On a assez dit que Roger Federer, cet enfant de la balle jaune, connaissait parfois des crises de dilettantisme pour ne pas saluer bien bas sa performance toute d'abnégation, hier en huitième de finale de Wimbledon. Saluer bien bas, voilà justement quelque chose que le numéro un suisse aurait bien été en peine d'accomplir: avant même l'entame de son match face à Feliciano Lopez, une violente douleur au bas du dos l'a privé des mouvements élémentaires pour jouer correctement au tennis.

«Je ne sais pas comment je suis sorti vainqueur de cette rencontre», confessait «Rodgeur» après le match, sans savoir s'il fallait se réjouir de cette victoire ou s'inquiéter pour la suite. A la fin de l'échauffement, qu'il semblait écourter, Federer portait sa main gauche au niveau lombaire, dans un geste caractéristique pour qui connaît le lumbago. Au premier jeu de service, le Suisse ignorait l'alerte et lâchait deux aces, mais appelait immédiatement le soigneur. Et dès que l'Espagnol servait, le handicap apparaissait dans toute son étendue: incapable d'utiliser son revers, gêné dans sa course, le visage grimaçant, le Bâlois faisait peine à voir.

Massé à même le court, il reprenait le match tant bien que mal. «Je me suis donné deux jeux pour voir comment ça allait tourner, raconte Federer. Je regardais le ciel, espérant un miracle, des nuages noirs, quelque chose pour me sauver. J'ai changé toute ma tactique, j'ai attendu qu'il fasse des erreurs, en essayant de lui mettre la pression sur les coups importants, parce que je sais que jouer contre un adversaire blessé n'est pas facile. Et ma capacité à bien lire le jeu m'a aidé.»

Feliciano Lopez aussi. Malgré un service canon (chronométré à 214 km/h) et d'excellents retours de service dans les pieds, le Madrilène, seul de l'armada espagnole à pratiquer l'art du service-volée, n'a pas brillé par la finesse de ses coups, ni par l'intelligence de sa tactique – malgré les bruyants conseils de son coach.

Même âge, à un mois près (Federer est né en août 81, Lopez en septembre), même queue de cheval, même cote auprès des jeunes filles, les ressemblances se sont arrêtées là. Où le Suisse, oubliant son dos au fur et à mesure que le match avançait et tournait à son avantage, serrait son jeu sur les points décisifs (76% de premières balles), l'Espagnol était incapable de varier ses coups. Et, en matière de ténacité, il a pris une leçon. Au cinquième jeu du troisième set, par exemple, un jeu fou de 27 points, lors duquel Federer refit son service de retard à la… huitième balle de break. Sur sa lancée, le Bâlois concluait, et sortait de ce qu'il avait d'abord cru être son pire cauchemar: «Avec le tableau que j'ai, ça aurait vraiment été rageant», confessait Federer, admettant enfin son rôle de favori, en particulier mercredi en quart de finale, face à Sjeng Schalken. Si le dos tient…

Dans une journée sauvée des eaux, Wimbledon a connu une grosse surprise, avec l'élimination d'Andre Agassi en cinq sets par Mark Philipoussis. L'Australien a servi le feu de l'enfer: 46 aces!