La saison 2019 de Roger Federer n’est pas encore tout à fait terminée. Cette semaine, le Bâlois est attendu comme une rock star dans cinq pays d’Amérique latine (Chili, Argentine, Colombie, Mexique, Equateur) où il disputera cinq matchs-exhibitions en six jours. Un périple de 14 000 kilomètres qui devrait lui rapporter 10 millions de dollars, soit trois de plus que l’ensemble de ses gains en compétition officielle cette saison.

En 2019 plus que jamais (mais peut-être moins qu’en 2020), Roger Federer est un joueur à part sur le circuit ATP. Depuis bientôt une dizaine d’années, on répète à l’envi qu’il faut profiter de ses dernières saisons pendant qu’il en est encore temps. Pendant qu’il est encore là. Les spectateurs se pressent pour le voir, le moindre de ses entraînements public déplace davantage les foules que certains matchs, mais il semble que personne n’est plus conscient de cette obsolescence programmée que Federer lui-même. Souvent, il nous est apparu entre deux temporalités, ce qui est la définition même de la nostalgie. Il était à la fois acteur et spectateur, dedans et en retrait, concentré sur son objectif et détaché de son corps, flottant dans une sorte de near death experience (expérience de mort imminente) qui nimbait chacune de ses apparitions d’une lumière plus blanche que crépusculaire.