L’œil du court

Roger, Andy, Rafa, Novak, Stan et tous les autres

Au contraire de Roland-Garros, une quinzaine de joueurs peuvent rêver d’aller loin à Wimbledon. Le tournoi le plus vert est devenu le plus ouvert, estime Marc Rosset dans sa chronique pour «Le Temps»

Pour vous parler de Wimbledon, je veux d’abord revenir sur Roland-Garros. Le tennis proposé cette année à Paris a été assez décevant. Bien sûr, Nadal a accompli un exploit exceptionnel mais, face à lui, les autres n’ont pas eu droit à la parole. Du coup, il n’y a eu qu’un match vraiment sympa: la demi-finale de Stan contre Andy Murray. C’est peu et c’est assez symptomatique de Roland-Garros ces dernières années, qui est pourtant un tournoi que j’aime bien. Le jeu y est à sens unique.

Il y a deux raisons à cela: d’abord le fait que sur terre battue, le plus fort physiquement aura toujours la demi-seconde supplémentaire pour remettre la balle, rallonger l’échange et peut-être instiller le doute dans la tête de son adversaire; ensuite parce qu’il n’y a plus autant de spécialistes de terre battue comme par le passé. Alors oui, il y en a, mais ils sont 60es au classement mondial et ne peuvent pas jouer la gagne. Avant, il y avait une quinzaine de «terriens» qui pouvaient aller au bout: tous les Espagnols, les Sud-Américains, les Russes. Carlos Moya est le premier à avoir compris que pour être bien classé, il fallait abandonner un peu la terre battue pour se concentrer davantage sur les surfaces en dur. Les autres ont suivi et, peu à peu, il y a eu de moins en moins de spécialistes.

L’endroit où tout est possible

Depuis, c’est sur gazon – on arrive enfin à Wimbledon – que la bataille pour la victoire est la plus indécise. Il y a bien sûr Roger Federer, Rafael Nadal, Andy Murray (qui semble s’être refait une santé en atteignant la demi-finale de Roland-Garros), Novak Djokovic s’il revient à son meilleur et Stan Wawrinka s’il passe les premiers tours. A côté de ces favoris «classiques», les mêmes qu’à Roland-Garros, on peut ajouter Milos Raonic, Alexander Zverev, Kei Nishikori, Tomas Berdych qui a déjà été finaliste, Jo-Wilfried Tsonga, Grigor Dimitrov.

Il faut encore penser à des joueurs comme Sam Querrey ou Kevin Anderson qui, potentiellement, sur un jour, peuvent créer la surprise. Richard Gasquet a réalisé ses meilleurs résultats sur gazon. Juan Martin Del Potro a sorti Stan l’an dernier et a battu Djokovic aux JO en 2012. Marin Cilic, à Roland-Garros, ne perd pas un set avant les quarts de finale, où il ne met que 7 jeux contre Stan Wawrinka. Alors que Marin Cilic, en quart de finale à Wimbledon, pousse Roger Federer à la limite des 5 sets l’an dernier. Feliciano Lopez a fait finale à Stuttgart et victoire au Queen’s; je ne dis pas qu’il peut gagner Wimbledon, mais il peut embêter du monde. Donc, en tout, il y a bien 16 ou 17 joueurs équipés pour aller loin. La deuxième semaine sera très compliquée pour tout le monde.

Roger est en forme

Cette très grande densité est due au fait que le gazon de Wimbledon n’est plus aussi rapide qu’avant. Cela date du temps où Tim Henman perdait tout le temps contre Pete Sampras. Les organisateurs ont ralenti la surface, mais «Gentleman Tim» n’en a pas profité. Je me souviens d’une discussion avec lui où il me racontait comment il s’était retrouvé mené deux sets zéro sur le Central par le Brésilien Sa. Il se faisait transpercer à la volée! Une statistique illustre bien le ralentissement du gazon. Lorsque Roger Federer remporte son premier Wimbledon en 2003, il est à plus de 80% de services-volées derrière sa première balle; en 2012, pour son septième titre, il est à moins de 10% de services-volées tentés derrière sa première balle.

J’ai observé Roger. Il manquait de compétition à Stuttgart, mais je l’ai trouvé en forme à Halle. Vif, bien en jambes. Ce qui m’énerve, c’est que tout le monde était défaitiste après son élimination contre Tommy Haas et euphorique après sa victoire en finale sur Zverev. C’est fatigant à la fin… Le sport ne fonctionne pas comme ça. En plus, pour avoir joué à Halle et à Wimbledon, je peux vous dire que ce sont deux surfaces très différentes. A Halle, il est quasiment impossible de jouer en fond de court alors qu’à Wimbledon, surtout la deuxième semaine quand les courts deviennent vraiment râpés, cela ressemble beaucoup à de la terre battue. Il ne faut pas accorder trop d’importance aux résultats de ces tournois de préparation. Un tournoi du Grand Chelem, encore plus à Wimbledon, représente toujours un contexte particulier, qu’il faut savoir apprivoiser.

Relire les précédentes chroniques de Marc Rosset

-Sur le Central, la pression peut sublimer ou paralyser

-Pour Djokovic, Murray et Nadal, les choses sérieuses commencent

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