C’est le genre de défaite qui fait mal. Roger Federer devait se pincer samedi au moment de quitter le central de Flushing Meadows après avoir été éliminé de très très peu par Novak Djokovic en demi-finale de l’US open 2011 sur le score de 6-7 4-6 6-3 6-3 7-5.

Le Bâlois a mené deux sets à rien, puis a deux balles de match en sa faveur dans le cinquième – à 5-3, 40-15 sur son service – avant de s’incliner. Ce scénario improbable est venu tristement rappeler celui de l’an dernier, sur ce même court, lorsque Federer avait laissé filer deux balles de match en sa faveur, mais sur le service de Djokovic. Ce qui fait une grande différence au niveau des remords. «C’est bizarre d’avoir à vous expliquer cette défaite alors que j’ai l’impression que je devrais être en train de vivre une toute autre conférence de presse. C’est un match que je ne devais pas perdre. Je ne peux que me blâmer», a avoué le numéro trois mondial à l’issue de cette demi-finale à la conclusion cauchemardesque. «Pourquoi l’ai-je perdu? C’est la question à laquelle, il n’est pas facile de répondre.»

Moralement, Federer s’est pris un coup sur la tête. Même s’il prend cela avec philosophie: «L’incertitude, c’est pour ça qu’on aime le sport. Savoir que rien n’est jamais joué jusqu’au dernier moment, que tout peut basculer. C’est beau, mais cruel parfois. J’avais bien mis les choses en place, je me suis donné l’avantage mais je n’ai pas réussi à conclure. C’est dur. Mais ça aurait pu être pire, ça aurait pu être une finale.» Le numéro trois mondial confesse une plus grande maturité dans la gestion du dépit: «Je le vis mieux que je ne l’aurais vécu il y a dix ans. J’aurais été au fond du trou et aurais pleuré pendant une heure. Aujourd’hui, j’ai 30 ans, j’ai vécu de nombreux matchs dramatiques dans ma carrière et je parviens à mieux les gérer. Mais ça fait mal parce que je sais que j’étais à un point de la finale. Ce fut déjà le cas l’an denier. En plus, j’ai vécu des défaites difficiles cette année à Wimbledon et à Roland Garros. Mais il faut aller de l’avant.»

Cette défaite le prive de la finale et de la possibilité de décrocher un sixième titre à l’US open. Pour la première fois depuis 2002, Federer terminera l’année sans aucun titre de Grand Chelem en poche.

«Pour l’instant, je n’y pense même pas. Je sais que j’ai bien joué cette année et que j’ai été tout près d’en gagner un. Cela ne s’est pas fait et il y a des raisons à cela. C’est clair que c’est décevant mais je le répète ce n’est pas la fin du monde. L’essentiel est de savoir que je ne suis pas passé loin et de changer peut-être quelques petits trucs pour la prochaine fois. Je sais que j’ai à un niveau élevé au cours de mes derniers matchs et cela va clairement nourrir mon appétit pour l’open d’Australie.» D’ici là, le numéro trois mondial a encore deux rendez-vous particulièrement importants pour lui cette saison, le tournoi de Bâle, au mois d’octobre, et la finale du Masters à Londres qu’il avait remportée l’an dernier.

Rafael Nadal, vainqueur de l’autre demi-finale face à Andy Murray 6-4 6-2 3-6 6-2, a regardé attentivement le match entre Federer et Djokovic et a avoué compatir à la défaite du Bâlois: «Roger a très bien joué au début du match – il a bien servi et s’est montré très agressif avec son coup droit – et a commis quelques erreurs au début du troisième. Mais après, il n’a pas eu de chance dans le cinquième. Des matchs comme ça, tu n’en perds que très rarement. Et lui, il en perd deux dans le même tournoi en un an. C’est dur. Et probablement encore pire cette année du fait qu’il avait les balles de match sur son service cette fois. Il sert bien. Roger est l’un des meilleurs serveurs au monde et Djokovic a retourné la balle sans réfléchir les yeux fermés et elle était ligne. Je ne trouve pas les mots pour décrire ce point. J’estime que Roger aurait mérité d’être en finale.» C’est certain, l’Espagnol aurait préféré retrouver Federer lundi pour la défense de son titre plutôt qu’un Djokovic contre lequel il a perdu cinq fois en cinq finales cette année.