Cinquante-deux minutes, c’est un peu court pour un concert, et pourtant Roger Federer a eu droit à son ovation de rock star mardi soir à Madrid. Pour son grand retour sur terre battue après trois ans d’absence, le Bâlois n’a pas déçu les 12 500 spectateurs massés dans le stade Manolo Santana: il a totalement maîtrisé son sujet, et son adversaire Richard Gasquet (6-2 6-3). On peut appeler ça un atterrissage en douceur.

Pour un véritable test, il faudra patienter un peu – peut-être jusqu’au prochain tour, où le numéro 3 mondial rencontrera le vainqueur du duel entre Gaël Monfils et Marton Fucsovics. Ce n’est pas que Richard Gasquet ait démérité. Passée une entame de partie poussive, le Français de 32 ans a rendu coup pour coup et, au deuxième set, il a longtemps tenu ses jeux de service comme une forteresse. Mais il revient de blessure et demeure à court de rythme. Lundi, il confiait aux médias français qu’il n’avait jamais enchaîné deux sets à l’entraînement avant d’affronter (et de battre) le jeune Espagnol Alejandro Davidovich Fokina au premier tour. Contre un Roger Federer qui a pensé tout son programme des derniers mois en vue de ses retrouvailles avec l’ocre, cela ne pouvait pas suffire.

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«J’ai eu beaucoup de temps aujourd’hui pour penser à cette rencontre, et la nervosité a fini par monter, a avoué la star suisse au public madrilène après avoir transformé sa première balle de match. J’avais de bonnes sensations à l’entraînement, mais la compétition demeure quelque chose de très différent…»

Deux amorties consécutives

Son appréhension s’est vite envolée sur le moment. Il claquait un ace dès le deuxième point. Réussissait le break dès le premier jeu de service de Richard Gasquet. Concluait le set initial sur un jeu de gala pendant lequel il a notamment réussi deux amorties consécutives. Peut-être un peu titillé dans son orgueil, son adversaire en tentait une à son tour sur une balle de première manche à sauver. Trop courte.

La deuxième manche a été à peine plus serrée. Roger Federer n’a que trop rarement été poussé à la faute, ou mis sous pression lorsqu’il servait. Il semblait à l’aise, presque comme s’il n’avait jamais quitté cette surface. «Si je suis honnête, je dois dire que je n’ai pas eu trop de peine à m’adapter aux conditions de jeu ici, qui sont assez rapides. Ce qui ne veut pas dire que cela aura été facile de gagner», a-t-il encore dit au centre de l’arène.

Une heure plus tard, il débarquait en conférence de presse détendu et satisfait de son match. «Je suis heureux d’être de retour sur terre battue, heureux d’être ici à Madrid, heureux du bel accueil que m’a réservé le public ce soir», a-t-il commencé. «Pour être honnête, cette surface ne m’a pas vraiment manqué, à part en 2016 quand j’avais prévu de jouer Roland-Garros et que mes ennuis de santé m’en ont empêché. Les deux années suivantes, c’était une décision de ma part, prise en pensant à ma longévité dans le tennis, mais aussi à ma famille. J’en ai profité pour vivre d’autres choses. Mais cette année, je pense que j’aurais regretté de ne pas jouer sur terre battue. Mes problèmes de genou sont loin derrière désormais, et c’était la bonne chose à faire.»

Peu de longs échanges

A un journaliste espagnol qui lui demandait s’il espérait affronter Rafael Nadal prochainement, il a répondu par une boutade: «Bien sûr, car cela voudrait dire que je suis en finale du tournoi.» Mais sa préparation pour la terre battue, elle, aura été sérieuse, pensée pour lui permettre de tenir le coup lors des longs échanges qui peuvent aller avec cette surface. Il n’y en aura pas eu beaucoup mardi soir. Parce que «Richard n’était peut-être pas au top de sa forme», et aussi parce que les conditions particulières du tournoi de Madrid autorisent un jeu rapide. «Ici, avec l’altitude, on est presque dans une approche de surface dure, en réalité», a fait remarquer un Roger Federer comme à son habitude affable et précis dans ses réponses.

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Après avoir fait l’impasse sur la terre battue ces deux dernières saisons pour ménager son corps, Roger Federer y revient à 38 ans avec l’enthousiasme d’un jeune homme. Sa crainte de n’y disputer que deux matchs (un à Madrid, un à Roland-Garros) n’avait pas lieu d’être. Qui peut dire aujourd’hui où se situent ses limites, sur l’ocre ou ailleurs?