Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
«Dans le tunnel du vestiaire, j’essayais déjà de positiver en me disant que désormais, j’étais en vacances», a dit Roger Federer jeudi après sa défaite en quart de finale de l’US Open.
© SHANNON STAPLETON / Reuters

Tennis

Roger Federer fait son mea culpa, son bilan et ses valises

Eliminé de l’US Open par Juan Martin del Potro (7-5 3-6 7-6 6-4), le Bâlois a détaillé les multiples petits éléments qui, mis bout à bout, ont fait qu’il n’était pas dans les conditions de remporter un vingtième titre du Grand Chelem

Le 6 septembre 2017, Roger Federer aura donc perdu à New York son premier match en Grand Chelem d’une saison commencée en janvier à Melbourne. Une seule défaite après dix-huit victoires et deux titres mémorables (Open d’Australie, Wimbledon), mais c’est comme si le ciel s’effondrait. Bon, peut-être pas le ciel, mais disons le toit du Stade Arthur Ashe.

Roger Federer a perdu contre Juan Martin del Potro en quarts de finale de l’US Open (7-5 3-6 7-6 6-4) et ce n’est pas exactement ce qui était prévu.

Je ne me suis jamais vu vainqueur avant l’heure, je n’ai jamais pensé que ce serait facile

Roger Federer

Dans cette défaite aux allures de vertige, il y avait bien sûr la déception de manquer un nouveau Federer-Nadal. C’est la sixième fois que les deux joueurs les plus titrés en Grand Chelem se ratent à l’US Open. Leur face-à-face de Melbourne Park avait été un monument; celui de Flushing Meadows, ceinture de numéro un mondial en jeu, aurait été un événement. Seul Nadal, facile vainqueur plus tôt dans la journée du Russe Andrei Rublev (6-1 6-1 6-2), sera au rendez-vous des demi-finales vendredi.

Des douze questions posées à l’Espagnol mercredi soir en conférence de presse, seule la onzième avait commencé par: «Si vous jouez contre Del Potro…». Tout le monde voyait Federer au rendez-vous. «Vous. Pas moi, a précisé le Bâlois. Je ne me suis jamais vu vainqueur avant l’heure, je n’ai jamais pensé que ce serait facile.»

Trois bandes sous le bandeau

Sa défaite pouvait s’envisager; moins cet étrange sentiment de le (re) découvrir simple mortel. Jamais Federer n’a semblé maîtriser son sujet. Tendu, parfois agacé, il a rarement trouvé le bon timing dans un match disputé sur un faux rythme. Sous son bandeau Nike, son front paraissait sponsorisé par la marque aux trois bandes. «Je suis fatigué, les vacances vont me faire du bien», a-t-il confessé à l’heure de faire le bilan et les valises.

Il y a toujours plus à apprendre d’une défaite que d’une victoire. Surtout pour le public. De ce Federer-Del Potro, il ne faudra pas retenir que l’un a bien joué et l’autre non. C’est plus subtil que ça. L’Argentin a certes mieux négocié les points importants, c’est une évidence: 3/6 sur les balles de break et 3/3 sur les balles de set ou de match. Federer n’était pas si loin, ses choix n’ont pas forcément été mauvais. Il a parfois manqué de réussite, ce qu’il nomme «that little magic», qui fait que la balle est bonne ou non.

Ainsi dans la quatrième manche, lorsque Del Potro sert à deux points du match (5-4, 30-30), il retourne bien, mène l’échange et monte au filet. Jusqu’ici c’est parfait, mais sa volée, qui peut lui donner une balle de break et le remettre en selle, part à l’horizontal dans la bâche. Il a bien joué et mal joué à la fois dans le même point.

«Le meilleur a gagné»

C’est parfois comme cela, le tennis, mais il n’y a pas de hasard. Le succès n’est jamais que le fruit d’une ambition portée à maturité dans un contexte précis. «J’ai joué l’esprit libre», a dit Del Potro. Ce n’a jamais été le cas de Federer, plombé par de petites erreurs chaque fois qu’il aurait voulu s’envoler. «Je n’ai jamais été en sécurité sur mon service, je sentais que je n’avais pas de marge.»

Sa blessure au dos, début août à Montréal, l’incertitude qui s’est ensuivie, la préparation tronquée, le manque de rythme et de repères en début de tournoi: tout cela a fini par se payer. «Je n’ai pas été perturbé à l’US Open mais je l’ai été dans ma préparation pour l’US Open», expliquait Federer, sensible à la nuance et au fait que cela ne devait rien retirer au mérite de son adversaire. «Le meilleur a gagné.»

Lorsque plus rien ne va, il reste Mirka

Lorsque plus rien ne va pour Roger Federer, il reste Mirka. Dans le troisième set, celui où tout s’est joué, madame Federer a tenté de prendre les choses en main. Elle lui a signifié son irritation devant son manque d’initiative (à 4-2 15-30 pour Del Potro), et l’a encouragé à prendre plus de risques en retour, ce qui a poussé quasi immédiatement l’Argentin à la double faute et à la perte de son service.

Dès lors Mirka n’a plus lâché Roger jusqu’à ce tie-break où il a manqué quatre balles de set. Sur l’une d’elles, qu’il n’avait pas forcément mal jouée mais que Del Potro a sauvée d’un énorme retour, il a eu pour sa femme une moue désolée et un petit geste d’impuissance.

Del Potro le zombie

Au tennis, on gagne rarement juste par opportunisme. Mercredi soir, le meilleur joueur, celui qui était le mieux préparé, le mieux dans sa tête, a gagné. Son génie est de masquer son potentiel sous son éternel air de miraculé en sursis. «delPo» est un rescapé, il n’y a pas d’arnaque sur les épreuves qu’il a traversées, et son come-back depuis un an et demi vaut bien ceux de Nadal et Federer. Mais il sait mettre tout cela en scène avec cet art très argentin de la dramatisation permanente pour tendre des pièges à ses adversaires. Un match de Del Potro, c’est comme un film de zombie: dix fois vous pensez l’avoir achevé et il se relève encore. On a beaucoup insisté sur sa puissance et son courage. On mésestime son intelligence.

La première règle si vous vous retrouvez seul en milieu hostile est: «N’attendez pas, basculez immédiatement en mode survie.» Juan Martin del Potro applique ce principe à la lettre. Le match avait à peine débuté que déjà il mesurait ses efforts et ménageait ses effets, comme si chaque pas, chaque geste, chaque coup allaient s’additionner à la fin. Lent, calme, précis; le Suisse c’était lui. A l’image de ses supporters, qui se sont réveillés comme un seul homme sur la première balle de break (convertie, à 5-5 30-40 dans la première manche), il joue à fond sur l’effet de surprise.

Décider seul de l’issue d’un match

Confronté à sa faiblesse chronique en revers, il a su faire de ce point faible un atout. Ses revers à deux mains, très appliqués, rarement frappés, déposaient des balles molles dans des zones où Federer, ne pouvant guère en faire quelque chose, était renvoyé à ses doutes. Et son coup droit, frappé à plat, qu’il vient souvent chercher côté revers en se tournant dans un geste ample qui rappelle le Marc Rosset de la belle époque, est toujours un coup de massue.

Dans ses bons jours, Juan Martin del Potro sait qu’il est le seul joueur du circuit – avec Stan Wawrinka – à pouvoir décider seul de l’issue d’un match, indépendamment de l’adversaire. Même s’il s’agit de Roger Federer. Ou de Rafael Nadal.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL