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Roger Federer lors de son entrée sur le court le dimanche 18 février à Rotterdam.
© KOEN SUYK / EPA

Tennis

Roger Federer est bien le numéro un

Facile vainqueur du Bulgare Grigor Dimitrov en finale du tournoi de Rotterdam (6-2 6-2), le Bâlois signe son retour au sommet en remportant le 97e titre de sa carrière. A ce rythme-là, ce ne sera sans doute pas le dernier

Le musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam abrite La Tour de Babel, une huile sur bois de Brueghel l’Ancien, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le socle de la Coupe Davis. Mais cette semaine, les gens des bords de Meuse, huiles comprises (le roi Willem-Alexander dimanche), n’ont eu d’yeux que pour un autre ancien, lui aussi un maître, que certains de ses adversaires ne peuvent peut-être plus voir en peinture et qui finira sans doute exposé dans un musée.

Roger Federer (qui d’autre?) est un artiste autant qu’un insatiable champion. Sa grâce, son élégance et son relâchement transforment ses matches en œuvres d’art. Mais peu de grands sportifs magnifient autant que lui la forme sans sacrifier le fond. Federer est le plus beau à voir jouer, mais aussi le plus performant. Chez lui, la beauté est au service de l’efficacité. C’est ce qui le rend unique, en plus d’être numéro un.

Connors dans le viseur?

Après avoir sécurisé son accession à la première place du classement mondial vendredi en battant Robin Haase, le Bâlois risquait la décompression. Il a au contraire survolé la fin de tournoi, si bien que son tout frais record de vieillesse (numéro un mondial le plus âgé, 36 ans et 195 jours) semble trois jours plus tard de l’histoire ancienne. Vainqueur de son 97e titre ATP, il se rapproche des 100 (Halle? Wimbledon? Gstaad?) et déjà, tout le monde l’imagine faire mieux que les 109 titres de Jimmy Connors. «Vous n’en avez jamais assez, ironisa-t-il vendredi soir, mais ça me va…»

Il faut bien parler de quelque chose, tant il y a peu à dire sur la finale, réglée en 54 minutes (6-2 6-2). Federer a connu plus de problèmes avec ses crampes d’estomac contre Kohlschreiber jeudi et Haase vendredi que face au numéro cinq mondial, vainqueur du récent Masters. Grigor Dimitrov était sans doute diminué par une douleur au pied, mais «Baby Federer» n’a tenu la distance que quatre jeux (2-2 dans la première manche) face à «Papy Federer» avant de perdre pied.

No 1 sous 4 présidents

Ce lundi, le classement technique de l’ATP placera donc en tête un jeune premier de 36 ans et six mois, qui aura été numéro un sous les présidences de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron, ce qui est une manière de mesurer le temps qui passe. Roger Federer entame son quatrième règne au sommet du tennis mondial. Le premier (2004-2008) fut le plus long, le deuxième (2009-2010), ravi à Rafael Nadal, le plus disputé, le troisième (juillet-novembre 2012) le plus éphémère. Celui qui s’ouvre est incontestablement le plus inattendu.

Avec les 500 points de la victoire de Rotterdam, Federer est assuré de rester en tête jusqu’au 18 mars. La suite dépendra de son programme et de l’état de santé de Rafael Nadal. Federer est le premier à reconnaître qu’il a profité de circonstances aussi inattendues que favorables: les blessures de Novak Djokovic, Andy Murray, Stan Wawrinka et, dans une moindre mesure, Nadal.

Carpe diem sur le court

Reste qu’il est pratiquement imbattable depuis son retour en janvier 2017: 14 tournois disputés (dont 4 du Grand Chelem), 9 tournois remportés (dont 3 du Grand Chelem), 63 victoires pour seulement 5 défaites. Il a gagné Wimbledon l’an dernier sans perdre un set et est invaincu depuis le début de l’année 2018 (11 victoires, 15 si l’on comptabilise la Hopman Cup). Bref, il est le meilleur, sans discussion possible.

Le plus étonnant, et peut-être le plus remarquable, c’est qu’il a fait tout cela en ne cessant jamais de se montrer détendu, souriant, heureux d’être là, cueillant le jour présent comme s’il voulait reformer Le Cercle des poètes disparus. Il remplit son agenda au gré de ses envies et des besoins de sa famille. A Rotterdam, il a passé ses matinées à regarder les Jeux olympiques, à transmettre des messages de félicitations aux athlètes suisses, et ses soirées à se raconter longuement en salle de presse, prenant plaisir aux questions les plus anodines, soulignant combien ce que faisait Dario Cologna lui semblait «beaucoup plus dur que le tennis».

La classe et le fair-play

Lors du match historique contre Robin Haase, il a servi une deuxième balle quand tout le monde, adversaire, arbitre, juge de ligne, avaient vu un ace. «Hey, Roger, personne n’a dit qu’elle était out!» s’étonna Haase. «Mais je sais qu’elle est out», répondit Federer. Plus tard, alors que le record de Federer était longuement célébré par les organisateurs sur le court, le Bâlois eut un mot pour son adversaire, obligé de patienter sur son banc. Cela s’appelle le fair-play, la classe, la véritable grandeur.

Sentant qu’il devenait plus qu’un sportif, Roger Federer aimait citer ce proverbe anglais: «It’s nice to be important, but it’s more important to be nice.» Il se le répétait comme un mantra, comme si garder cette phrase auprès de lui l’aiderait à ne pas se perdre. C’était il y a quatorze ans, il devenait numéro un mondial pour la première fois. Rien n’a fondamentalement changé depuis, ni l’homme, ni le joueur. Son obsession était de durer et de rester le même. Dans des domaines aussi volatils que le sport et le star-system, une telle permanence est exceptionnelle. Définitivement.

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