La foule l'attendait et Roger Federer n'a pas manqué le rendez-vous. Dans un stade comble – pas loin de 6000 spectateurs – et tout acquis à sa cause, le Bâlois a répondu présent, remportant son premier match d'après Wimbledon face à l'Espagnol Marc Lopez (ATP 190), issu des qualifications. Non sans donner quelques sueurs froides au public… et aux organisateurs. Référence à ces deux balles de match galvaudées au deuxième set, sur son service à 5-4, qui remirent son adversaire en selle alors que l'affaire semblait classée. On jouait depuis 1 h et 10 minutes, et on se disait qu'une victoire aussi rapide ne pouvait mieux tomber.

Mais voilà, le héros est fatigué. «Très fatigué même», concédait-il au terme de cette rencontre finalement gagnée en trois sets. Cela s'est ressenti sur le court, où Roger Federer a alterné le très bon et le médiocre, manquant des coups inhabituels, mais gratifiant également le public de quelques gestes qui suffisaient à son bonheur.

Il faut dire que le vainqueur de Wimbledon n'est pas du genre à ménager ses efforts. Pensez qu'hier il s'est encore fendu en quatre en venant saluer le public sur le coup des 13 heures. Applaudissements, accolades, interviews, séance photos et autographes au programme. Pour marquer le coup, les organisateurs du tournoi avaient sorti de leur besace un cadeau bien de chez nous, à savoir une vache du pays resplendissante, et pas du tout déconcertée de fouler le central. Son nouveau petit nom? «Juliette». Pour la peine, le Bâlois n'aura pas besoin de rentrer chez lui avec ce trophée somme toute encombrant. «Elle sera mieux ici que dans les rues de Bâle.» Il pourra la laisser en pension chez le paysan qui s'en occupait jusqu'alors, ce dernier s'étant engagé à réserver sa production laitière au seul Federer.

Quelques heures plus tard, sur le coup des 18 heures, plus de vache, mais un Espagnol coriace en diable. Marc Lopez entendait bien profiter de ce coup de projecteur inattendu pour ne pas mordre la terre sans combattre. Peu à son affaire en début de rencontre, comme intimidé par son adversaire du jour qui affiche pourtant le même âge que lui, Lopez a fini par donner du fil à retordre à un Federer qui aurait peut-être perdu un tel match en d'autres circonstances. «C'est possible. Mais au fond de moi, je ne voulais pas décevoir tout ce monde qui s'est déplacé pour me voir jouer. Je me suis vraiment battu, j'ai donné tout ce qu'il me reste de force.» De toute manière, on lui demandait simplement de gagner, avec ou sans panache. C'est désormais chose faite, et les organisateurs ont maintenant l'assurance de remplir une nouvelle fois le court central.

Avec cette victoire, «Rodgeur» soigne aussi ses statistiques à Gstaad. Pour sa sixième participation, il a remporté ce qui représente seulement sa deuxième victoire ici. Heureux présage? Pour le moment, pas question de parler d'objectif précis. «Je dispose d'un jour de repos, et cela tombe à point nommé. Désormais, je me suis acclimaté à la terre et à l'altitude.» Prochain adversaire: le Français Jean-René Lisnard (ATP 99), tombeur du jeune prodige vaudois Stanislas Wawrinka.

Federer sera-t-il revenu sur terre d'ici là? On en doute. Sa présence et chacun de ses gestes engendrent un tel remue-ménage que le Bâlois aura du mal à retrouver un semblant d'énergie. «Je comprends cette excitation, et je dois m'habituer à mon nouveau statut. Avant, j'étais un joueur de tennis normal, maintenant je suis un peu comme le héros de la nation. Les sollicitations pleuvent de partout, chacun de mes gestes est suivi, chacun de mes déplacements attire la foule. J'en suis presque à regarder sous mon lit avant de me coucher pour voir si quelqu'un ne s'est pas caché!»