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Lundi, le classement technique de l’ATP placera en tête un nouveau numéro un de 36 ans et six mois. Roger Federer entamera un quatrième règne au sommet du tennis mondial.
© KOEN SUYK / EPA

Tennis

Roger Federer, comme immortel

Vainqueur 4-6 6-1 6-1 de Robin Haase au tournoi de Rotterdam, Roger Federer est assuré de devenir lundi, pour la quatrième fois de sa carrière, numéro un mondial. A 36 ans et six mois. Le plus beau des accomplissements pour celui qui, depuis son plus jeune âge, n’a eu d’autre obsession que durer

Il a encore pleuré. Roger Federer n’a pu retenir ses larmes après sa victoire sur Robin Haase, en quart de finale du tournoi de Rotterdam (4-6 6-1 6-1). Un simple quart de finale, avec des larmes, des discours, une cérémonie et même un trophée.

Lundi, le classement technique de l’ATP placera en tête un nouveau numéro un de 36 ans et 6 mois. Roger Federer entamera un quatrième règne au sommet du tennis mondial. Le premier (2004-2008) fut le plus long, le deuxième (2009-2010), ravi à Rafael Nadal, le plus disputé, le troisième (juillet-novembre 2012) le plus éphémère. Celui qui s’ouvre est incontestablement le plus inattendu. Il ne durera peut-être que quinze jours, mais qu’importe.

Federer plus fort que le temps qui passe

Le Bâlois bat le record d’Andre Agassi, numéro un mondial à 33 ans et 4 mois en 2003, et pour quelqu’un qui, depuis ses débuts, n’a eu de cesse de durer il n’y a pas de plus bel accomplissement. Car ce n’est pas Agassi que Federer domine en réalité. Il bat le temps qui passe. Il se montre plus fort que l’âge, plus fort que la vieillesse, que la dégénérescence des cellules. Plus fort que son propre corps. Il n’y avait finalement que Federer pour battre Federer.

Longtemps, il ne s’en crut pourtant pas capable. Trop de planètes à aligner à la perfection, trop d’éléments qu’il ne pouvait pas maîtriser. Il s’était bien laissé brièvement prendre au jeu l’été dernier, mais il l’avait aussitôt payé d’une blessure au dos. Un avertissement avec frais. Mathématiquement, le coup restait jouable mais, au début de la saison 2018, il en doutait toujours. «Je devais conserver mon titre à Melbourne, ce que je n’étais plus parvenu à faire depuis des années», explique-t-il aujourd’hui. Aidé par les circonstances, il parvint presque facilement à remporter le tournoi. Pas de bobos, pas trop de fatigue. «Je n’ai pris aucun anti-inflammatoire durant la quinzaine», souligna-t-il, étonné, sans que personne ne lui pose la question. Il confia cependant une certaine lassitude. «J’ai besoin de disparaître quelque temps», avait-il lâché à la veille de quitter Melbourne.

Demande de «wild card»

Nous l’avions encore croisé à l’escale de Dubaï, assis à l’arrière d’une voiture électrique, en tête d’un petit cortège chargé d’enfants et de valises se frayant un passage à coups de klaxon dans l’aéroport. Il portait sur le visage les stigmates d’une courte nuit malgré la première classe, sur les genoux l’un de ses fils et sur l’avant-bras le trophée de l’Open d’Australie.

A peu près au même moment, son agent, Tony Godsick, envoyait pourtant un e-mail à Richard Krajicek (sans doute assorti d’un bulletin de versement) pour l’avertir qu’il n’était pas impossible qu’il demande une «wild card» pour le tournoi de Rotterdam. «J’ai quand même pu couper une bonne dizaine de jours, me reposer, passer du temps en famille», nous expliqua Federer jeudi.

La reconquête du trône était lancée telle une virée EasyJet: un saut de puce effectué avec le minimum de bagages (le physio Daniel Troxler, le coach Ivan Ljubicic) et le voici sur les bords de la Meuse, plutôt qu’au tournoi de Dubaï (le 26 février), trop éloigné à la fois sur la carte et dans le calendrier. En revenant le 12 février, Roger Federer ratait certes Bâle-Manchester City mardi et la Saint-Valentin mercredi, mais il devançait Rafael Nadal, annoncé seulement le 26 février au tournoi d’Acapulco. Il n’y avait que trois matches à gagner à Rotterdam, une place en demi-finale à atteindre le samedi et les 155 points de retard sur Nadal étaient comblés. Même avec un dos parfois délicat, il suffisait de se baisser.

Arrivée massive des médias

Roger Federer a conquis la une comme Neil Armstrong la lune. On oubliera vite ses victoires, expéditive contre Bemelmans, poussive contre Kohlschreiber, attentive contre Haase. Sa présence en demi-finale est un petit pas pour le joueur, un bond de géant pour le jeu. Le battage médiatique autour de l’événement, l’arrivée massive et tardive des médias internationaux, la diffusion du match en direct sur la RTS, tout cela semblait un peu disproportionné pour un ATP 500 et pour Robin Haase, 33e mondial à son meilleur, deux titres à Kitzbühel et deux finales à Gstaad en juillet quand les ténors sont en vacances, n’est pas à proprement parler un exploit.

Le Néerlandais, qui avait déjà donné du fil à retordre dix jours plus tôt à la France en Coupe Davis, s’efforça de se montrer à la hauteur de l’événement. Il ravit le premier set à Federer (6-4), en obtenant le break à 4-4 sur une attaque bien timorée du Suisse qu’il n’eut aucune peine à contrer.

