Sans convaincre totalement sur le fond, Roger Federer a exhumé une sorte d'allant spontané qui, sur la forme, dit beaucoup. Les «come on» dont il s'exhorte, certes, ont aussi l'apparence suspecte de la fébrilité: «Quand j'étais décontracté, j'avais moins d'émotions à exprimer.» Mais en abandonnant une parcelle de son pouvoir et, tout ou partie, de son immunité, le Bâlois semble réconcilier des aspirations que, longtemps, sa conscience peinait à arbitrer - le besoin de maîtriser, allié à la nécessité de s'épancher, à la liberté de s'émouvoir.

«Les Jeux olympiques ont stimulé quelque chose en moi, avoue-t-il. Je suis arrivé à New York dans un excellent état d'esprit. En outre, je n'ai pas toujours eu l'occasion de montrer mes qualités de battant, et j'apprécie cette chance.»

Au gré de sa victoire sur Gilles Müller (7-6 6-4 7-6), Roger Federer a compensé un déficit d'aisance par un supplément d'âme, et pallié une érosion de son emprise territoriale par des postures d'assaillant à la volée. Avant de remporter le double à Pékin, le «maître» montait au filet comme on irait à un cours de répète. Aujourd'hui, il y va la fleur au fusil, avec des allégresses «edbergienne».

Sa demi-finale, samedi, sera la dix-huitième d'affilée en Grand Chelem: «C'est sans doute la statistique dont, plus tard, je serai le plus fier. La constance ne fut jamais une aptitude naturelle pour moi. Je l'ai acquise durement, patiemment.» Sans rancune: «Je n'ai pas un esprit revanchard. Il y a cinq ans, je devais convaincre et lutter avec mes ambivalences. Aujourd'hui, j'aime le tennis et je n'ai plus rien à prouver à personne.»