Tennis

Roger Federer, le héros était fatigué

Battu en demi-finale des Masters samedi par David Goffin, le Bâlois a mis fin à une saison 2017 inoubliable et inespérée, où il aura su se faire rare pour redevenir exceptionnel

Entamée de la plus merveilleuse des façons en janvier à Melbourne, où il a de son propre aveu «vécu les plus beaux jours de [sa] vie», la saison 2017 de Roger Federer s’est achevée samedi 18 novembre d’une manière un peu inattendue. Le Bâlois a été sorti en demi-finale des Masters par le Belge David Goffin, vainqueur 2-6 6-3 6-4. Le Liégeois, qui n’avait jamais battu Federer lors de leurs six précédentes confrontations, en parut le premier surpris. Sa poignée de main au filet fut plus respectueuse et gênée que triomphante. Goffin admire beaucoup Federer, mais c’est bien lui qui affrontera dimanche soir en finale (19h) le Bulgare Grigor Dimitrov, alias «Baby Federer».

«Papy» Roger, lui, est en vacances. «Un jour plus tôt que prévu», a-t-il même eu la force de plaisanter en arrivant en conférence de presse. S’il avait remporté ses trois matches de poule, le Bâlois n’avait pas encore sorti un grand match de sa raquette à Londres. La grande forme reviendra peut-être pour la demi-finale, écrivions-nous jeudi. Malgré un premier set facilement remporté, cet état de grâce qui semble souvent le transfigurer lorsque les tournois entrent dans leur phase décisive ne survint pas. Ne restaient que la fatigue physique et l’usure mentale.

Quatre sur quatre contre Nadal

A l’heure du bilan, Roger Federer a disputé cette saison (hors exhibitions) 57 matches et 12 tournois. Il a gagné 52 parties, en a perdu 5. Il a remporté 7 titres, dans l’ordre: l’Open d’Australie (Grand Chelem), Indian Wells (Masters 1000), Miami (Masters 1000), Halle (ATP 500), Wimbledon (Grand Chelem), Shanghai (Masters 1000), Bâle (ATP 500). On retiendra également ses quatre matches, tous gagnés, contre Rafael Nadal à Melbourne (finale), Indian Wells (8e de finale), Miami (finale), Shanghai (finale).

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La défaite contre David Goffin est inattendue, mais ne peut être qualifiée de contre-performance; le Belge, excellent joueur malgré son déficit de puissance, est membre du top 10. En 2017, Roger Federer ne s’est véritablement raté que deux fois: son deuxième tour à Dubaï perdu contre le Russe Evgueni Donskoy, 116e mondial, malgré trois balles de match, et son match de reprise sur le gazon de Stuttgart (après avoir zappé toute la saison de terre battue) contre Tommy Haas, malgré là encore une balle de match en sa faveur. En finale du tournoi de Montréal le 13 août, où il perd contre l’Allemand Alexander Zverev, Roger Federer se blesse au dos. Cette blessure perturbe sérieusement sa préparation pour l’US Open, et explique sa défaite en quart de finale contre Juan Martin Del Potro.

17e mondial le 16 janvier

Voilà pour les faits et les chiffres. Mais il ne faut pas oublier ce dont on parle et d’où l’on vient. Le 16 janvier 2017, lorsque Roger Federer entre dans la Rod Laver Arena de Melbourne pour y affronter l’Autrichien Jürgen Melzer, personne ne sait ce qui va se passer. Pas même lui. Il est 17e mondial, peut tomber au-delà de la 30e place s’il ne passe pas la première semaine. Il n’a plus joué en compétition depuis 192 jours et considère déjà le fait d’être revenu sur un court comme une victoire. Les suiveurs sont dans la même expectative. Jamais exprimé mais largement partagé, le mot d’ordre général est: intéressons-nous à Roger, nous aurons bien le temps de parler des autres par la suite…

Et puis Djokovic tombe. Murray tombe. Federer anéantit Berdych, maîtrise Nishikori, surclasse Misha Zverev et redevient Federer. Son match contre Stan Wawrinka est un morceau de bravoure, la finale contre Nadal une odyssée. On n’a finalement fait que parler de lui, et cela va durer toute la saison. Mais cette insolente facilité cache son lot de tensions et de douleurs. Federer est un champion mais aussi un homme. Melbourne a rendu le public exigeant. Tout le monde veut le voir gagner. Lui ne veut pas décevoir et chaque tournoi l’épuise. Son visage se marque. A Bâle, il confesse qu’il n’est pas beau à voir le matin au réveil. A Londres, le héros était fatigué. Même les génies du tennis ont besoin de vacances.

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