Endimanché et seigneurial, Roger Federer est entré à Wimbledon en maître de céans, salué avec déférence par les notables du cloître – mais aussi par les populaires, les thuriféraires, les grabataires, les roturières... Ovation générale pour «the greatest», dont le costume de favori, tout juste sorti d’un atelier de couture, a porté l’état de grâce (de l’anglais «grass», pour l’herbe) à des hauteurs stratosphériques: pantalon et veste à col relevé pour l’entrée en scène, gilet ceintré pour le prologue, blancheur sillonnée de dorures pour le récital.

«Le style de la veste est un peu militaire, mais il fallait changer. J’ai confectionné ce costume avec les stylistes de mon équipementier», sourit Roger Federer. Quelques minutes plus tard, Serena Williams s’est échauffée dans un manteau de pluie aux contours suggestifs, lestée de deux boucles d’oreille en en or massif.

Les favoris défilent en mode «old school», parés pour le carnet de balles. Avec moins de coquetterie, mais avec la même élégance, Roger Federer a déclassé l’honorable Lu, ATP 64, en trois sets (7-5 6-3 6-2). En équilibre précaire sur des chevilles enrubannées, le Taïwanais a résisté bravement, intelligemment, vainement. A 0-1 0-30, un vilain moqueur a crié: «You can do it!» Hilarité générale. Cinq minutes plus tard, Lu a réussi le break et, contrit, le central s’est muré dans un silence assourdissant.

«Le premier set fut très difficile, reconnaît Roger Federer. Mais ici, j’évolue en confiance. Je me sens à la maison. J’aime cette atmosphère respectueuse et sacrée.» Le prochain adversaire du maître sera l’Espagnol Guillermo Garcia-Lopez (ATP 50), à l’aise sur surface rapide.