Jules. Enfin, Victor. «Nous sommes une famille de footballeurs, affirme d'entrée ce dernier. Pendant trente ans (de 1955 à 84), il y en a toujours eu un en première division française.» Troisième de six frères, et deux sœurs, Victor Zvunca a naturellement marché sur les traces de ses aînés. «Mon père, joueur amateur, nous a transmis le virus. Gamin, dès que je voyais un ballon, je jouais. A 18 ans, j'étais professionnel. Depuis lors, je ne vis que pour le football. Il représente tout pour moi», dit-il avec passion. Arrivé au mois de janvier en Suisse pour succéder à Pierre-André Schürmann, il connaît à 49 ans sa première expérience à l'étranger. Rencontre avec le nouvel entraîneur du Lausanne-Sports.

Comme joueur, Victor Zvunca débute sous les couleurs de Metz, où il est né d'une mère allemande et d'un père d'origine hongroise arrivé dans l'est de la France à 17 ans. Ensuite, ce sera l'Olympique de Marseille: il forme alors avec Marius Tresor une des plus fortes charnières centrales du pays. Enfin, Laval et Racing Paris. En 1975, il connaît son unique sélection en équipe nationale. «En amateur, se souvient-il, je jouais comme avant-centre. Puis, un jour, il manquait un défenseur et on m'a désigné en disant: «Les Zvunca ce sont des défenseurs. J'avais fait tellement de sacrifices que la consécration d'être professionnel me suffisait.» Lors de sa carrière, il n'a jamais eu la réputation d'un tendre. Il confirme: «Sur un terrain, j'étais dur et rigoureux. Je le suis d'ailleurs encore maintenant dans mon métier d'entraîneur.»

En effet, ceux qui le connaissent bien le confirment. Patrick Trotignon, aujourd'hui directeur général du Servette FC, l'a côtoyé pendant plus de cinq ans à Châteauroux (1992-98): «C'est quelqu'un de droit. Il respecte son métier et croit en ce qu'il fait. Même s'il défend ses idées, il écoute ce qu'on lui dit. En un mot, c'est quelqu'un de vrai.» A son arrivée au LS, il instaure sans tarder ses méthodes: «Je n'aime pas les tricheurs. J'exige un esprit collectif et le respect des autres. J'ai mis un cadre de travail strict qui concerne aussi bien les horaires, la diététique, la récupération, les soins, le sommeil que les sorties.» Ce qui a provoqué quelques vagues: «Les joueurs ont été surpris, mais ce sont des professionnels.» Après les difficultés initiales, l'équipe semble de plus en plus réceptive. «Le courant passe de mieux en mieux, confirme Jean-Philippe Karlen. Il a effectué des entretiens individuels avec chacun de nous pour construire l'équipe et installer de bons rapports avec les joueurs.» Massimo Lombardo n'a pas été choqué par les changements: «J'ai connu des entraîneurs plus sévères. C'est une personne tranquille qui sait ce qu'elle veut. Victor Zvunca recherche toujours la perfection. Pour lui, à la base d'un groupe, il y a la discipline de chaque joueur.»

Pour le nouveau mentor lausannois, le passage de joueur à entraîneur a été naturel: «La transition s'est faite du jour au lendemain. J'étais au Racing Paris comme joueur. Un dimanche, nous avons perdu contre Leverkusen en match amical. Le lendemain, le président me demandait de reprendre l'équipe.» Depuis, il a successivement dirigé Valenciennes, Niort, Toulouse, Châteauroux, Nice et Amiens. La réputation de «pompier» des équipes en difficulté lui colle à la peau. «C'est vrai, reconnaît-il, on venait me chercher partout où il y avait le feu. Je n'ai aucun remords. Peut-être qu'à Valenciennes j'ai accepté trop vite le poste, mais je voulais tellement une équipe…»

Son feu brûle toujours aussi ardemment. «Sur le banc, je suis encore un joueur. Je m'emporte vite car j'ai un tempérament de passion.» De son passage à Marseille – où il a rencontré sa femme –, il a gardé un côté méridional: l'homme a le verbe et le tutoiement faciles. Son passé de défenseur et ses principes se reflètent par contre sur le jeu de ses équipes. «La rigueur défensive est le pilier de tout l'édifice, précise-t-il, mais elle n'empêche pas de jouer. Mes latéraux peuvent monter.» A Lausanne, il vit seul une expérience nouvelle. Sa famille – une fille de 20 ans et un fils de 16 ans – est restée à Aix-en-Provence: «Tout le monde m'a toujours suivi: que je parte maintenant est voulu de ma part car mes enfants sont suffisamment grands.» Le contrat de Victor Zvunka porte jusqu'au 30 juin, mais l'homme aimerait marquer de son empreinte son passage au LS: «Je suis content d'être là et je ne suis pas venu pour six mois.» On sait qu'en football, les résultats influencent tout le reste.