Une très très longue accolade. Elle en dit long sur l’émotion et le relâchement ressentis par les deux joueurs. Roger Federer et Juan Martin Del Potro viennent d’achever le match en trois sets le plus long de l’ère open du tennis. 4 h 26 d’une rencontre ahurissante d’intensité. 4 h 26 de palpitations difficilement supportables pour les spectateurs extatiques du Centre Court. Un scénario digne du meilleur Hitchcock.

Au bord des larmes, Juan Martin Del Potro a besoin de poser sa tête sur l’épaule de Roger Federer. Par cette étreinte, les deux hommes évacuent la tension d’un match qui semblait refuser de les départager. Une heure aura séparé les deux breaks de Federer dans cette improbable troisième manche sans jeu décisif. Puis, à 18-17, le Bâlois parvient à convertir la 2e balle de match qui s’offre à lui. Le numéro un mondial s’impose (3-6 7-6 (7/5) 19-17) et décroche, au bout de cette demi-finale marathon, la première médaille suisse de ces Jeux, sa première médaille individuelle. Retour en mots sur cette mémorable journée avec Federer.

Le Temps: Comment vous sentez-vous?

Roger Federer: Emotionnellement vidé. Je ressentirai certainement la fatigue demain, mais pour l’instant ça va.

– Qu’avez-vous ressenti lorsque sa balle est allée dans le filet à la fin du match?

– J’ai été envahi par l’émotion. J’avais déjà eu une opportunité avec une première balle de match que j’ai terminée par une volée ratée. C’était très dur nerveusement. L’enjeu était important pour moi, mais aussi pour la Suisse qui attendait une première médaille. Le fait d’en décrocher une m’a transporté de joie. Mais en même temps, je me sentais triste pour Juan Martin. Il a tellement bien joué du début à la fin. Cette fin de rencontre était donc très «émotionnelle». J’étais envahi par un mélange de sentiments. Et notre étreinte à la fin a été un moment très fort.

– Que lui avez-vous dit?

– Il était triste, très touché mentalement. Je lui ai dit qu’il pouvait être fier, qu’il ne devait pas être déçu, qu’il avait fait un super-match.

– Est-ce que le fait d’avoir une telle expérience de grands matches disputés sur ce Centre Court de Wimbledon vous a donné un petit avantage?

– Peut-être. Honnêtement, je n’ai pas vraiment eu le temps de me poser la question! Mais c’est sûr que je me sens vraiment bien sur ce court. J’y ai vécu tellement de choses depuis plusieurs années, que le fait de me retrouver à nouveau en situation de me battre pour quelque chose d’important, d’être en mesure d’écrire encore une page d’histoire, de décrocher un nouveau record, m’a certainement aidé à garder mon calme. Mais lui aussi. Malgré la fatigue qui, de toute évidence, s’installait à la fin, nous avons continué à produire un jeu de qualité. Il y a un moment où tu espères que l’adversaire va commencer à faiblir et moins bien jouer. Mais cela n’arrivait pas. Il servait à plus de 200 km/h. Il retournait très très bien. C’était vraiment une rencontre difficile à conclure.

– Avez-vous eu les «papillons dans l’estomac» pendant cette rencontre?

– J’étais tendu. J’étais nerveux. Je me suis vraiment donné à fond. Vous avez pu l’entendre par moments. Je suis vraiment allé au bout de moi-même. Je me suis vu perdant à plusieurs reprises, mais je me suis aussi vu avec la médaille. Tu traverses tous ces états d’âme et tu espères terminer en vainqueur.

– Comment allez-vous récupérer en vue de la finale?

– C’est similaire à un Grand Chelem. Tu joues un match difficile. Tu as un jour de congé et tu reviens le dimanche pour disputer la finale. Le vendredi soir, tu essaies de bien dormir, le samedi tu fais un petit entraînement, tu te reposes un peu et le dimanche tu te réveilles, si possible pas trop courbaturé et tu te prépares mentalement le match à venir.

– Vous offrez la première médaille à la Suisse.

– Je ne pourrais pas être plus heureux. C’est un grand moment dans ma vie. Un grand moment pour la Suisse. J’espère que cela va inspirer les autres athlètes suisses qui doivent encore s’exprimer à ces Jeux.

– Abordez-vous la finale différemment en sachant que, or ou argent, vous avez de toute façon gagné quelque chose?

– C’est essentiel. Je me suis demandé comment je me serais relevé et si j’aurais été capable de me battre pour le bronze. A Sydney, j’avais tellement été atteint par ma défaite en demi-finale que je n’avais pas eu la force jusqu’au bout pour décrocher une médaille. Repartir de zéro après avoir joué 4 heures aurait été dur. Là, je peux aborder la finale de manière plus détendue, même si j’aimerais évidemment décrocher le titre pour la Suisse.