Que penser des considérants de la CEV sur Rio de Janeiro, tant ils paraissent lisses? Que les évaluateurs ont été conquis par les plages d’Ipanema et les installations olympiques prévues, ou à l’inverse qu’ils ont déjà passé la candidature brésilienne dans la colonne des pertes et profits, en évitant de vexer le président Lula et la désormais 10e économie mondiale? Mystère? Pas vraiment. Les observateurs retiennent plutôt le premier terme de l’alternative, arguant du fait que les tout premiers JO attribués à l’Amérique du Sud, qui plus est transformés en catalyseur d’intégration sociale dans une mégapole qui en a bien besoin, régénéreraient une audace dont les caciques du CIO n’ont plus fait preuve depuis les JO de 1988 donnés à Séoul, en pleine révolte estudiantine.

A la troisième tentative carioca, il est clair que les membres votants du CIO – 106 – ont une furieuse envie de choisir Rio et d’ainsi mondialiser les Jeux d’été en les offrant à l’un des deux seuls continents (restera l’Afrique) qui ne les a pas reçus.

Mais à l’ombre du Pain-de-Sucre et du Christ Rédempteur se cachent plusieurs éléments négatifs. La topographie de ce lieu à l’aspect magique nécessiterait le développement de quatre zones clés dévolues aux épreuves olympiques, la principale située à Barra, d’où dispersion des forces dans des trajets interminables, sans parler des quatre villages d’athlètes (hérésie jamais admise par le CIO). L’hébergement, notoirement insuffisant, où l’on va jusqu’à imaginer six bateaux de croisière en guise d’hôtels supplémentaires, avec quelle garantie sept années avant l’événement? La sécurité, sur laquelle la CEV passe comme félin sur brousse. Nichée au bord de sa baie unique au monde, Rio présente la particularité d’être encerclée, en hauteur, par les favelas et leurs gangs qui descendent souvent jusqu’à Copacabana. Lula a beau dépêcher les forces spéciales de l’armée, le problème ne sera pas éradiqué au moment du scrutin.

Enfin, le Mondial de football 2014, objet de toutes les attentions du pays, va, selon la CEV, «poser des difficultés par rapport aux stratégies de communication et de marketing des Jeux 2016». Cote du Temps: 8 contre 1.

L’avis de Jean-Loup Chappelet: «La grande favorite d’après beaucoup, en fonction de la stricte rotation des continents. En sachant que cette étiquette est souvent synonyme de défaite… D’un point de vue technique, les sites de compétitions sont dispersés, les transports pas compétitifs, la sécurité restant le gros point noir, même si la CEV écrit que tout va bien. Dominée par les favelas, la ville vivra une extraordinaire fête olympique en bord de mer pendant que, alentour, continuera de régner la pauvreté extrême. Mais le comité de candidature a su jouer sur la corde émotionnelle. Ça a fonctionné à merveille jusqu’ici.» Cote de l’expert: 3 contre 1.