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Durant le match, Roger Federer s'est présenté sous différentes facettes. La meilleure fut pour la fin.
© EPA/Tracey Nearmy

Tennis

Roger Federer domine son trac puis son adversaire

Pour son grand retour après six mois d’absence, la star a joué avec les nerfs de ses admirateurs. Une fois le bon réglage trouvé, il a sorti Jürgen Melzer sans trop de difficulté (7-5 3-6 6-2 6-2)

L'attente aura duré 192 jours. A en croire Roger Federer, les dernières heures furent les plus longues. La légende du tennis disputait lundi 16 janvier à Melbourne son premier match officiel (la Hopman Cup n'est pas comptabilisée par l'ATP) depuis sa demi-finale à Wimbledon, le 8 juillet. Pour l'occasion, les organisateurs de l'Open d'Australie l'avaient programmé en «night session», équivalent tennis du prime time, à l'heure à laquelle Federer borde habituellement ses enfants.

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Fraîcheur, passion et nervosité d'un débutant

On savait que le Suisse avait conservé la fraîcheur et la passion d'un débutant. Lundi soir, malgré ses 1325 matchs joués, il en avait également la nervosité. Il ne s'en cacha pas, minuit tapante, à la conférence de presse. «Ce matin à l'entraînement, tout allait bien; à l'échauffement, pareil. Et puis cinq minutes avant de rentrer sur le court...

Le Bâlois ne fit son apparition sur le court qu'à 21h30. Ce fut aussitôt un accueil de rock star. La superbe Rod Laver Arena s'y prête à merveille, avec ses tribunes vierges de carrés de géranium et de terrines VIP (ou l'inverse). Le long du mur digital qui ceint le court défilent des portraits de Federer. Sans beaucoup de considération pour le faire-valoir chargé de lui renvoyer la balle, l'Autrichien Jürgen Melzer, la foule l'acclame et brandit des casquettes siglées, des messages écrits sur des morceaux de carton et même quelques drapeaux suisses.

Génie absent

Bien loin de la leçon de tennis que le public (record de spectateurs battu pour un lundi soir à Melbourne) est venu applaudir, le début de match casse très vite l'ambiance. Federer est certes là mais son génie est absent. Il a beau frotter sa lampe, on ne voit jaillir que l'huile de coude. Il est mou, hésitant, approximatif, commet trop de fautes directes, réussit trop peu de premiers services. Son tennis semble en plein jet-lag. Melzer, qui fut 8e mondial avant de chuter dans les bas-fonds en raison de son âge et d'une opération au coude, réussit le break à 4-2. «Je ne m'attendais pas à être aussi nerveux, dira Federer. J'ai du lutter un moment pour trouver le rythme.»

Dans le stade, on entend non pas les mouches voler mais les mouettes crier. Federer revient quand même à 4-4 avec l'aide du filet, empoche la première manche 7-5, breake juste derrière et pense - le public avec lui - que cette fois c'est parti. «A 7-5 2-0, je me suis dit: "voilà, ça va mieux". Et en fait non...» Avec son jeu de gaucher, Melzer se prend pour le sparadrap du Capitaine Haddock, recolle au score, enchaîne cinq jeux d'affilée et égalise à une manche partout (6-3).

«J'étais en train de me consumer»

Deux jours plus tôt, Roger Federer avait expliqué que son manque de compétition ajoutée au revêtement très rapide de la surface l'obligeraient à être extrêmement vigilant sur chaque point. Au début du troisième set, il se rend compte que cette analyse le mène à une impasse. «C'était très exigeant nerveusement, j'étais en train de me consumer. J'ai décidé de changer d'approche, d'être plus relax, de ne me focaliser que sur mes coups.» Voilà à quoi sert l'expérience.

L'effet est quasi immédiat. «J'ai commencé à sentir que je dominais enfin mon jeu. Sur cette surface, il faut vraiment être confiant. Si vous n'entrez pas dans la balle, si vous vous contentez de la renvoyer, vous vous faites avoir.» 

Le retour du maître

Il est passé 23h et le public obtient enfin ce qu'il espérait depuis le début. La grâce de Federer. Cette impression visuelle unique qu'il faut avoir ressenti une fois. L'élégance est aux sportifs ce que la beauté est aux femmes: le plus injuste des privilèges. L'artiste se libère de sa gangue et tout devient fluide, tranchant, aisé, évident. Le match s'achève en récital, que Federer conclut sans fausse note (7-5 3-6 6-2 6-2) ni, finalement, fatigue excessive (2h05 de jeu).

Sur la balle de match, Federer poursuit sa course comme s'il entamait un tour d'honneur. Il ne le fera pas; trop de respect pour Jürgen Melzer. «Quand j'ai su que je jouerai un qualifié, je pensais avoir un petit jeune et je tombe sur lui, rigolera le Bâlois, franchement relax malgré l'heure avancée. On se connaît depuis 20 ans, on avait 16 ans, à Miami.»

Le petit jeune sera son adversaire au prochain tour. Noah Rubin avait à peine un an quand Roger Federer remportait l'Orange Bowl et se décolorait en blond. Le Suisse s'en méfiera («les marges sont très étroites, surtout cette année, surtout pour moi») malgré le 200e rang mondial d'un adversaire qu'il avoue ne pas connaître. «J'ai vu un bout de son match sur mon smartphone. Qu'est-ce que tu peux voir là dessus? Je ne distinguais même pas la balle!» Roger Federer se marre. Il est heureux. Et désormais un peu plus détendu.

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