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Roger Federer d'humeur badine, malgré une petite nuit, au lendemain de sa victoire à Londres.

Tennis

Roger Federer, la constance du jardinier

L’octuple vainqueur de Wimbledon est revenu sur son sacre lundi matin. La constance qui l’a amené jusque-là continuera d’être le fil rouge de sa fin de saison

Roger Federer est dans l’œil du cyclone. Autour de lui, le monde s’agite et s’enthousiasme de son nouvel exploit: un huitième titre à Wimbledon, cinq ans après le dernier.

Lui arrive tranquille, un peu chiffonné, un peu en retard, à la conférence de presse du champion, lundi matin dans la salle de conférences de Wimbledon. Le protocole ayant déjà plié bagage, il s’amuse de la quinzaine de smartphones posés devant lui, la fonction enregistreur enclenchée. Sa voix semble travaillée au Vocoder.

Notre éditorial: Et à la fin, c’est Roger Federer qui gagne

La nuit a été courte. Arrivé tardivement à la soirée officielle de clôture du tournoi, il n’a pas ouvert le bal, comme le veut la tradition, avec la vainqueur du simple dames, l’Espagnole Garbiñe Muguruza, pourtant très élégante en robe Alexander McQueen. «Il n’y avait pas de musique, raconte Roger Federer. On y a pensé mais c’était difficile de se lancer comme ça…». La fête a plutôt eu lieu après, avec ses amis. «On était une trentaine dans un bar, jusqu’à 5h du matin. J’ai un peu mal à la tête. Trop de mélanges…».

«Une incroyable performance mentale»

Federer sait aussi se détendre. L’une de ses caractéristiques les plus impressionnantes est sa capacité à compartimenter les différents chapitres de sa vie et à se consacrer pleinement à chacun d’eux. A l’écouter, cette quinzaine londonienne fut «celle de la constance». Si ses matchs ont semblé faciles (aucun set perdu), c’est au prix d’une «incroyable performance mentale. Je suis vraiment resté concentré du début à la fin.»

Le Bâlois, qui partait lundi après-midi en vacances en Corse avec sa grande famille, va désormais se reposer. Il l’assure, il n’a pas encore pensé aux conséquences de sa victoire et aux perspectives qu’elle lui ouvre au classement ATP. Redevenu numéro 3 mondial et numéro 1 suisse (Stan Wawrinka est désormais cinquième du classement ATP, où Henri Laaksonen entre dans le top 100 pour la première fois), déjà qualifié pour le Masters en fin d’année, il pourrait légitiment ambitionner de redevenir numéro 1 mondial.

«Je serais très heureux de redevenir N°1, même une seule semaine, mais ce n’est pas un objectif»

Mais Federer, on l’a dit, compartimente. Et cette question n’est pas encore à l’ordre du jour. «Ce n’est toujours pas un objectif, assure-t-il. Sincèrement, je n’en ai même pas parlé avec mon équipe. Rafa [Nadal] a pris beaucoup d’avance au terme de la saison sur terre battue. Il fallait que je refasse mon retard, ce qui est presque fait. Pour la Race, ça va se jouer entre nous, c’est clair.»

Lire aussi: Federer, chronique d’un sacre annoncé

Le Suisse semble moins accorder de crédit au classement de la Race (qui remet tous les compteurs à zéro en début d’année) qu’au classement technique de l’ATP (qui chaque lundi prend en compte les résultats obtenus sur les 52 semaines précédentes). Il l’avoue, redevenir une fois numéro 1 à l’ATP, quitte à ne pas pouvoir conserver ce rang jusqu’à la fin de saison, serait pour lui une divine surprise. «Y être ne serait-ce qu’une semaine, ça me rendrait très heureux parce que ça serait quelque chose de totalement inattendu pour moi», reconnaît-il.

Il ne tient pas cependant à en faire une obsession. D’une part parce que «c’est trop aléatoire»; d’autre part parce que «le système valide les titres. Et moi, je joue pour gagner des titres, pas pour le ranking. Je vais essayer de juste rester en forme, en bonne santé et on verra. Si je gagne des matchs, le classement suivra.»

Points de bonus sur le Lenglen

En ne jouant que sept tournois cette saison (pour cinq titres, dont deux en Grand Chelem, Roger Federer est troisième mondial, ce qui est quelque part une anomalie. Il le reconnaît. «Le classement ATP tel qu’il fonctionne actuellement ne facilite pas l’émergence d’une nouvelle génération. Aujourd’hui, il faut vraiment faire une demi-finale ou une finale d’un gros tournoi pour percer significativement au classement. L’évolution des balles et des surfaces a donné plus de marge aux meilleurs joueurs. Les nouveaux doivent être très complets pour nous battre, et ils doivent enchaîner plusieurs gros matchs parce que nous sommes plusieurs. Lorsque j’ai débuté, il existait des points de bonus dans le cas où on battait un joueur du top 10. Je me souviens avoir joué Pat Rafter sur le Lenglen à Roland-Garros avec la perspective de gagner deux fois 45 points si je l’emportais. A ce moment-là, ça représentait beaucoup pour moi.»

Il n’y a que lui pour se rappeler ce genre d’anecdotes. Même l’esprit embrumé par quelques vapeurs d’alcool, Roger Federer n’oublie jamais d’où il vient. Il sait où il va mais toujours en vivant le moment présent. En toutes circonstances, le vainqueur de Wimbledon garde la constance du jardinier.

Lire aussi: Roger Federer, s’il n’en reste qu’un

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