Comme lors de ses précédentes rencontres de Coupe Davis, Roger Federer a ignoré la présence de Jakob Hlasek, hier à la halle Saint-Jacques de Bâle. Sans pitié pour Todd Martin (lire ci-dessous), il a géré son match sans jeter un seul regard à son capitaine. L'excellente ambiance qui a régné cette semaine au sein de l'équipe de Suisse n'a donc pas entraîné un changement d'attitude du Bâlois. Le nouveau leader de l'équipe suisse s'est justifié après la rencontre, expliquant que telle était sa manière d'être pendant les matches. Une question se pose néanmoins: Roger Federer est-il toujours en froid avec l'ancien numéro 1 helvétique? Stéphane Oberer, ancien capitaine de l'équipe suisse (1993-98) et actuel directeur technique national, n'a pas de réponse: «Roger n'aime pas trop qu'on lui parle pendant un match, c'est un fait. Mais comme je ne fais pas partie du groupe, je suis mal placé pour répondre.» Il est par contre l'interlocuteur idéal pour évoquer le rôle parfois ingrat de capitaine en Coupe Davis: «On n'exerce pas cette fonction pour la galerie. Le capitaine doit s'adapter aux joueurs, et non le contraire. Il doit aussi privilégier le dialogue afin de faire passer au mieux sa façon de travailler.»

Avec Jakob Hlasek, Marc Rosset et Roger Federer, appelé dans l'équipe à deux reprises en 1998 pour qu'il s'intègre, le Genevois a coaché la crème du tennis suisse. Il peut donc comparer leurs aptitudes à gérer la pression de la Coupe Davis. «Tous trois aiment l'adrénaline liée à cette compétition. Pour moi, l'important était d'utiliser cette pression de façon positive. Pour éviter qu'elle paralyse le joueur.»

Une tâche qui nécessite de l'ouverture d'esprit et une certaine dose de psychologie. «Selon moi, un capitaine doit être intuitif. S'il sent qu'un joueur est bien dans le match, il peut le laisser seul pendant une pause. Certains, par contre, comme Marc (ndlr: Rosset) par exemple, ont besoin d'être constamment soutenus. Il faut s'adapter. C'est ce qui faisait notamment la force de Yannick Noah avec la France.» Noah, le modèle, une véritable locomotive qui mettait son charisme au service de l'équipe. «J'étais moi aussi un capitaine expressif, commente Stéphane Oberer. Pour faire passer mon message, je parlais beaucoup. J'utilisais aussi mes bras, mes yeux… Mon corps était tellement pris par le jeu que je pouvais passer sept heures sur ma chaise sans même m'en rendre compte.»

Un appel du pied à Marc Rosset

Quand il regarde derrière lui, le Genevois ne garde que des excellents souvenirs de la Coupe Davis: «C'est vraiment un événement à part, de l'émotion à l'état pur. L'unique occasion pour un joueur d'avoir tout le pays derrière lui. Je trouve que pour une telle occasion, on devrait laisser les querelles d'homme de côté. C'est dommage de prendre la Coupe Davis en otage.» Un bel appel du pied à Marc Rosset…

Revenant sur le déroulement de cette première journée, Stéphane Oberer se montrait satisfait: «Avec ce score de 1-1, la Suisse est partie de la meilleure des façons. La victoire de Roger est importante. Et avec la blessure de Todd Martin, l'équipe américaine sera peut-être diminuée dimanche. Le double pourrait bien une nouvelle foi s'avérer décisif.»