Les premiers de cordée chers à Emmanuel Macron renvoient à une vision assez ancienne et élitiste de l’alpinisme que Robert Paragot, décédé le jeudi 24 octobre à l’âge de 92 ans, a contribué à déconstruire après la Seconde Guerre mondiale, multipliant les coups d’éclat et les éclats de rire, entouré d’une bande de joyeux compagnons, parisiens comme lui, au premier rang desquels Lucien «Lulu» Bérardini. Ensemble, ils avaient notamment vaincu en 1954 la face sud de l’Aconcagua, le toit des Amériques (6962 m).

La mort de Robert Paragot ravive cette époque des «prolos de la grimpe». «Le terme ne lui aurait pas déplu», estime Sophie Cuenot, qui a coécrit avec l’alpiniste un livre de souvenirs, Paris camp de base (Editions Paulsen, 2010). «Il venait vraiment d’un milieu très modeste, grands-parents fermiers, parents ouvriers en banlieue, et pratiquait avec peu de moyens.» Ce réparateur de machines à écrire, employé toute sa vie à la Sécurité sociale, avait découvert la grimpe sur les blocs de grès de la forêt de Fontainebleau. Une excellente école, mais lointaine. «Il y allait dans le car du comité d’entreprise des ouvriers de l’usine Renault à Boulogne-Billancourt. C’était alors son seul luxe. L’été, il prenait ses quinze jours de congés payés pour aller à Chamonix», évoque Sophie Cuenot.