Tennis

Roddick a fait durer le plaisir, l’Amérique lui cherche un successeur

Son départ à la retraite annoncé avant le début de cet US Open a fait de chacun de ses matches l’attraction du tournoi

Sur le plan de la communication, rien à redire. Andy Roddick a réussi un joli coup. En annonçant, le jour de son 30e anniversaire et à la veille de son premier match, que cet US Open serait son dernier tournoi, il a attiré tous les projecteurs sur lui. Faisant de chacune de ses apparitions une attraction.

Avec ce départ à la retraite en trois temps, «A-Rod» a fait carton plein. Dans les journaux où il a occupé une place de choix pendant une semaine et surtout sur le court Arthur Ashe où il a fait chavirer les foules extatiques. Sportivement, sa décision lui a enlevé un poids. Il s’est laissé porter match après match, savourant chaque instant de cette communion avec son public. Cette tournée d’adieu a finalement pris fin mercredi en huitième de finale où il s’est incliné face à Juan Martin Del Potro après avoir remporté le premier set. Flairant l’issue du duel, les spectateurs hurlaient «Relax, Andy, relax». Mais la fébrilité a fini par l’emporter. Pas facile de jouer chaque jeu en se disant que c’est peut-être le dernier. Il s’est accroché pour faire durer le plaisir, le sien et celui du public. Il a fait le show jusqu’au bout et animé une édition de l’US Open jusque-là un peu morose.

Comme un gosse

Mercredi, à 5-4 pour Del Potro dans le quatrième set, il a retourné les derniers services de l’Argentin les larmes aux yeux, touché par la standing ovation qui précédait chacun des points. «J’ai essayé de me contenir le mieux que j’ai pu, dira-t-il plus tard. Et je m’en suis plutôt mieux sorti tout au long de cette semaine que je ne l’avais imaginé. C’était une expérience nouvelle alors que je pensais avoir tout connu dans ce sport. D’habitude, ce que l’on ressent sur le court est plutôt égoïste. Si on joue mal, on le paie et si on joue bien on est récompensé. Là, c’était quelque chose de plus grand. Il n’était plus question de point à gagner et de résultat mais juste de quelque chose à partager. Cette semaine, je me suis senti comme un gosse de 12 ans jouant au parc. C’était innocent. J’ai eu beaucoup de plaisir. Mais je ne suis pas certain que les arbitres de chaise peuvent en dire autant.»

Mercredi, à l’issue du match, Del Potro a renoncé aux honneurs réservés au vainqueur. Après une longue et chaleureuse accolade au filet avec Roddick, l’Argentin a accepté de jouer les seconds rôles. Une attitude élégante à laquelle Roddick a tenu à rendre hommage: «Sachant qui est Juan Martin, je ne suis pas du tout surpris de sa réaction. Je ne connais personne qui ne l’aime pas sur le circuit. Ce gars, c’est la classe. J’étais heureux d’avoir la possibilité de jouer contre lui, même si ça n’a pas dû être facile pour lui de disputer un match dans ces conditions.»

«Laissons-les grandir»

Lors de son ultime rendez-vous avec la presse, Roddick l’espiègle mania moins facilement que d’habitude cet humour au second degré qui a fait sa réputation au même titre que son service. Il sait trop à quel point ses légendaires parties de ping-pong avec les journalistes font partie de son bagage au même titre que ses prestations sur le court pour ne pas avoir ressenti un pincement au cœur. «Je ne sais pas quelles sont mes émotions. Je me sens un peu submergé. D’habitude, je suis quelqu’un qui parvient assez bien à ne pas laisser trop paraître ce que je ressens, mais ce n’est certainement pas le cas en ce moment.»

Avec Andy Roddick, c’est une page du tennis américain qui se tourne. Pendant douze ans, il a endossé avec bravoure le rôle délicat d’ambassadeur de ce sport dans un pays qui avait goûté à la folie des grandeurs avec deux générations successives, celle de Connors et McEnroe d’abord, puis celle de Sampras, Agassi, Courier et Chang. «A-Rod», confronté au phénomène Federer, a fait ce qu’il a pu. Il a été numéro un mondial, a décroché 32 titres en simple et une couronne du Grand Chelem, en 2003 à l’US Open. L’Amérique lui cherche un successeur. Et, pour l’instant, aucun nom ne se profile vraiment à l’horizon. John Isner a un jeu trop atypique pour assurer ce rôle. Mardy Fish a 30 ans et des problèmes cardiaques. La presse évoque le jeune John Sock. Roddick, lui, refuse la notion d’un prochain numéro un qui devrait «entrer dans ses chaussures». «Ne parlons pas du prochain (sous-entendu Roddick). Laissons-les grandir et développer leur propre personnalité. Il n’y a pas de chaussures à remplir ou de clone à déceler. Mais un individu à part entière à trouver.» Néanmoins, ce ne sera pas facile de remplacer une personnalité comme la sienne.

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