Roger Federer n'est pas le plus grand joueur du monde, il n'est que numéro un mondial. Le plus grand, il l'a éliminé en trois sets lundi, après un match étrange et une nouvelle performance convaincante. Ivo Karlovic mesure 2,08 m et, de là-haut, les services tombent hors de portée de l'adversaire avec la précision des frappes chirurgicales. Mais, contrairement à Lleyton Hewitt en 2002, qu'il rencontrera en quarts de finale mercredi, Federer n'a pas été le dommage collatéral de la principale arme du Croate, réussissant même à neutraliser l'impact de cet assommoir sur l'ensemble d'une partie où il n'a, une fois de plus, perdu ni un set, ni sa mise en jeu (6-3, 7-6, 7-6).

Le Bâlois l'avoue volontiers, il se réjouissait de cette première confrontation avec le Goliath des Balkans. Il voulait voir ce que cela faisait d'être en face d'un type qui, lorsqu'il serre la main de l'arbitre de chaise, le regarde dans les yeux sans lever la tête. D'avoir une sorte d'albatros déployer ses ailes au filet, si disproportionné qu'on dirait qu'il se tient debout sur une table de ping-pong. Federer n'a pas été déçu: «C'est… différent. Sur son service, la balle arrive avec un angle inhabituel. Sa taille lui offre des possibilités quasiment infinies de variations sur sa mise en jeu.» Face à cette tour de contrôle qui mise l'essentiel sur une première balle très régulière – la deuxième n'est pas mal non plus, avec deux aces et des pointes à 195 km/h lundi –, qui n'offre des possibilités d'échange qu'au compte-gouttes, et qui n'est pas aussi maladroit que l'on voudrait croire à la volée, la recette tient en un mot: concentration. «Il ne faut surtout pas se laisser gagner par la frustration, expliquait Roger Federer après la rencontre. Je savais que je n'allais pas trouver mon rythme. Face à un joueur de ce type, on ne doit pas offrir le moindre chance de break, sinon le set s'envole. La pression est importante.»

Gagliardi éliminée

Après un premier set où Federer a fait parler toute sa science du retour, exploitant la première des deux balles de break qu'il s'était offertes au sixième jeu, Karlovic a changé sa tactique, appuyant sur le revers d'un «Rodgeur» soudain décontenancé. «Je n'arrivais plus à lire ses services», avouera-t-il plus tard. Restait à tenir, en particulier dans les inévitables tie-breaks (depuis le début de la saison, Ivo Karlovic a disputé 23 matches, et 31 jeux décisifs!). Federer a tenu. Mieux, il a contré l'échassier croate sur son terrain favori, réussissant 41 services gagnants contre 40, et limitant le total des aces de Karlovic à 14 – il en avait servi 95 lors des trois matches précédents. «Une performance solide. Je suis vraiment très content», a souri Federer. Lleyton Hewitt, vainqueur en quatre sets féroces de Carlos Moya, a retrouvé la hargne d'il y a deux ans. Le choc s'annonce passionnant. «Ce sera très dur contre Lleyton», admet Federer. L'Australien y croit: «Bien sûr, je suis l'outsider, mais j'ai déjà bien joué contre lui. En Coupe Davis l'an passé, je suis revenu de deux sets à rien et un break contre moi…»

Tim Henman, vainqueur difficile d'un Mark Philippoussis pourtant transparent au premier set (et victime par la suite de plusieurs flagrantes erreurs d'arbitrage), devra se méfier du jeune Croate Mario Ancic. Celui-ci est le dernier à avoir battu Federer sur gazon – au premier tour de Wimbledon 2002. Sjeng Schalken tentera de stopper Andy Roddick, et Sébastien Grosjean affrontera Florian Mayer, l'invité surprise de ces quarts de finale.

Chez les femmes, l'infortunée Emmanuelle Gagliardi peut maudire la pluie de dimanche soir qui l'a coupée dans son élan. Nerveuse sous le soleil du midi londonien, elle a offert le match au prodige français Tatiana Golovin (16 ans), huit minutes et autant de fautes directes qui privent la Genevoise d'un défi face à Serena Williams. Dommage.