Le stress comme principal adversaire

Ce ne fut pas une énorme surprise. La veille déjà, le Suisse avait sauvé deux balles de set face à Philipp Kohlschreiber. En manque de repères dans l’immensité émeraude de la salle Ahoy (14 000 places), il devait en sus lutter contre les jambes en coton, la gorge sèche, les mains moites et les papillons dans l’estomac. La trouille, quoi. Le stress, oui, à 36 ans, était le principal adversaire de Federer. Là encore, c’est surtout contre lui-même qu’il s’est battu cette semaine. La tension des grands matches, ou des grandes occasions, est une vieille adversaire, qu’il parvient à dompter sans la discipliner totalement. «Ce sont de bonnes sensations», assurait-il jeudi soir.

A condition de savoir les évacuer. La perte du premier set eut un effet libérateur. Roger Federer s’attacha dès le début de la deuxième manche à être plus propre, plus tranchant. Un break d’entrée pour se rassurer, et le reste n’était plus qu’une formalité (6-1 6-1). Il lui reste une demi-finale à disputer. Et peut-être un tournoi à gagner, s’il ne s’est pas vidé émotionnellement. Au fond peu importe, l’Histoire est déjà écrite.


Les sept plus grands records de Roger Federer

Le tennis regorge de milliers de statistiques qui donnent vie à des records parfois improbables. Roger Federer n’en détient ainsi pas loin d’une centaine, rassemblée dans un très long article Wikipédia intitulé «Records personnels de Roger Federer». Voici, de notre point de vue, les sept les plus impressionnants et les plus significatifs.

1) Plus grand nombre de titres en Grand Chelem: 20

C’est le record le plus prestigieux du tennis, celui que tout le monde connaît. Après avoir rejoint puis dépassé Pete Sampras en 2009 (14e titre à Roland-Garros, 15e à Wimbledon), Federer a longtemps stagné à 17 titres (Wimbledon 2012) avant de connaître une nouvelle période faste depuis son retour de blessure en janvier 2017. Le tennis féminin fait mieux (Margaret Court Smith 24, Serena Williams 23, Steffi Graf 22), mais Roger Federer a réussi sa moisson malgré la concurrence de Rafael Nadal (16 titres du Grand Chelem) et Novak Djokovic (12 titres).

2) Plus grand nombre de finales consécutives en Grand Chelem: 10

Roger Federer a atteint 30 fois la finale d’un tournoi du Grand Chelem, dont 10 fois de suite entre Wimbledon 2005 et l’US Open 2007, soit plus de deux saisons pleines. Il détient également la deuxième plus longue série, 8 finales consécutives de Roland-Garros 2008 à l’Open d’Australie 2010. Il est le seul joueur à avoir disputé au moins 5 fois chacune des finales du Grand Chelem et le seul à avoir disputé 11 finales d’un même tournoi (Wimbledon).

3) Plus grand nombre de quarts de finale en Grand Chelem: 54

Marc Rosset estime que c’est «sans doute son record le plus hallucinant». Roger Federer est allé 54 fois au moins en quart de finale en Grand Chelem, largement plus que le second dans ce classement (Jimmy Connors, 41 quarts de finale). C’est aussi bien plus que les joueuses qui le devancent au nombre de victoires: Margaret Court Smith 43 quarts de finale, Serena Williams 47, Steffi Graf 42. «Mis bout à bout, ces 54 quarts représentent plus de 12 saisons consécutives», s’enflamme Marc Rosset.

4) Plus grand nombre de semaines comme numéro un mondial: 303

Le classement technique de l’ATP étant mis à jour chaque lundi, la semaine est l’unité de mesure du règne d’un numéro un mondial. Roger Federer entamera le lundi 19 février sa 303e semaine à la première place. Il l’a d’abord été de février 2004 à août 2008 (237 semaines consécutives, autre record), puis de juillet 2009 à juin 2010, puis à nouveau de juillet à novembre 2012, ce qui lui permet de ravir le record de Pete Sampras (286 semaines) et de passer le cap des 300 semaines.

5) Plus vieux joueur numéro un mondial: 36 ans, 6 mois et 11 jours

Là encore, c’est la marge avec laquelle Federer bat ce record qui donne la mesure de l’exploit. Le précédent record appartenait à Andre Agassi, numéro un mondial en septembre 2003, à 33 ans et 4 mois. Trois ans de plus, dans un sport aussi exigeant physiquement et psychologiquement que le tennis, c’est un gouffre. Souvent, la motivation décline avant le corps. Federer continue de s’amuser sur un court comme un jeune homme.

6) Seul joueur à avoir remporté les quatre tournois du Grand Chelem sur cinq surfaces différentes

Combien de tournois du Grand Chelem compterait Novak Djokovic si la surface de l’Open d’Australie n’avait été changée? Et Rafael Nadal aurait-il remporté Wimbledon si le gazon n’avait été ralenti? Ces questions ne se posent pas pour Roger Federer, seul joueur à avoir gagné les quatre tournois du Grand Chelem sur cinq surfaces différentes: Rebound Ace et Plexicushion à Melbourne, terre battue à Roland-Garros, gazon à Wimbledon, Decoturf à Flushing Meadows.

7) Aucun match perdu sur abandon depuis 18 ans

Roger Federer perd parfois, déclare forfait très rarement (trois fois dans sa carrière, la plus célèbre avant la finale des Masters 2014) et n’abandonne jamais. Alors que les blessures sont de plus en plus fréquentes dans le tennis professionnel, lui est épargné depuis un tournoi juniors à l’Astrid Bowl de Loverval en 1998. Une statistique ahurissante qu’explique son jeu peu traumatisant et qui démontre sa parfaite gestion de carrière.

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