Lionel Roux, entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis, connaît bien le jeu de Gilles Simon A écouter: Lionel Roux: «Cela sera comme un jeu d’échecs»

(entretien réalisé par Isabelle Musy) Affronter Roger Federer au deuxième tour d’un tournoi du Grand Chelem attire l’attention. Les organisateurs de l’Open d’Australie devraient le savoir. Ils l’ont visiblement oublié. C’est donc dans une salle de conférence de presse exiguë que Gilles Simon a livré ses sentiments sur son match à venir, mercredi face au No 2 mondial. Sans forfanterie ni fausse modestie. Avec des mots qui sonnent juste. Son intelligence et sa clairvoyance étant à la hauteur de son sens tactique.

Le Temps: Quarante-huit heures après votre victoire au tournoi de Sydney, comment avez-vous vécu ce premier tour de l’Open d’Australie [victoire 6-7 6-2 6-4 6-2 face à Lu]?

Gilles Simon: C’était dur. Nous avons livré un beau combat. J’avais envie à tout prix d’essayer de gagner et d’avoir ma chance face à Roger après.

– Physiquement, comment vous sentez-vous avec cet enchaînement Sydney et Melbourne?

– Là, ça allait. On verra dans deux jours. Mais c’est vrai que les conditions de jeu n’ont pas aidé. Il faisait froid et nous avons été interrompus plusieurs fois par la pluie.

– Au prochain tour, donc, Roger Federer…

– Ça va être très dur. Je ne suis pas tête de série et je pouvais donc tomber sur lui. Je vais avoir un match intéressant, mais extrêmement difficile. Il n’a pas perdu au deuxième tour d’un Grand Chelem en 30 tournois. Ça ne va pas être évident de le faire tomber aussi tôt.

– Mais vous n’avez jamais perdu face à Federer…

– Ce sont les deux victoires dont je suis le plus fier. Car c’est à chaque fois très difficile. J’espère parvenir à réaliser une nouvelle fois cet exploit, mais je m’attends à un match compliqué. Je trouve qu’il rejoue vraiment très bien depuis un moment. Sur la fin de la saison dernière et le début de l’année aussi. Il faudra que je sois à 100% si je veux avoir une chance d’exister.

– Il dit qu’il ne vous considère pas comme sa bête noire, pas après seulement deux rencontres.

– Il n’en a pas. C’est lui la bête noire! Je pense qu’il se méfie un peu, mais il sait qu’il est le plus fort. Et il a raison.

– Non. Je vais essayer de m’appuyer sur ce que j’ai bien fait les dernières fois pour le gêner. Mais ça ne me transforme pas en favori. Je vais profiter au maximum de ce match.

– J’ai une idée sur ce que j’ai envie de faire contre lui, mais je ne vais pas en parler à la presse avant le match.

– Maintenant que vous reprenez confiance, retrouvez-vous aussi le plaisir de jouer des matches comme celui-ci?

– Pour prendre du plaisir face à un joueur comme lui, il faut parvenir à exister dans un premier temps, à se sentir bien sur le court, à se relâcher, à faire son match. Et à partir de là, si on arrive à installer le combat, ça peut devenir une rencontre agréable à disputer. Mais on n’y parvient pas toujours.

– Est-ce que le fait d’avoir retrouvé votre jeu est rassurant avant d’affronter Federer?

– Oui, forcément, j’essaie de me rassurer comme je peux. Je viens de gagner un tournoi. Je vais bien. Ici, j’ai disputé un bon premier tour car j’ai pu jouer le jeu qui me convient. Ma force, c’est d’être difficile à déborder. Un joueur très régulier comme Lu, qui normalement donne très peu de points, a dû faire 65 ou 70 fautes directes. Car à un moment, il est obligé de forcer. C’est ça mon atout. Plus que de faire des points gagnants.

– Est-ce que Federer vous paraît plus agressif maintenant que lorsque vous l’avez battu?

– Contre moi, tout le monde est agressif. Donc, je trouvais qu’il avançait déjà beaucoup. Je me souviens du début de match à Toronto. J’avais dû prendre 16 points gagnants en cinq minutes. Il y avait 4-0. Je me suis dit: «Je vais me ramasser deux roues, c’est horrible.» Et finalement, j’avais réussi à commencer à le gêner. Mon premier objectif sur le match, c’est d’arriver à lancer le combat, lancer cette bagarre et on verra bien ce qui se passera.

– Quel pourcentage de chances de gagner vous donnez-vous?

– Je ne m’en donne pas. On verra bien ce qui se passera.

– Que redoutez-vous le plus dans ce match? L’aspect physique après Sydney?

– Non, ce n’est pas du tout le physique qui m’inquiète. C’est le jeu. Le fait que, parfois, il donne l’impression de voler sur le terrain, de faire des coups que l’on ne voit pas ailleurs. J’ai surtout peur de ça. Peur que ça me tombe dessus. Physiquement, en revanche, je n’ai pas d’incertitudes. Et s’il faut aller dans un quatrième ou un cinquième set, ce sera déjà une bonne chose pour moi.

– Vous avez été soigné pendant le match contre Lu. Est-ce que c’était une contracture?

– Je n’en sais rien. J’ai mal au-dessus du genou. Je voyage, et l’avion ça ne fait jamais du bien si tu joues le lendemain. Je ne suis pas sûr qu’Usain Bolt puisse péter un record si on lui fait prendre un avion la veille. Ça fait toujours du mal. Et avec le froid et la pluie, ça réveille les douleurs.