Sa décision de convoquer subitement une conférence de presse à la veille de son match du deuxième tour sentait l’annonce de la retraite. Andy Roddick n’a d’ailleurs pas cherché à maintenir le suspense. Il a lâché le morceau d’entrée de jeu: «Merci à tous d’être venus. Je vais vous la faire courte et douce. Cet US Open sera mon dernier tournoi.»

L’Américain, qui fêtait jeudi son trentième anniversaire, est de la même génération que Roger Federer. Sa plus grande tare, dit-il souvent, avec ce sens de l’autodérision qui fait son charme. Alors, lorsqu’un journaliste lui a signifié que «30 ans, ce n’est pas si vieux dans un sport comme le tennis, la preuve avec Federer», «A-Rod» a répondu, toujours avec ce délicieux deuxième degré: «J’aurais été triste de terminer cette conférence de presse sans avoir droit à une comparaison avec Roger. Alors, merci pour cette question.»

Puis, plus sérieusement: «Vous savez, de tous mes contemporains, Roger est le seul qui marche encore très fort. C’est une question de forme, de se sentir capable de jouer au plus haut niveau. Or, je ne suis pas certain qu’avec une santé critique, je puisse faire ce que je veux actuellement. Je sens que c’est l’heure. Je me suis toujours dit que, dans un monde idéal, je terminerais par l’US Open. J’ai beaucoup d’amis et de famille ici. Et, depuis un an, je me dis que je saurais en arrivant ici si le moment était arrivé. En disputant mon premier tour, j’ai su.» Difficile pour lui de quantifier la part mentale et physique de sa décision: «C’est l’histoire de l’œuf et de la poule. Dans quelle mesure une fatigue mentale s’installe parce que je sens que, physiquement, je ne peux plus faire ce que je veux? Difficile de dire où ça commence.»

Un «mur» nommé Federer

Roddick a occupé pendant 13 semaines la tête du classement mondial de l’ATP. C’était en 2003, après son succès à l’US Open, son unique titre en Grand Chelem, la dernière victoire d’un joueur américain dans un tournoi majeur. Après ça, cet ancien numéro un mondial junior s’est heurté inlassablement à la concurrence de Federer, pour qui il a toujours manifesté le plus grand respect. Un respect à double sens, comme l’a rappelé le numéro un mondial jeudi soir à l’issue de son match: «Andy est quelqu’un de bien. Un grand champion. J’ai eu de superbes batailles contre lui. Des duels épiques, comme la finale de Wimbledon en 2009 (victoire 16-14 dans le 5e set pour Federer), mais dans nos face-à-face, c’est lui qui a eu le dernier mot en me battant cette année à Miami.»

Succession difficile

Plus tard, en conférence de presse, le Bâlois est revenu encore sur cette retraite annoncée: «En 2009, il aurait très bien pu gagner Wimbledon. Il mérite ce titre. Dans mon esprit, il est aussi un champion de Wimbledon, et un merveilleux ambassadeur de notre sport. Je suis reconnaissant à Andy pour tout ce qu’il a fait pour le tennis, surtout ici aux Etats-Unis. Ce n’était pas facile après Agassi, Sampras, Courier, Chang, Connors, McEnroe. Et j’en oublie sûrement d’autres.»

Le Circuit regrettera «A-Rod», charmeur et si chambreur.