Tennis

Roger Federer avait deux objectifs: «redevenir numéro 1 mondial, et ne pas pleurer»

Arrivé tardivement en conférence de presse vendredi soir, le nouveau numéro 1 mondial est revenu longuement sur son exploit, son cheminement et ses objectifs futurs

Assis sur son banc, relégué au propre comme au figuré dans l'ombre, Robin Haase doit se demander ce qu'il fiche là. Depuis sa double faute sur la balle de match, le Néerlandais n'existe plus. Il a beau être le régional de l'étape, ses 14 000 compatriotes debout autour du court de la salle Ahoy Rotterdam n'en ont plus que pour son vainqueur. Il faut dire que l'adversaire est une légende et le moment historique.

En battant Robin Haase en quart de finale (4-6 6-1 6-1), Roger Federer (qui affrontera l'Italien Andrea Seppi samedi soir en demi-finale) s'est assuré les points suffisants pour dépasser Rafael Nadal au classement ATP. A 36 ans et 195 jours, c'est un exploit monumental, et un évènement que l'organisateur du tournoi, Richard Krajicek, s'empresse de célébrer. Après un «son et lumières» retraçant brièvement la longue carrière de Federer, le Bâlois reçoit un trophée (un 1 stylisé sur fond de skyline de la ville). Les photographes sont autorisés à pénétrer sur le court. Krajicek et Federer s'adressent aux spectateurs, lesquels, à la demande du premier, réservent au second une longue standing ovation. Roger Federer contient l'émotion qui monte dans sa gorge et s'en sort avec une pointe d'humour et de compassion: «Désolé Robin, à Bâle l'an dernier, tu avais déjà vécu la même chose pour les adieux de mon ami Marco Chiudinelli.»

Une bonne heure plus tard, le temps d'une fête un peu plus intime - son entraîneur Severin Lüthi lui avait fait la surprise de le rejoindre dans l'après-midi - et de quelques prestations avec des sponsors, Roger Federer se présentait en salle de presse. Sans beaucoup de considération pour le trophée posé à côté de lui mais profondément touché par ce que ce grand 1 en carton signifiait.

On en a beaucoup parlé mais cette fois, on peut le dire: vous êtes numéro 1 mondial.

Vous savez, ça n'arrive pas souvent dans une carrière de jouer un match pour la place de numéro 1. D'habitude, les choses ne sont pas aussi claires. La dernière fois [en juillet 2012], c'était tombé une semaine après Wimbledon. Je ne jouais pas, j'étais en vacances. Ce soir, c'était vraiment cool. Je peux en parler, je peux le célébrer, je peux le partager. Je ressens beaucoup plus intensément ce qui m'arrive et c'est une satisfaction très profonde. Ce matin [vendredi matin], je me suis fixé deux objectifs: redevenir numéro 1 mondial, et ne pas pleurer. Mission accomplie.

Comment avez-vous vécu cette journée?

Je me suis levé assez tard, vers 11h et je me suis tout de suite intéressé à ce qui s'était passé durant la nuit aux Jeux olympiques. La Suisse venait de faire trois médailles. J'ai tout rattrapé, je suis bien resté quatre heures à regarder la télévision et suivre les réseaux sociaux. Je me suis procuré le numéro de téléphone de Dario Cologna et je lui ai envoyé un message. Quand je le vois, je me dis que j'ai bien fait de choisir le tennis. Ceux qu'ils font eux, physiquement, c'est hyper impressionnant. Ensuite je suis arrivé au stade. Je me suis échauffé à 17h avec Ivan [Ljubicic]. Il y avait environ 8000 personnes dans la salle parce qu'il n'y avait pas de match à ce moment-là mais je n'étais pas trop nerveux. J'étais plutôt concentré, bien.

Où situez-vous cette place de numéro 1 mondial décrochée à 36 ans dans votre panthéon personnel?

Honnêtement, je la place très haut. C'est vraiment quelque chose de grand pour moi, surtout si je repense à l'écart entre la première fois où je suis devenu numéro 1 mondial et maintenant [14 ans d'écart] ou à tout ce qui s'est passé depuis ma blessure en février 2016. Sincèrement, je n'ai jamais pensé pouvoir revivre tout ça, et je me suis rappelé cette chance en entrant sur le court.

L'an dernier, vous aviez renoncé à l'idée de redevenir numéro 1. «J'ai accepté mon nouveau rôle», nous disiez-vous à Dubaï. Et puis, vous voilà à nouveau au sommet.

Je ne pensais pas que les autres joueurs connaîtraient autant de problèmes physiques. J'ai gagné l'Open d'Australie puis Wimbledon, alors c'est devenu possible. Après Wimbledon, j'ai pensé: «ça serait quand même cool...», puis je me suis blessé au dos, ce qui m'a gêné assez longtemps mais j'ai encore gagné Shanghaï et Bâle, donc ça restait toujours potentiellement envisageable. Il fallait encore que je conserve mon titre à Melbourne, ce qui ne me semblait pas un objectif réaliste, mais qui s'est pourtant produit. Et puis, l'occasion de saisir cette place s'est présentée à Rotterdam.

L'an dernier, lorsque vous vous êtes repris au jeu de la place de numéro 1, vous vous êtes blessé à Montréal. Avez-vous hésité cette fois avant de venir à Rotterdam? 

Je ne me suis jamais pris au jeu. Bien sûr, je suis venu à Rotterdam pour la place de numéro 1 mondial, mais c'est un tournoi que j'avais de toutes façons envisagé de disputer. En fait, ce que je recherche depuis quelques années, c'est la flexibilité. Pouvoir décider au dernier moment, en fonction de mon état de forme et du bien-être de ma famille. Cette année, pour la première fois, je n'étais pas lié par contrat au tournoi de Dubaï. J'avais le choix entre quatre options: Dubaï, Rotterdam, les deux ou aucun des deux. J'ai écarté Dubaï pour des raisons familiales et comme je ne me suis pas senti fatigué après l'Open d'Australie, je me suis senti capable de m'inscrire ici. C'était déjà le même raisonnement l'an dernier: Wimbledon ne m'avait pas pris beaucoup d'énergie, j'avais gagné tous mes matchs en trois sets, alors je me suis dit «Pourquoi ne pas jouer Montréal?» Et jusqu'au deuxième set de la finale, je me sentais très bien. Je ne crois pas que ma blessure au dos l'an dernier soit liée à une surcharge physique ou émotionnelle. Par contre, c'est vrai qu'elle m'a handicapé plus longtemps que je ne l'avais pensé.

Quels autres records peuvent vous inspirer désormais? Les 109 titres de Connors?

Pfff... 109 ça me semble vraiment loin [Il en est à 96]. Je ne vais pas commencer à disputer tous les tournois 250 et 500 pour essayer de battre ce record. Mais atteindre les 100 titres, ce serait «super spécial». Surtout si je parviens à conserver le Sunshine Double [le doublé Indian Wells-Miami, réalisé l'an dernier] et mon titre à Wimbledon.

Serez-vous encore assez concentré pour gagner le tournoi de Rotterdam ce week-end?

On verra comment je me sens samedi sur le court. Je serais peut-être vidé émotionnellement, peut-être au contraire très relâché. Jusqu'ici, j'ai joué pour cette place de numéro 1. On peut dire que le tournoi commence maintenant.

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